L'Alliance du Thé au lait, des jeunes unis pour la démocratie en Asie

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 19/08/2020 à 01:58 | Mis à jour le 21/08/2020 à 08:49
Photo : REUTERS / Soe Zeya Tun - Des jeunes thaïlandais tiennent des affichettes du réseau Hong Kong-Thaïlande-Taiwan (Alliance du Thé au lait) lors d’une manifestation à Bangkok, en Thaïlande, le 16 août 2020
Alliance The au lait démocratie Asie

Les jeunes militants pro-démocratie en Asie unissent leurs forces contre les régimes autoritaires et plus précisément l’influence grandissante de la Chine à travers l'"Alliance du Thé au lait"

Lorsque les défenseurs de la démocratie hongkongais ont exprimé leur soutien aux manifestations anti-gouvernementales thaïlandaises ce week-end, ils ont utilisé le mot dièse #MilkTeaAlliance.

À Bangkok, dimanche, lors de la plus grande manifestation organisée depuis des années, des drapeaux représentant Hong Kong et l'indépendance pour Taiwan étaient visibles sur des pancartes portant le même #MilkTeaAlliance.

Et à Taipei, le même jour, plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées pour soutenir les manifestants thaïlandais et donner corps à une communauté transfrontalière naissante de mouvements jeunes qui militent pour la démocratie chez eux et sont inquiets du pouvoir croissant de la Chine sur la région.

"Il s'agit de la première expression physique de la Alliance du Thé au lait", a souligné Akrawat Siripattanachok, étudiant thaïlandais de 27 ans, qui a participé à l’organisation de la manifestation de solidarité à Taipei, à laquelle se sont joints des étudiants taïwanais, des militants hongkongais et un dissident chinois.

"Nous ne voulons pas simplement discuter de cela en ligne. Nous voulons une alliance pan-asiatique en faveur de la démocratie."

Ce qui au départ était un simple mot dièse -qui a commencé à circuler en avril en réaction aux attaques nationalistes chinoises contre la mannequin thaïlandaise, Weeraya Sukaram, pour avoir suggéré une différence entre la Chine et Taïwan-, semble se transformer en un véritable mouvement qui unifie des militants partageant les mêmes idées.

L’origine du nom vient de la popularité du thé au lait auprès des jeunes commune aux pays concernés, la Thaïlande, Hong Kong et Taiwan.

"L'idée novatrice de l’Alliance du Thé au lait va pousser davantage d'étudiants à œuvrer au développement d’une solidarité mondiale qui pourrait mettre à mal la répression dure", a déclaré à Reuters le fameux militant de Hong Kong, Joshua Wong.

Ce dernier a tweeté son soutien aux manifestants thaïlandais, tandis que les utilisateurs de LIHKG, un forum de réseaux sociaux utilisé par les manifestants de Hong Kong, ont appelé les gens à mettre en avant l'appel des manifestants thaïlandais pour une démocratie renforcée et le départ du Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha, l’ancien chef de la junte, au pouvoir depuis son coup d’Etat en 2014.

"La démonstration de solidarité entre différents groupes pro-démocratie en Asie reflète une intensité et une camaraderie plus fortes", estime Parit "Penguin" Chiwarak, 22 ans, l'un des leaders du mouvement thaïlandais de contestation.

"Sous pression"

L'aide et le soutien circulent dans les deux sens.

Certains étudiants thaïlandais ont exprimé leur soutien aux militants de Hong Kong quand Pékin resserrait son emprise, ainsi qu’au Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir à Taiwan face à la rhétorique de plus en plus oppressante de la Chine qui considère l’ile-état comme une province séparatiste.

"La situation en Thaïlande n'est pas si différente de Hong Kong ou de Taiwan, qui sont sous la pression du gouvernement autoritaire chinois", a déclaré dimanche Rathasat Plenwong, un étudiant de 24 ans qui manifestait en portant un signe de l'Alliance du Thé au lait.

Les gouvernements thaïlandais et hongkongais n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de réaction vis-à-vis de l'alliance.

Taïwan respecte les commentaires et les positions de l’Alliance du Thé au lait sur l'évolution de la situation politique en Thaïlande, mais n'a pas pris position elle-même, a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Joanne Ou.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a minimisé l’importance de la coopération des militants.

"Les gens qui sont pour l'indépendance de Hong Kong ou pour l'indépendance de Taiwan s'entendent souvent en ligne, ce n'est pas nouveau. Leur conspiration ne réussira jamais", a déclaré Zhao Lijian.

Les liens entre ces groupes n’inquiètent peut-être pas la Chine dans l’immédiat, mais c’est un signe évident du défi auquel est confrontée son influence dans la région, a déclaré Wasana Wongsurawat, professeure d'histoire chinoise à l'Université Chulalongkorn de Bangkok.

"Il est étonnant que les liens entre Hong Kong et Taiwan se soient développés au travers de l'Alliance du Thé au lait avec la Thaïlande, un pays souverain où le chinois ni figure même pas comme langue nationale", a-t-elle ajouté.

Cela n’empêche que la montée en puissance de l’influence chinoise en Thaïlande ces dernières années est bel et bien palpable, que ce soit à travers son tourisme qui plus que décuplé en 15 ans, le niveau de ses investissements -la Chine est devenue le premier investisseur en 2019 devant le Japon-, ou encore la gestion du Mékong. Dans certaines grandes entreprises thaïlandaises, des cadres étrangers racontent que le chinois a d’ores et déjà remplacé l'anglais aux côtés du thaï dans les conseils d'administration. 

Bien que le mot dièse #MilkTeaAlliance soit relayé presque chaque jour depuis l’affaire Nnevvy -surnom de la mannequin thaïlandaise-, sa popularité a fortement augmenté avec les manifestations en Thaïlande, principalement sur Twitter, mais aussi sur Facebook, TikTok et d'autres réseaux sociaux.

Selon les données d'un outil d'analyse Twitter le mot dièse a été utilisé dans plus de 100.000 tweets rien que dimanche et près de 200.000 fois au cours des huit derniers jours.

Il semblerait que le mouvement commence à prendre aussi aux Philippines, en raison d'un différend territorial avec la Chine en mer de Chine méridionale, et aussi en Inde où des escarmouches ont lieu à la frontière avec la Chine depuis mai.

Le blogueur et activiste singapourien Roy Ngerng, qui a été reconnu coupable d'avoir diffamé le Premier ministre Lee Hsien Loong dans un article de blog en 2014, était présent dans la foule à Taipei.

"L’Alliance du Thé au lait est devenue le point de rencontre à partir duquel nous pouvons exprimer notre solidarité dans des espaces multiples et sûrs", a confié Roy Ngerng à Reuters.

"La solidarité prend une forme plus organisationnelle et structurelle".
 

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