Édition internationale

Theater Treffen 2026 : qu'est-ce que le théâtre aujourd'hui ?

Chaque année depuis 1965, le Theatertreffen invite à Berlin une trentaine de jeunes artistes du monde entier dans le cadre de son International Forum. En 2026, l'édition se déroule à la Floating University, un bassin de rétention d'eau de pluie reconverti en lieu de vie et de pensée, sur l'ancien aéroport de Tempelhof. Rencontre avec Irène Grenon, membre de l'organisation dans la branche International Forum.

The Floating UniversityThe Floating University
© Victoria Tomaschko - raumlabor.net
Écrit par Nicolas Ghandour
Publié le 4 mai 2026

Chaque mai, Berlin devient pendant deux semaines la capitale du théâtre germanophone. Le Theatertreffen réunit les dix productions jugées les plus remarquables de la saison par un jury indépendant, attirant les professionnels du secteur de toute l'Europe et remplissant les salles de la Haus der Berliner Festspiele. C'est le festival dans le festival, visible, documenté, commenté.

Mais depuis 1965, il existe un autre programme, parallèle et discret, qui n'a rien à montrer au sens strict du terme. L'International Forum invite chaque année une trentaine de jeunes artistes du monde entier - des fellows, dans le jargon local - à venir passer deux semaines à Berlin. Pas pour jouer, pas pour présenter, mais pour voir des spectacles, en discuter, se rencontrer, travailler. 

Cette année, ils sont 34 sélectionnés parmi plus de 800 candidatures venues de plus de quatre-vingt-dix pays. Ils viennent d'Alexandrie, de Quezon City, de Timișoara, de Langenthal. Et ils se retrouvent non pas dans une salle de répétition classique, mais à la Floating University - un bassin de rétention d'eau de pluie reconverti en espace de vie sur l'ancien aéroport de Tempelhof, où cohabitent depuis quelques années oiseaux migrateurs, insectes, algues et quelques humains avec un goût pour les marges. Le décor n'est pas anodin : la cohabitation est précisément le thème de l'édition 2026. Nous avons pu rencontrer une membre de l'équipe organisatrice : Irène Grenon. Ayant terminé son double diplôme entre HEC et la Freie Universität en 2025, elle a décidé d'approfondir sa connaissance des industries culturelles allemandes en travaillant pour les Theater Treffen 2026.

 

Nicolas Ghandour pour lepetitjournal.com : Quel est ton rôle au sein de l'International Forum ?

Irène Grenon : Je suis stagiaire et j'assiste plus particulièrement l'assistante à la production. Concrètement, c'est tout le travail en amont des deux semaines où les fellows sont là : contrats, commandes de matériel, organisation des emplois du temps, communication avec les participants. Je resterai aussi un mois après la fin du festival pour aider à clore les éléments administratifs.

 

Comment les fellows sont-ils sélectionnés ?

Il y a deux voies d'entrée. D'un côté, un open call interne au Theatertreffen, destiné aux candidats d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse. De l'autre, un partenariat avec le Goethe-Institut, qui finance et sélectionne les fellows hors zone germanophone. Ce sont ensuite Aljoscha Begrich et Sima Djabar Zadegan, les deux co-directeurs, qui font la sélection finale à partir des lettres de motivation et des portfolios.

La répartition se fait par zones géographiques : chaque région du globe dispose d'un quota de bourses. Cette année, il y a exceptionnellement deux fellows d'Asie - les co-directeurs ont demandé qu'un fonds supplémentaire soit débloqué après avoir eu un coup de cœur pour deux candidatures. La demande a été acceptée. Les fellows ont grosso modo entre 25 et 35 ans : ils ont déjà une identité artistique marquée, quelques réalisations, mais sont encore en début de carrière.

 

Quel est le fil conducteur de l'édition 2026 ?

Le thème est toujours choisi en lien avec le lieu. Cette année, on est à la Floating University - un bassin de rétention d'eau de pluie sur l'ancien aéroport de Tempelhof, où cohabitent oiseaux, insectes, algues, roseaux et quelques humains. Le Forum tourne donc autour de la question de la cohabitation : avec la nature, avec les autres espèces, entre nous. Une des pièces qu'on va voir au HAU, Interobeng, interroge par exemple la cohabitation avec l'intelligence artificielle.

 

Comment les fellows s'articulent-ils avec le programme officiel du festival ?

Les fellows vont voir la quasi-totalité des pièces du Theatertreffen : cette année, huit des neuf pièces jouées pendant le festival - toutes celles qui ont un surtitrage anglais ou qui sont en anglais, à l'exception de Serotonine, intégralement en allemand. Ils verront en plus deux pièces hors programme officiel, au HAU et à la Volksbühne.

Chaque spectacle est encadré par deux temps d'échange collectifs : un check-in talk avant la représentation et un check-out talk après, dont le format peut varier. Il y a aussi entre trois et cinq rencontres avec des artistes des pièces - metteurs en scène, scénographes, costumiers - et avec certains membres du jury.

L'International Forum a également sa propre fenêtre dans le programme public : le Forum's Forum, le 6 mai à la Haus der Berliner Festspiele. Chaque fellow y présente en quatre minutes, à partir d'une photo, sa réponse à la question « What does theatre look like today ? ». L'événement est ouvert à tous.

 

Comment fonctionne la langue commune dans un groupe aussi hétérogène ?

La langue de travail, c'est l'anglais. Pas tous au même niveau, mais c'est le cadre général. Il y a un bon nombre de germanophones dans le groupe, donc l'allemand peut apparaître dans des échanges informels — mais dès qu'on parle à l'ensemble, c'est l'anglais.

 

Et les différences de contextes entre participants — accès aux ressources, reconnaissance institutionnelle ?

Je n'en suis qu'au début — ça fait deux jours que le Forum a commencé — donc je parle sous réserve. Mais de ce que j'observe, ces différences de parcours sont traitées comme matière à discussion plutôt que comme un obstacle. Tout est organisé autour de l'échange, et la diversité des trajectoires semble être une ressource. C'est mon interprétation à ce stade, à nuancer dans la durée.

 

Qu'est-ce que l'International Forum cherche à laisser aux participants ?

Je ne peux pas parler au nom de l'institution là-dessus. Ce que je peux dire, c'est ce que je vois et ce que j'ai lu sur le site : c'est avant tout une mise en réseau entre jeunes artistes d'une même génération, à un moment charnière de leur carrière. Et puis il y a quelque chose d'assez rare : deux semaines de réflexion pure, sans contrainte de production à la clé. Pas de spectacle à rendre à la fin. Juste du temps pour penser, échanger, prendre du recul.

 

Le Theatertreffen existe depuis 1965 et a accueilli plus de 2 500 artistes de 90 pays. L'International Forum en est le volet le moins visible - pas de production à la clé, pas de présentation finale - mais peut-être le plus durable. Ce que décrit cette conversation, c'est un dispositif qui crée les conditions d'une rencontre réelle entre artistes de contextes radicalement différents, à un moment où ils ont encore la liberté de s'exprimer et de s'influencer. La Floating University, avec ses roseaux et ses flaques au milieu de la ville, semble à cet égard un choix judicieux.

 

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