A Berlin, rares sont les boutiques encore ouvertes la nuit. Cependant, les "Späti" font office d’exception et sont bien utiles pour les habitués de la vie nocturne.


L’un des poumons de la vie de quartier
Véritable institution dans la capitale allemande, les Spätkauf, couramment abrégé Späti, rythment la vie nocturne à Berlin. Ces petites boutiques proposent alcool, cigarettes, snacks, produits du quotidien, magazines ou même des forfaits internet. Leur petit truc en plus ? Ils sont ouverts jusqu’au bout de la nuit, parfois même 24h/24 pour certains.
En France, ce serait l’équivalent d’un tabac-presse mixé à une supérette. Les Späti sont des lieux de rencontre, on y croise des personnes de tout âge et toutes origines. Du groupe de jeunes allant se ravitailler pour arroser leur soirée, au grand-père venant acheter son journal, en passant par le voisin qui vient chercher la brique de lait qui lui manquait pour cuisiner. Bien vite, les propriétaires de ces petits magasins sympathisent avec leur clientèle, habituée des lieux. Les Späti contribuent fortement au dynamisme de la vie de quartier, et sont le substitut parfait aux magasins ouverts la journée, et qui ferment en début de soirée.
Un héritage de l'Allemagne divisée
Les Späti sont nés dans les années 1950 à Berlin-Est, on parle alors de Spätverkauf, qui veut littéralement dire : “ventes tardives”. Ces établissements sont créés à l’époque pour répondre à la demande des ouvriers faisant les trois-huit, pour qu'ils puissent acheter de la nourriture, des cigarettes ou de l’alcool à la sortie de l’usine. À la chute du mur de Berlin, en 1989, les Späti ont été importés à Berlin-Ouest, et se sont répandus dans toute la ville. Aujourd’hui, on compterait un millier de Späti dans la capitale allemande. Bien évidemment, il existe aussi des Späti dans le reste de l’Allemagne, mais on les désigne différemment : "Wasserhäuschen" à Francfort ou "Büdchen" à Düsseldorf. En revanche, dans le sud de l’Allemagne, en particulier en Bavière, le Späti n’existe pas à proprement parler. En effet, tous les magasins doivent fermer le soir, sans exception.
La loi dominicale sur la fermeture des magasins
Jusqu’en 2019, les Späti devaient se soumettre aux restrictions imposées sur la nature des produits qu’ils vendaient le dimanche. Ainsi, seules les fleurs, la presse écrite, les produits de boulangerie ou encore les produits laitiers pouvaient être vendus entre 7 et 16 heures. De plus, les offres touristiques et les boissons ne pouvaient être proposées qu’entre 13 et 20 heures. En revanche, il était interdit de vendre de l’alcool ce jour-là.
Toutefois, la police ne pouvait pas contrôler le respect de cette loi dans chaque Späti. De cette manière, la loi sur la fermeture des magasins le dimanche est devenue plus stricte en 2019. Les Späti devaient désormais rester fermés le dimanche. En parallèle, les contrôles de police se sont multipliés et le montant des amendes en cas de non-respect de la loi a fortement augmenté, afin de dissuader les propriétaires d’ouvrir les portes de leur enseigne.
Pour justifier de cette interdiction totale d’ouverture le dimanche, le tribunal administratif de Berlin a expliqué que les Späti proposaient des produits de consommation courante, qui ne répondaient pas à des besoins précis des environs immédiats. De fait, la fermeture de ces magasins le dimanche n’affecterait pas les clients. Certains politiques ont même défendu l’idée que cette loi allait protéger les travailleurs d’une trop grande libéralisation de leurs conditions de travail, puisque cette protection leur garantit un jour de congé dans la semaine.
Une mobilisation récente des commerçants
Selon les commerçants, les contrôles sont plus réguliers dans certains quartiers de Berlin. Pour autant, bon nombre de propriétaires ne comprennent toujours pas la nouvelle loi de 2019. Pour eux, les Späti sont une alternative, notamment le dimanche, aux grandes surfaces qui restent fermées, et non un commerce concurrent. L’ouverture le dimanche permettait aux gérants d’accroître leur chiffre d’affaire et aux clients des supermarchés de faire quelques courses nécessaires malgré la fermeture des grandes surfaces.
En 2016 déjà, la loi était plus stricte. C’est pour cette raison que de nombreux propriétaires, notamment du quartier de Neukölln, dans le sud de Berlin, ont décidé de fonder l’association "Berliner Späti"". Celle-ci cherche à défendre les intérêts de ces enseignes, et de faire entendre leur voix dans les négociations avec d’autres associations, les politiques et l’opinion publique. Cette association a permis la création d’un véritable réseau des Spätis berlinois et l’apparition d’une entraide inédite entre les différents propriétaires.
Les commerçants se mobilisent pour perdurer
Selon les commerçants, les contrôles sont plus réguliers dans certains quartiers de Berlin. Pour autant, bon nombre de propriétaires ne comprennent toujours pas la nouvelle loi de 2019. Pour eux, les Späti sont une alternative, notamment le dimanche, aux grandes surfaces qui restent fermées, et non un commerce concurrent. L’ouverture le dimanche permettait aux gérants d’accroître leur chiffre d'affaires et aux clients des supermarchés de faire quelques courses nécessaires malgré la fermeture des grandes surfaces.
En 2016 déjà, la loi était plus stricte. C’est pour cette raison que de nombreux propriétaires, notamment du quartier de Neukölln, dans le sud de Berlin, ont décidé de fonder l’association "Berliner Späti". Celle-ci cherche à défendre les intérêts de ces enseignes, et de faire entendre leur voix dans les négociations avec d’autres associations, les politiques et l’opinion publique. Cette association a permis la création d’un véritable réseau des Spätis berlinois et l’apparition d’une entraide inédite entre les différents propriétaires.
Avec le développement croissant de la livraison à domicile, de plus en plus rapide et facile, les commerces de proximité, notamment les Späti, sont de plus en plus menacés par ces activités. En Allemagne par exemple, certaines entreprises de livraison à domicile proposent de livrer des bières en quelques minutes seulement, à des prix très compétitifs. De plus en plus, les consommateurs utilisent ces moyens de livraison au détriment des commerces de proximité, dont les Späti, pourtant situés à quelques mètres de chez eux.
Pour beaucoup de propriétaires des Späti, le commerce dit traditionnel semble reculer au profit de ces nouvelles formes d'échange, plus rapides, mais aussi bien plus impersonnelles. Là où le Späti est un lieu de rencontre, d'entraide et d'échanges, les entreprises de livraison à domicile veulent imposer la rapidité, l'immédiateté, et bon nombre de citadins berlinois semblent adopter de plus en plus cette méthode.
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