Samedi 16 janvier 2021

La Cour constitutionnelle thaïlandaise blanchit le Premier ministre

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 03/12/2020 à 00:00 | Mis à jour le 03/12/2020 à 03:33
Photo : REUTERS/Soe Zeya Tun - Prayuth Chan-O-Cha qui faisait face à des accusations de conflit d'intérêts en lien avec sa résidence principale a été reconnu non coupable mercredi par la Cour constitutionnelle thaïlandaise
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Sans surprise, la Cour constitutionnelle thaïlandaise a statué mercredi en faveur du Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha qui faisait face à des accusations de conflit d'intérêts en lien avec sa résidence principale.

La Cour constitutionnelle a désavoué une fois de plus l'opposition, mercredi après-midi, jugeant que le Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha n'était "pas coupable" d'un conflit d'intérêts pour avoir continué de séjourner dans une résidence mise à sa disposition par l'armée après sa retraite en tant que militaire.

La Cour a estimé que le fait que l'ancien chef de l'armée occupe toujours cette maison était conforme aux règles de l'armée et que la sécurité du Premier ministre et de sa famille était la priorité du gouvernement.

"Le plaignant n'a pas commis d'actes pouvant constituer des conflits d'intérêts. Il n'a pas recherché de gain personnel, que ce soit directement ou indirectement, ni enfreint l'éthique", a déclaré un juge. "Son poste ministériel ne se termine donc pas selon la Constitution".

Une décision défavorable pour Prayuth aurait pu le forcer à renoncer au pouvoir. Mais jusqu’ici, les jugements de la Cour Constitutionnelle ont toujours pesé en faveur de l’ancien chef de l’armée depuis qu'il a renversé un gouvernement élu en 2014.

La décision de la cour intervient dans un contexte extrêmement tendu après des mois de manifestations appelant notamment à sa destitution - des demandes qu'il a rejetées.

Prayuth Chan-O-Cha avait déclaré cette semaine qu'il respecterait la décision de la cour. "Coupable signifie coupable, non coupable signifie non coupable. C'est comme toutes les autres affaires. Je respecterai le verdict", avait-il assuré. Et quelques heures avant le verdict, il a déclaré à un partisan lors d'un déplacement hors de Bangkok: "C'est une question de destin. Tout est prédestiné. Je ne suis pas trop inquiet. Je crois en ma propre bonté."

Point de rupture

Des parlementaires de l'opposition avaient déposé une pétition dénonçant le fait que Prayuth ait continué de jouir de la résidence mise a disposition par l’armée après son départ en retraite en tant que militaire en 2014, ce qui selon eux constitue un conflit d'intérêts. Prayuth a répondu à cela qu'il devait y rester pour des raisons de sécurité.

Les manifestants et autres détracteurs de Prayuth Chan-O-Cha l’accusent d’avoir utilisé les cinq ans de régime militaire pour préparer soigneusement le terrain des élections de 2019 de manière à assurer son maintien au pouvoir par la voie des urnes. Lui considère que le scrutin était légitime.

"Le combat n'est pas terminé. Puisque rien ne peut lui être reproché, ce pays se dirige vers un point de rupture", a déclaré le groupe de militant Free Youth dans un tweet suite au verdict.

Plus tard en fin de journée, des milliers de manifestants se sont rassemblés au carrefour Ratchaprasong, l’un des points les plus fréquentés de Bangkok pour critiquer la décision de la cour.

Ils ont chanté l'hymne national tout en faisant le salut à trois doigts symbolique du mouvement anti-gouvernemental qui aspire à moderniser la société thaïlandaise et ses institutions qu’il juge archaïques et inadaptées au monde actuel.

Le mouvement anti-gouvernemental qui fait rage depuis plusieurs mois a débuté en février dans les campus universitaire après que la Cour constitutionnelle avait prononcé la dissolution d'Anakot Mai, un nouveau parti progressiste rassemblant une grande majorité de jeunes et qui avait créé la surprise lors des élections en arrivant en 3e position, représentant la plus grande menace pour le pouvoir en place.

Bête noire des anti-establishment

Le moins que l'on puisse dire est que la Cour constitutionnelle thaïlandaise n'est pas en odeur de sainteté auprès des anti-establishment. Elle a en effet dissous une demi-douzaine de partis opposés aux élites traditionnelles ces dernières années, notamment deux partis de l’ancien Premier ministre déchu Thaksin Shinawatra, le Thai Rak Thai en 2007 et le Palang Prachachon en 2008, provoquant cette année-là un renversement du pouvoir.

En 2014, elle a ordonné la destition de la sœur de Thaksin, Yingluck Shinawatra, de son poste de Premier ministre, quelques jours avant le coup d’Etat mené par Prayuth Chan-O-Cha contre le gouvernement de celle-ci.

En mars 2019, à deux semaines des élections tant attendues dans le royaume après cinq ans de régime militaire, la même cour a dissout le parti Thai Raksa Chart, un important élément du dispositif politique du clan Shinawatra, pour avoir intégré sur ses listes la sœur du roi.

En novembre 2019, la Cour constitutionnelle a retiré au leader du parti Anakot Mai, Thanathorn Juangroongruangkit, son mandat de député pour avoir détenu des actions dans une société de médias au moment de l'enregistrement de sa candidature aux élections. Thanathorn a contesté la décision.

Une manifestation anti-gouvernementale est prévue mercredi. Initialement, elle devait avoir lieu à la Cour constitutionnelle, mais le lieu a été déplacé dans un endroit moins sensible.
 

2 Commentaire (s)Réagir
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ROBERT mer 02/12/2020 - 05:26

Aucune chance qu'il soit destitué , ses "amis " de la CC veillent . Mais est il encore possible de réver ?

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alan jeu 03/12/2020 - 04:38

Rêver à quoi Robert ? Je lis des commentaires comme le vôtre dans des journaux français !

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