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LISE JOLLY - La voix de radio France en Allemagne pendant plusieurs années nous dit au revoir mais pas adieu

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 26/08/2014 à 22:00 | Mis à jour le 23/09/2015 à 14:54

Lise Jolly a été l'envoyée spéciale permanente en Allemagne de la maison Radio France pendant 11 ans, de 1996 à 2003 puis de 2010 à 2014. Avant son retour en France, son contrat de correspondante étant arrivé à son terme, le Petit Journal de Berlin a souhaité rencontrer la voix qui a longtemps informé de nombreux Français sur leurs voisins d'outre-Rhin afin de revenir sur son parcours de journaliste et ses impressions de l'Allemagne ainsi que de Berlin, sa ville d'adoption sur laquelle elle pose un regard à la fois affectif mais aussi critique.

Entre Lise Jolly et l'Allemagne, c'est une longue histoire qui a débuté au delà de son travail d'envoyée spéciale. "J'avais une amie d'enfance qui s'appelait Ingrid et dont la mère était allemande. Elle venait de Mayence et avait épousé un prisonnier de guerre français, raconte la journaliste, j'allais régulièrement en vacances chez eux et c'est comme ça que j'ai découvert l'Allemagne, la Lorelei et fumer mes premières cigarettes", se remémore-t-elle en rigolant. Et d'ajouter "D'ailleurs, j'ai appelé ma fille Lorelei".

Son premier poste d'envoyée spéciale permanente dans le pays d'outre-Rhin, elle l'obtient en 1996. Mais avant cela, d'autres chemins la conduisent vers l'Allemagne. Un travail d'aide à domicile chez un conseiller financier et une double licence en philosophie et allemand lui permettent de perfectionner la langue de Goethe qu'elle a apprise en deuxième langue à l'école. "J'ai un peu cherché ma voie dans les études mais je savais déjà que je voulais être journaliste",confie Lise Jolly. Elle décide donc de suivre les formations courtes que proposaient à l'époque l'école de science politique et le Centre de formation de journalisme à Paris. Elle trouve ensuite très rapidement un travail au sein d'un journal local, L'Eclaireur du Gâtinais, qui lui propose de remplacer une personne  décédée prématurément. Tout s'enchaîne ensuite très vite pour la jeune journaliste en herbe qui fait ses premières armes en radio dans les années 80. "Lorsque j'ai décroché mon premier contrat dans une radio locale basée à Melun, je n'avais jamais fait de radio, à l'époque on apprenait sur le tas", explique la journaliste. Après avoir touché à tout, les reportages, la préparation de sujet ou encore la présentation d'émissions dans une autre radio locale, Radio Bleue, dédiée au 3e âge et appartenant à la maison Radio France, Lise Jolly commence à viser les antennes plus nationales. "Mon objectif, c'était de rentrer à Europe 1, comme beaucoup de journalistes radio, avoue-t-elle, mais France Inter m'intéressait aussi". Nous sommes alors dans les années Mittérand et la libéralisation des ondes radios permettent aux radios locales d' émettre sur la bande FM. De nombreuses radios naissent alors et dans la foulée est crée France Info, en 1987. 

Lise Jolly y décroche un contrat qui lui permet de mettre un pied dans une des antennes nationales de la maison Radio France qu'elle ne quittera plus. "C'était encore l'époque où les filles n'étaient juste bonnes qu'à rentrer les sujets dans les cases, rappelle-t-elle, pas de voix féminines à l'antenne disait Jérôme Bellay. Mais je ne me suis pas laissée faire et ai réussi à prendre en charge les rubriques culturelles et avoir le droit de présenter les journaux à présenter les journaux le week-end". Son parcours au sein de Radio France évoluera ensuite vers toujours vers plus de responsabilités. Après avoir travaillé dans le service éco-soc (économie/société) dans les années 95 où la toute la France est dans la rue, Lise Jolly a envie d'un rythme plus calme et postule à deux reprises pour le poste d'envoyée spéciale permanente en Allemagne.

La deuxième fois, en 1996, sera la bonne et Lise Jolly embarque toute sa famille à Bonn, où sont encore installées toutes les instances politiques de l'Etat fédéral allemand. "Je n'avais aucun contact, mon allemand était rouillé, mon mari et mes deux enfants ne parlaient pas un mot et lorsque je suis arrivée, c'était un des hivers les plus froids", se souvient-elle, nous avons trouvé assez vite une petite maison en bas de la rue des diplomates avec vue sur les vaches. Lorsque l'on vient de Paris, c'est assez hallucinant", s'amuse Lise Jolly. La taille de la ville, la vie (encore) en communauté aident l'envoyée permanente à s'intégrer et à apprécier les beautés de Bonn, qu'elle trouve particulièrement agréables. "J'ai découvert la joie des bonbons haribo, les bords du Rhin lorsque Fischer faisait son footing, les premiers meetings de la transition Kohl/Schröder". Mais Lise a à peine le temps de poser ses valises qu'il faut redéménager, cette fois à Berlin, qui a alors retrouvé son statut de capitale après la chute du mur.

Berlin, je t'aime moi non plus
"J'y ai mis les pieds pour la première fois en février 1997. Les traces du mur autour de la Brandeburger Tor étaient encore visibles, la Spree était gelée et la ville grise, se souvient Lise Jolly, tout était en construction et les Galeries Lafayette venaient juste d'ouvrir". Berlin est alors en pleine phase de transition ce qui rend cette ville encore plus intéressante pour la journaliste qu'est Lise Jolly. "Nous étions tous excités. Schröder s'installait à la chancellerie provisoire alors que celle actuelle était en construction. On ne savait pas encore exactement comment ça allait se passer".

Durant ce premier contrat d'envoyée spéciale permanente, qui sera renouvelé une deuxième fois et permettra à Lise Jolly de rester dans la capitale allemande jusqu'en 2003 avant d'y revenir en 2010 pour le même poste, la journaliste apprend à connaître la manière allemande de travailler en tant que journaliste qu'elle trouve beaucoup plus saine et respectueuse qu'en France. "Je me souviens d'un déplacement d'Angela Merkel sur l'île de Rügen que j'ai suivi. Elle est arrivée en voiture à quelques mètres de nous, a pris le temps de prendre son parapluie, de saluer les habitants sans que les gardes du corps ne doivent jouer des coudes avec les journalistes qui, contrairement à la France, ne mettent pas cette pression". Son métier l'amène alors à parcourir toute l'Allemagne qu'elle connaît désormais bien tant dans ses paysages, ses coutumes que son évolution.

Leipzig, un nouveau Berlin? Elle le comprend. "C'est une ville qui s'est beaucoup transformée, très agréable et où les habitants sont sympathiques contrairement à Berlin". Les différences entre l'Est et l'Ouest, elle les a vu se résorber en un temps éclair. "Même s'ils persistent des différences de salaires, de chômage, on a parfois l'impression que c'est l'ouest qu'il faut maintenant moderniser", dit-elle en riant. Et si on aborde le thème Berlin, on ressent rapidement l'hésitation entre un profond attachement et un désenchantement. "C'est une ville livrée au tourisme et à l'argent désormais, critique-t-elle, ce que je déplore, c'est que l'évolution de cette ville se fait sans respect de qu'elle a été, de la contre-culture, la municipalité n'a aucune vision de développement et ne cherche pas à préserver l'esprit de Berlin". Lise Jolly pense notamment au Tacheles qui a été fermé et revendu pour la construction d'appartements ou hôtels déjà en grand nombre dans la ville, aux Berlinois qui n'arrivent à joindre les deux bouts et ces nombreux paradoxes qui font de Berlin une ville à fois agréable à vivre mais aussi de plus en plus sélective financièrement parlant. "Je vais quitter Berlin avec un pincement au coeur mais avec beaucoup moins de regrets que la première fois", confie Lise Jolly.

La journaliste est repartie désormais dans son pays natal mais elle le dit, une partie de ses attaches resteront à jamais à Berlin et en Allemagne qu'elle apprécie plus que la France. Au moment de la rencontre, Lise Jolly n'était toujours pas fixée sur son futur poste au sein de Radio France, un milieu qui, selon elle, est resté encore bien macho mais ce dont elle est sûre, c'est qu'elle reviendra nous voir à Berlin puisque comme elle le dit dans son dernier post sur le blog "Berliner Luft" "Ich habe immer noch einen Koffer in Berlin" (J'ai toujours une valise à Berlin).

Anaïs Gontier (lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 24 juillet 2014

Questions/Réponses Tac au Tac

Endroit préféré à Berlin? Pour manger au Arminiusmarkthalle à Moabit et pour me promener au Treptower Park ou sur les bords de la Spree vers le Tierpark

Pour aller boire un verre? Au solar bar où on peut s'allonger, fumer, regarder Berlin

Mot berlinois préféré? Icke pour moi je, ce qui n'existe pas en Allemand et qui vient peut être de l'influennce huguenote. Pour exemple

Un plat allemand? Koenigsberger klöpse, j'en ai mangé des très bonnes à Kreuzberg au altes Zollhaus

Un restaurant à Berlin? Le Sophieneck à Mitte

Le quartier préféré? Moabit et les bords de Spree

Un endroit à voir absolument à Berlin? Le mémorial soviétique, (sowjetisches-ehrenmal-treptow) ou le moulin de Marzahn dans la vielle ville

En Allemagne? La Baltique, et plus précisément Travemünde ou Lübeck, il y a aussi l'île Sylt au nord ouest juste avant le Danemark qui est bien à voir

Un chanteur allemand préféré? pas vraiment...j'aimais bien Herbert Grünemeyer

La meilleure qualité des Allemands? Le respect de l'autre

Le défaut? L'égoïsme et l'impolitesse pour les Berlinois

Un auteur préféré? Theodore Fontane

Un film allemand à recommander? Mon meilleur ennemi de Wolfgang Murnberger (Mein bester Feind)

Et un livre? Effi Briest de Theodore Fontane 

Un endroit culturel à Berlin? Le Kino International sur la Karl-Marx Allee et son côté un peu kitsch

 

Savoir plus :

http://radiofrance-blogs.com/lise-jolly

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