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Málaga : la fin d’une époque pour les commerces locaux face à la ‘’touristification’’

C'est le sujet qui anime toutes les conversations à Málaga cette semaine : la disparition progressive des repères du quotidien au profit de la pression touristique et de l'envolée des baux commerciaux. Du kebab emblématique du centre-ville aux institutions centenaires, cet été 2026 entérine la métamorphose radicale de la capitale de la Costa del Sol.

Fermeture commerce local Fermeture commerce local
Ancienne terrasse du Café Central de Málaga. (cafecentral.es)
Écrit par Lola POGRZEBA
Publié le 15 octobre 2026

L’actu de la semaine : la fin de l'emblématique kebab Madre de Dios !

L'annonce est tombée ce 15 septembre : après 23 ans d'existence, le restaurant Madre de Dios baisse définitivement son rideau dans la rue éponyme. Ce n'était pas un simple fast-food : célèbre pour ses kebabs artisanaux géants de 30 cm pesant près d'un kilo, ses sauces maison et ses pâtes pétries sur place, l'établissement était une véritable institution pour plusieurs générations de Malagueños.

Mais au-delà de la perte culinaire, c'est le diagnostic posé par ce citoyen, administrateur du compte Instagram « @guirisgohome1 », qui choque la population :


Dans cette rue, il n'y a plus de voisins. Il n'y a que des touristes dans les appartements de vacances, et eux ne viennent pas manger ici : ils achètent leurs produits au supermarché. Le centre-ville est perdu

Fariz, gérant du restaurant, cherche désormais à délocaliser son activité en périphérie (du côté de Teatinos ou Martínez Maldonado) ou à Torremolinos, là où subsiste encore une vie de quartier et une clientèle locale.

 

Tetería San Agustín, La Costa Azul... : Un été noir pour les commerces

Le cas de Madre de Dios s’inscrit dans une série de fermetures marquantes survenues tout au long de la saison estivale :

* La Tetería San Agustín remplacée par un Carrefour Express :
Situé au pied du musée Picasso, ce salon de thé arabo-andalou était un havre de paix, prisé des habitants depuis 32 ans. L'annonce de son remplacement par une supérette de grande distribution a suscité une vive indignation citoyenne.

* La Costa Azul (fermeture le 31 août) :
Cette boutique de mode emblématique de la calle San Juan a fermé ses portes après 95 ans d'existence, étouffée par l'explosion des loyers et le départ des habitants.

* Une saignée générale :
Ces enseignes s'ajoutent aux fermetures récentes de la Confitería Aparicio (présente depuis 1941) ou encore de la quincaillerie El Llavín.

 

Le symbole précurseur : le Café Central et la dérive du pub à guiris !

Pour comprendre le basculement actuel du centre-ville, il faut remonter à la première grande onde de choc subie par les Malagueños : la fermeture du Café Central sur la Plaza de la Constitución.
Pendant plus d'un siècle, ce café historique a forgé l'identité même de Málaga : c'est ici qu'a été inventé le système unique de commande du café malagueño (un sombra, un nube, un mitad...). Mais en 2022, incapable de faire face aux renouvellements de bail prédateurs, l'établissement mythique a dû fermer ses portes après 100 ans d'histoire.


Le Café Central, un lieu historique de Málaga, a baissé son rideau

Ce qui choque les habitants aujourd'hui, c'est sa métamorphose : le lieu chargé d'histoire a été découpé et reconverti pour accueillir des enseignes taillées exclusivement pour les visiteurs étrangers, dont un pub irlandais/sports bar orienté "guiris", affichant petits-déjeuners anglais, pintes de bière et retransmissions de la Premier League de football.


Pour les locaux, voir le berceau du café malagueño transformé en terrasse à pintes pour touristes résume à lui seul le drame en cours : le patrimoine immatériel de la ville est bradé au profit d'une offre touristique standardisée et anglo-saxonne.

 

Vers un statut de « Comercio Emblemático » pour sauver ce qu'il reste 

Face à cette standardisation du centre-ville, le débat politique et citoyen prend de l'ampleur à Málaga. De nombreuses voix, associations de riverains, commerçants et groupes politiques locaux réclament d'urgence l'adoption d'un cadre de protection légale et fiscale pour les commerces historiques.
Ce modèle s’inspire directement de dispositifs déjà expérimentés dans d’autres villes espagnoles confrontées à la sur-fréquentation touristique :

Le modèle barcelonais (Protection du patrimoine commercial) : Barcelone a élaboré un catalogue officiel répertoriant les établissements centenaires ou à forte valeur patrimoniale, leur accordant une protection architecturale et un gel sur les changements d'usage des locaux.

L'initiative de Palma ou Valence : Ces municipalités proposent des abattements fiscaux sur les impôts locaux (comme l'IBI) et des aides directes au paiement des loyers pour maintenir les commerces traditionnels dans les hypercentres.

 

À Málaga, bien que des propositions aient été formulées au conseil municipal pour créer un catalogue des établissements emblématiques, le rythme des fermetures va pour l'instant plus vite que l'agenda administratif.

Pour les commerçants et les résidents du centre, la protection de la ville ne doit plus seulement concerner ses monuments, mais aussi le tissu humain et commercial qui fait son identité.
 

Alors que l'aéroport continue de battre des records de fréquentation, une question demeure : jusqu'où la ville peut-elle sacrifier son âme au profit de son attractivité ?

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