Le Pheu Thai dénonce le dernier subterfuge de l’establishment pour garder le pouvoir

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 08/07/2022 à 02:03 | Mis à jour le 11/07/2022 à 03:59
Photo : Reuters
Parlement-Thailandais

A l’approche des élections, le pouvoir thaïlandais chercher à faire changer à son avantage les méthodes de calcul pour l’attribution des sièges de députés. L’opposition s’enflamme

Le plus grand parti thaïlandais d'opposition a déclaré jeudi qu'il s’apprêtait à saisir la Cour constitutionnelle pour stopper les parlementaires de la coalition gouvernementale dans leur tentative de changer le système électoral, estimant qu’il s’agit d’un geste inconstitutionnel destiné à favoriser le pouvoir en place.

La montée au créneau du Pheu Thai survient alors que le Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha, qui est arrivé au pouvoir par un coup d'État militaire en 2014 puis a été maintenu en 2019 à l’issue d’élections controversées, approche de la fin de son mandat. Les prochaines élections sont prévues en mai 2023.

Le Parlement a approuvé mercredi soir en deuxième lecture un plan visant à modifier la méthode de calcul de l'attribution des sièges de députés issus des listes de partis, tout en rejetant une autre proposition favorisée par le bloc d'opposition.

"Instrumentaliser le système électoral"

Le Pheu Thai voit dans ce projet, qui doit encore passer en troisième lecture et obtenir l'approbation royale, une refonte alambiquée des règles destinée à défavoriser les grands partis au profit des plus petits avec lesquels le parti de Prayuth Chan-O-Cha a formé une coalition gouvernementale de pas moins de 17 partis.

"Le vote [de mercredi] montre comment le général Prayuth veut rester au pouvoir en instrumentalisant à son avantage le système électoral", a déclaré le secrétaire général du Pheu Thai, Prasert Chantararuangthong, confirmant l’intention du parti de saisir la Cour constitutionnelle.

Le porte-parole du gouvernement, Thanakorn Wangboonkongchana, a déclaré que les changements recherchés par les parlementaires reflétaient la voix de la majorité au Parlement et n'avaient rien à voir avec Prayuth Chan-O-Cha ou son administration.

La Constitution avait été amendée l'année dernière pour modifier un système de vote qui avait aidé l’ex chef de la junte, à se maintenir au pouvoir après les élections de 2019, malgré la défaite de son parti Palang Pracharat par le Pheu Thai.

"Cela produira des résultats similaires à ceux des élections de 2019, où les petits partis ont remporté des sièges avec peu de voix", a déclaré Stithorn Thananithichot, analyste au King Prajadhipok Institute.

Faire des petits pour gagner gros

Le Pheu Thai est le parti que Prayuth Chan-O-Cha avait évincé du pouvoir il y a huit ans lors de son coup d'État, quelques jours après que la Cour constitutionnelle a destitué la Première ministre, Yingluck Shinawatra.

Le moins que l'on puisse dire est que la Cour constitutionnelle thaïlandaise  n’est pas en odeur de sainteté avec l’opposition. Elle a rendu ces quinze dernières années, qui ont été marquées par de fortes turbulences politiques, toute une série de jugements quasi systématiquement en faveur de l’establishment royaliste et dont un certain nombre ont fait basculer à plusieurs reprises le destin politique du pays.

Le Pheu Thai envisage d'ailleurs de créer un petit parti pour tirer profit de la nouvelle règle lors des prochaines élections si celle-ci est validée, rapporte le Bangkok Post. Une tactique qu’il avait déjà utilisée en 2019, en vain, puisque son parti annexe avait été dissout par la Cour constitutionnelle peu avant le scrutin.

Le Pheu Thai est la dernière réincarnation du parti Thai Rak Thai, mastodonte politique fondé en 1998 par l'ex-Premier ministre milliardaire Thaksin Shinawatra. Le Thai Rak Thai a été dissout en 2007 par la Cour constitutionnelle, quelques mois après le coup d’Etat qui a évincé le gouvernement Shinawatra. Il renaîtra sous le nom de Palang Prachachon pour gagner la même année par une écrasante majorité. Mais en 2008, la même cour destituera son Premier ministre Samak Sundaravej pour des cours de cuisine donnés à la télévision. Quelques mois plus tard le Palang Prachachon sera dissout à la faveur du Parti Démocrate, aligné avec l’establishment militaro-royaliste.

Au cours des 20 dernières années, les partis de Thaksin Shinawatra ont remporté pas moins de cinq élections, dont deux par une écrasante majorité. Et depuis 2007, les militaires et leurs alliés, incapables de gagner par le suffrage universel, cherchent par tous les moyens à modifier le système à leur avantage tout en gardant un semblant de démocratie.

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