Le phénomène d’“Airbnbisation”, déjà visible à Barcelone ou Lisbonne, gagne désormais Málaga et l’Andalousie où l’on trouve environ 91 757 logements touristiques. Entre explosion du tourisme, essor des locations de courte durée et tension immobilière, la capitale de la Costa del Sol incarne les nouveaux défis urbains européens.


Une croissance touristique fulgurante
Pendant longtemps, Málaga a surtout été considérée comme la porte d’entrée de la Costa del Sol, en retrait par rapport à d’autres destinations andalouses comme Séville. Cependant, la ville a engagé une profonde mutation. Modernisation des infrastructures, valorisation du patrimoine, développement culturel autour du musée Picasso et l’accueil du Centre Pompidou, le premier musée francais hors de l’hexagone et son dynamisme économique grâce notamment à son parc technologique, ont progressivement renforcé son attractivité.
La cité andalouse a amorcé son développement touristique dès les années 1960. Mais c’est surtout au cours de la dernière décennie que la croissance s’est accélérée. Aujourd’hui, Málaga attire des visiteurs toute l’année, portée par son climat, son offre culturelle et ses infrastructures. En 2024, la province de Malaga a enregistré 14,4 millions de visiteurs, une hausse de 3,17 % par rapport à l'année précédente. Son aéroport a frôlé les 25 millions de passagers.

Selon les données de l’organisation touristique Exceltur, le nombre de logements touristiques a fortement augmenté ces dernières années, avec 7 478 annonces supplémentaires recensées en 2024. Parmi les villes espagnoles de plus de 500 000 habitants, Málaga affiche la plus forte concentration d'appartements touristiques selon l’Observatoire de l’Europe, avec 2,7 % de ses propriétés dédiées aux visiteurs, contre une moyenne nationale de 1,33 %. Le centre-ville voit apparaître de nombreuses agences spécialisées dans la location d’appartements touristiques.
Cette expansion s’inscrit dans un contexte de forte attractivité internationale. Selon l’Executive Nomad Index 2025 publié par Savills, Malaga est classée parmi les 10 métropoles mondiales les plus attractives. La ville séduit également une nouvelle population : investisseurs étrangers, expatriés et “nomades numériques”. Ces derniers, attirés par la qualité de vie et le coût encore relativement accessible par rapport à d’autres métropoles européennes, contribuent à transformer le marché immobilier local. Málaga compte aujourd’hui 43 espaces de coworking, symbole de cette mutation
Un modèle qui fragilise mais qui a des avantages
Malgré tout, cette croissance rapide n’est pas sans conséquences. Dans le centre historique, certains observateurs évoquent une “disneylandisation” de la ville : commerces traditionnels remplacés par des boutiques touristiques, standardisation des espaces urbains et disparition progressive de la vie de quartier. Alors que les visiteurs recherchent l’authenticité locale, leur présence massive contribue à transformer ce qu’ils venaient précisément chercher. Des espaces autrefois résidentiels ou de proximité se transforment progressivement en zones tournées vers le tourisme, comme dans certains secteurs du quartier d’El Palo.

De plus, une partie du marché est désormais concentrée entre les mains de multipropriétaires et d’investisseurs spécialisés et détenant leurs biens à distance. Selon le rapport d’Idealista de 2024, les prix pour louer un appartement ont augmenté. Le prix moyen dépasse 12 €/m², soit 28 % de plus qu'en 2022. Tandis que le nombre de biens disponibles à la location a chuté de 27 % sur la même période.
Les syndicats ont choisi Malaga ce 1er mai
Un habitant du centre historique résume : “La ville est plus belle et plus vivante qu’avant, mais il devient difficile d’y vivre au quotidien.” Jesus GALVEZ et Antonio Nunez témoignent dans l’émission Despierta Andalucia, d’une mésentente qui dure depuis trois ans avec les touristes du quartier Puerta Blanca. En effet, ils dégradent les lieux avec des verres brisés dans la piscine, des déchets dans les couloirs, bouteilles de gaz hilarant.
Le 1er mai, les syndicats UGT et CCOO ont manifesté, demandant un droit au logement et une hausse salariale. Ces manifestations ont eu lieu dans Malaga, ville symbolique de la crise du logement la plus aiguë d’Espagne.
Cependant, comme le souligne le Président de la Diputacion, Francisco Salado, la province reste fortement dépendante de l’activité touristique pour ses revenus et son emploi. Le nombre de travailleurs du secteur touristique dans la province de Malaga a augmenté de 7 % entre 2023 et 2024.
C’est incroyable que nous devions rappeler cela à tout le monde chaque année, mais le tourisme est l’industrie principale non seulement de cette province, mais aussi de la région Andalouse et de l’Espagne, tant en termes de revenus qu’en termes d’emploi
Des actions prises par la mairie de Malaga
Face à la pression, la municipalité a commencé à réagir. En juin 2024, elle a décidé de ne plus accorder de licences touristiques aux appartements sans entrée indépendante. Depuis janvier 2025, il y a une interdiction d’enregistrement de nouveaux logements touristiques dans 43 quartiers où plus de 8 % du parc résidentiel est déjà dédié à la location courte durée.
Le maire Francisco de la Torre Prados a également demandé au gouvernement national l'autorisation de créer une taxe de séjour sur les locations touristiques, dont les recettes financeraient les loyers sociaux.
Ces décisions témoignent d’une volonté de concilier développement touristique et cohésion sociale, dans un contexte partagé par de nombreuses villes européennes.
Málaga n’a pas encore atteint le niveau de tension observé dans d’autres grandes villes touristiques espagnoles, mais les signaux d’alerte se multiplient. Elle n’est pas seulement confrontée à la croissance du tourisme : elle fait face à une question plus large, celle du modèle urbain qu’elle souhaite construire pour les années à venir.
La ville bénéficie aujourd’hui d’un rayonnement inédit, d’un dynamisme économique réel et d’une image internationale renforcée. Mais cette réussite devra s’accompagner de réponses durables en matière de logement, de mobilité et de qualité de vie. L’enjeu n’est pas d’opposer habitants et visiteurs, mais de faire en sorte que Málaga demeure à la fois une ville accueillante et une ville où il fait bon vivre toute l’année
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