Rencontre avec Marie Urban Lefebvre, créatrice indépendante de parfums

Par Emma Granier | Publié le 23/01/2023 à 16:00 | Mis à jour le 24/01/2023 à 11:16
Photo : Marie Urban Le Febvre dans son atelier © Navina Fotografiert
Urban scents 5

Dans son atelier de Schöneberg, Marie Urban Le Febvre nous fait découvrir le monde secret des créateurs de parfums indépendants. 

 

Cette parisienne arrivée à Berlin il y a maintenant huit ans, a monté l’atelier et la marque Urban Scents avec son mari autrichien. “Berlin restait assez international pour pouvoir développer nos activités sans être trop loin de nos fournisseurs qui sont localisés à Grasse.


Devenir parfumeur indépendant à Berlin

Après avoir travaillé pour de grandes sociétés de création de parfums à Paris, Marie Urban Le Febvre a décidé de travailler comme parfumeur indépendant à son arrivée en Allemagne. “Ce métier était assez rare il y a huit ans. Nous créons pour d’autres marques, pour d’autres structures. On est un peu des ghostwriters dans l'industrie de la parfumerie.”

 

Elle passe une majeure partie de son quotidien dans le laboratoire, au fond de sa boutique atelier de la Bleibtreustraße. Sur un pan de mur, l’orgue à parfums nous fait face avec sa multitude de petites fioles alignées sur plusieurs étages. Une palette d’odeurs, en quelque sorte, qui peut donner naissance à une infinité de parfums une fois les essences savamment dosées sur la balance de précision qui occupe également une place centrale dans l’atelier.

 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté

La formule de Baudelaire s’adapte bien à l’atelier où la création doit aller de paire avec une attention particulière aux essences manipulées. “C’est une activité qui a beaucoup de contraintes. C’est de l’artisanat mais nous avons une législation très stricte, des données techniques à respecter. Chaque senteur possède ses propres données chimiques. On se retrouve donc avec des formules de compositions formées d’une longue liste de composants dont la plupart sont accompagnés de petits pictogrammes obligatoires.

 

Heureusement, ces contraintes sont aussi un cadre technique qui permet l'émergence de la créativité et l'exploration de nouveaux accords, nous confie-t-elle.

 

Marie Urban Lefebvre
Marie Urban Le Febvre dans son atelier © Navina Fotografiert

 

Créer un lexique commun et comprendre l’univers olfactif du client

Alors comment crée-t-on un parfum ? Et surtout, combien de temps cela prend-il ? “Tout dépend du client. Pour certains, cela peut prendre quelques mois ou un à deux ans. Pour d’autres, cela peut même dépasser la dizaine d’années. En moyenne, je dirais que l’on compte neuf mois. Et ce qui prend le plus de temps dans ce processus créatif, c’est de comprendre les envies et besoins des clients pour arriver à un parfum qui corresponde à ce qu'ils attendaient." 

 

Il y a toujours un premier rendez-vous en personne pour comprendre l’univers du client. C’est l’occasion de créer une sorte de lexique afin d’être sûr que l’on parle de la même chose. L’odeur du frais n’est pas associée aux mêmes choses pour tout le monde par exemple.” 

 

L’avantage en tant qu'indépendant c’est d’avoir une véritable interaction avec le client. 

 

Ensuite, vient la magie de la composition

La composition c’est certainement l’aspect le plus sympa mais aussi le plus difficile. C’est un moment magique mais qui génère aussi parfois beaucoup de frustration car cela prend du temps alors que nous vivons dans un monde où tout va vite.

Hyacinte Cassam Chenaï, en stage auprès de Marie Urban Le Febvre approuve. La composition c’est ce qui motive à faire ce métier. Un métier pour lequel, rares sont les formations. Hyacinte fait en effet partie d’une promotion de seulement onze élèves à l’Institut de parfumerie de Grasse. Un cursus où l’on apprend à former son nez aux différentes senteurs, mais également à se replonger dans les mathématiques et la chimie. 

 

Marie Urban Lefebvre
 © Navina Fotografiert

 

Chaque parfumeur a son écriture” nous confie Marie. Soit la manière avec laquelle il ou elle va écrire sa composition. “Moi, j’ai une écriture minimaliste, à l’italienne. Il n’y a pas besoin de mettre quatre essences de mandarine quand on en a une très bonne. Il faut faire confiance aux senteurs. En moyenne, on peut mettre entre vingt et cent éléments dans un parfum. Au-delà de quarante, je considère que c’est une longue formule.

 

Après plusieurs aller-retour avec le client au cours du processus de composition, on peut passer à la phase de production en grande quantité. Urban Scents travaille avec le partenaire Accords et Parfums basé à Grasse, berceau de la parfumerie.

 

Marie Urban Lefebvre
 © Navina Fotografiert

 

Bien plus que des parfums pour particuliers

L’activité de créateur de parfums, ne se limite pas à la création d’eaux de parfum pour l’usage des particuliers. Depuis huit ans, Marie Urban Le Febvre a pu travailler sur des projets dans le monde entier et avec des partenaires et clients aux profils bien différents. “Au départ, l’atelier occupait le fond d’une galerie d’art à Berlin. Cela nous a permis de faire plusieurs collaborations avec des artistes et d'être très créatifs pendant cette période.

 

Puis nous avons déménagé dans ce local il y a cinq ans maintenant. L’emplacement, tout près du fameux Ku’damm, est plus parlant à l’international.” Parmi les différents projets menés par Urban Scents, Marie nous parle d’une collaboration avec l’artiste Michel Granger qui avait créé une installation en réalité virtuelle immersive au sein de laquelle l’expérience olfactive jouait un rôle important.

Autre collaboration surprenante, celle de l’Initiative Rosi à la Charité. Afin de changer le quotidien des patientes de l’unité d’oncologie de l’hôpital berlinois, cette initiative a regroupé plusieurs professionnels (architectes d’intérieur, designer, compositeurs et parfumeurs) pour améliorer les conditions d’accueil des patientes en chimiothérapie. 


Enfin, le public touché par Urban Scents est plus large que l’on pourrait le penser et les activités de Marie Urban Lefebvre vont même jusqu’à toucher les personnes ayant perdu l’odorat ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, grâce au projet “Scents making sense, smelling training” développé par le professeur Dr. Thomas Hummel, spécialiste de la rééducation olfactive, Marie a créé un coffret de cinq senteurs spécifiques permettant de stimuler le nerf olfactif. Ainsi, aux côtés de la rose ou du citron, on retrouve une fiole dégageant une surprenante odeur de feu de bois. 

 

Retrouvez toutes les actualités de l’atelier Urban Scents sur leur site 

 

 

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Emma Granier

Emma Granier

Responsable des éditions allemandes pour lepetitjournal.com
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