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Le ministre thaïlandais des Finances optimiste... sur les indices macro-économiques premium

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 29/03/2022 à 03:09 | Mis à jour le 29/03/2022 à 08:30
Photo : Reuters
Ministre-Finance-Arkhom-Thailande

Le ministre thaïlandais des Finances se veut optimiste et estime que l’économie thaïlandaise atteindra 3 à 3,5% de croissance cette année malgré l’acharnement sanitaire et le conflit en Ukraine

La croissance économique thaïlandaise devrait se situer en 2022 dans la fourchette des 3,0% à 3,5%, a déclaré lundi le ministre des Finances, Arkhom Termpittayapaisith, invoquant la flambée des prix du pétrole due au conflit russo-ukrainien pour expliquer l’abaissement des perspectives de croissance.

En décembre, le gouvernement visait une croissance à 3,5 %-4,5 % pour 2022, comptant sur un impact limité des mesures sanitaires, et misant sur une consommation intérieure et une activité touristique accrues ainsi qu’un soutien continu des exportations et des investissements publics – en 2021, la Thaïlande a enregistré une croissance de seulement 1,6 %, parmi les taux les plus bas de la région, après une contraction historique de 6,2% en 2020.

Toujours est-il que l’objectif, même revu à la baisse, reste plus optimiste que les 2-3% de croissance estimés à la mi-mars par l'Université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC), dont le président, Thanavath Phonvichai, invoquait une inflation pouvant atteindre les 5 % si le conflit russo-ukrainien se prolongeait.

Exportations et projets d'infrastructures

Dans une interview à Reuters, Arkhom Termpittayapaisith s’est réjoui des fortes exportations, qui pourraient augmenter de 5% à 6% cette année, et a également mis en avant les assouplissements des mesures sanitaires annoncés récemment par le gouvernement qui devraient selon lui améliorer suffisamment l’activité touristique pour permettre d’atteindre un tel objectif de croissance.

Il a souligné cependant qu’il faudrait que les taux d'intérêts restent bas pour soutenir la reprise.

"Une croissance de 3,0% à 3,5% devrait être réalisable cette année, et 2023 devrait être encore meilleure", car plusieurs projets d'infrastructure gouvernementaux seront achevés, a-t-il déclaré.

Arkhom Termpittayapaisith estime que la croissance au premier trimestre devrait être positive aussi bien en glissement annuel que trimestriel.

Tourisme toujours en berne

En ce qui concerne le tourisme, il reconnait toutefois que l’objectif annuel des 5,5 millions de touristes visé en début d’année a dû être abaissé à 3 millions, ce qui ne représente plus que 7,5% des quelque 40 millions accueillis en 2019 avant la pandémie.

Les autorités ont dévoilé ce mois-ci un plan de sortie de la crise sanitaire s’étalant sur plusieurs mois, au grand dam du secteur privé qui demande une accélération du processus, comme d’autres pays pourtant plus touchés par l’épidémie l’ont déjà fait.

Le Conseil du tourisme de Thaïlande (TCT) a indiqué lundi que l'indice de confiance du tourisme reste morose au premier trimestre, plus bas encore qu’au trimestre précédent. 

"Les professionnels du tourisme peinent encore à travailler car le nombre de touristes n'a pas encore rebondi compte tenu des mesures sanitaires actuelles sur le voyage. Cet obstacle doit être supprimé avant que d'autres opérateurs ne s'effondrent", a déclaré Chamnan Srisawat, président du TCT, cité par le Bangkok Post.

"Avec 33 bahts pour un dollar tout le monde est content"

Arkhom Termpittayapaisith souligne que la politique monétaire doit continuer à soutenir la reprise, qui n’est pas vraiment encore à plein régime, tandis que le gouvernement essaie de gérer la hausse de l’inflation, qui devrait être de 3% à 4% en moyenne cette année, au-dessus de la fourchette cible (1% à 3%) de la banque de Thaïlande (BoT).

"Sur le plan monétaire, n'augmentez pas les taux trop tôt", a-t-il déclaré, s’adressant à la banque centrale, ajoutant que l'économie devrait se redresser complètement en 2023.

La BoT maintient depuis mai 2020 son taux directeur à 0,50 %, son niveau le plus bas jamais atteint, pour soutenir l'économie. 

Le niveau actuel du baht est "approprié" et soutient les exportations, a déclaré Arkhom Termpittayapaisith. "Le baht peut osciller, mais à 33 bahts pour un dollar, tout le monde devrait être content."

Le gouvernement dispose de fonds suffisants, avec 75 milliards de bahts disponibles dans le cadre du plan d'emprunt actuel, pour aider l'économie et il n'y a pas encore besoin d'emprunter davantage, a-t-il déclaré.

Le ratio de la dette publique au PIB du pays devrait s'établir à 62 % à la fin de l'exercice en cours, en septembre, et atteindre 67 % au cours de l'exercice 2026, a déclaré le ministre des Finances.

L'année dernière, le gouvernement a relevé le plafond de la dette publique à 70% du PIB, contre 60%, afin de s’octroyer une marge d'emprunt supplémentaire en cas de besoin.

Sous le vernis macro-économique, la pauvreté prospère

Mais au-delà des données macro-économiques, le gouvernement thaïlandais évoque peu la situation concrète de la population et reste avare en éléments significatifs sur le sujet.

Il nous dit par exemple que le taux de chômage officiel de la Thaïlande est retombé à 1,64% au cours du dernier trimestre de 2021, représentant 630.000 chômeurs, contre 2,25% au trimestre précédent - le chômage chez les nouveaux diplômés étant de 3,22%.

Mais les chiffres thaïlandais du chômage ne tiennent pas compte des quelque 19 millions de travailleurs informels estimés, soit 52% de la population active, qui constituent la partie la plus vulnérable. Aussi, la définition thaïlandaise du chômeur est étroite car elle concerne seulement ceux qui ne travaillent pas du tout au cours d'une semaine étudiée, et exclut les propriétaires d'entreprises ou de fermes.

"La pandémie a entraîné un chômage généralisé, une aggravation des inégalités et une augmentation des niveaux de pauvreté, en particulier chez les femmes, les jeunes travailleurs et les personnes âgées en Asie du Sud-Est", déclarait le 16 mars le président de la Banque asiatique de développement (BAD), Masatsugu Asakawa, soulignant qu'il y avait eu 9,3 millions de travailleurs de moins en Asie du Sud-Est en 2021, en raison de la crise du Covid-19. 

Ménages surendettés, aides aléatoires

L’impact du ralentissement économique contribue également à accroitre l’endettement des ménages, problème de fond plus inquiétant encore que le chômage. 

Au troisième trimestre de l'année dernière, la dette des ménages a augmenté de 4,2% en glissement annuel pour atteindre 14.350 milliards de baht (387 milliards d’euros), soit 89,3% du produit intérieur brut (PIB), selon le Conseil national de développement économique et social (NESDC).

Or, une grande partie des aides proposées par le gouvernement pour passer la crise se traduit par du crédit. Les agriculteurs et les vendeurs de rue, ainsi que les étudiants issus de familles à faible revenu, ont largement emprunté aux programmes de subventions gouvernementales.

Nombre d’économistes pointent le problème de l'endettement comme un facteur aggravant des inégalités et vive-versa, soulignant que seule petite minorité tire du crédit un bénéfice substantiel tandis qu’une écrasante majorité se trouve piégée dans un cercle infernal avec un revenu toujours faible et une dette qui ne cesse de croître. 

Selon le NESDC, les prêts aux petites entreprises ont augmenté de 7,3% en glissement annuel, les prêts hypothécaires de 5,5% et les prêts à la consommation de 4,6%. 

Aussi, les enveloppes annoncées depuis deux ans par le gouvernement pour soutenir la population et les entreprises n'ont pas forcément servi les plus nécessiteux. 

Il y a eu des aides considérables dans les montants, mais le système de ces aides était mal ciblé et manquait de clarté sur les conditions d’accès, souligne Christine Cabasset, directrice adjointe de l'Institut de recherche sur l'Asie du sud-est contemporaine (IRASEC).

"La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, qui ont essayé d’estimer l’impact de ces aides, ont souligné que les montants sont très significatifs mais que les autorités n’ont malheureusement pas toujours pris en considération ceux qui étaient dans les situations les plus problématiques", a-t-elle expliqué à Lepetitjournal.com. 

De fait, les aides n’ont pas toujours atteint ceux qui en avaient le plus besoin, souligne-t-elle.

Et alors que les ménages thaïlandais déjà étaient confrontés à une augmentation significative du coût de la vie l’an dernier, le conflit russo-ukrainien ne fait qu’alourdir la facture.

Pour aller plus loin, l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (IRASEC) vient de publier, gratuitement et en version numérique, l’édition 2022 de sa collection L’Asie du Sud-Est : Bilan, enjeux et perspectives
 

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