Au cœur du centre-ville de Séville, la colère ne faiblit pas face à la crise du logement
Dans la capitale andalouse, la plaza de la Encarnación est devenue un lieu de mobilisation contre la crise du logement. Plusieurs syndicats y maintiennent des campements et réclament des mesures face à la hausse des loyers et à la spéculation immobilière. Au-delà de l’émotion suscitée par la mort de Maricarmen, cette mobilisation interroge : comment se loger dans une ville où les prix ne cessent d’augmenter ? Le Petit Journal a analysé l’évolution des loyers et recueilli les témoignages de manifestants.
De Madrid à Séville, le logement devient un symbole de colère
L’histoire de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans expulsée de son logement à Madrid, a largement été relayée en Espagne. Sa mort, survenue quelques jours plus tard, a ravivé les mobilisations en faveur du droit au logement.
À Séville, le syndicat des locataires comme les autres manifestants installés sur la plaza de la Encarnación entendent poursuivre l’occupation jusqu’à l’obtention d’avancées concrètes.
Ils dénoncent notamment la spéculation immobilière et la place des fonds d’investissement sur le marché du logement. Au-delà de ce drame, leur mobilisation met en lumière les difficultés rencontrées par les habitants pour trouver un logement adapté à leurs revenus, conserver leur appartement et rester dans leur quartier.
Des loyers moins élevés qu’à Madrid, mais une pression bien réelle
À l’échelle des grandes villes espagnoles, Séville reste moins chère que Madrid ou Barcelone. Mais les loyers y ont fortement augmenté ces dernières années. Selon Idealista, le prix moyen des annonces locatives est passé de 10,4 euros par mètre carré en août 2022 à une hausse d’environ 30 % en quatre ans.
En août 2026, le loyer moyen atteignait ainsi 13,5 euros par mètre carré à Séville, contre 23,3 euros à Madrid, 20,2 euros à Barcelone, 16,3 euros à Valence et 15,7 euros à Bilbao.
Ces moyennes concernent les prix affichés dans les annonces et ne reflètent ni l’ensemble des contrats de location en cours ni les différences entre les quartiers. Elles montrent néanmoins que, malgré des loyers inférieurs à ceux des grandes métropoles espagnoles, Séville connaît elle aussi une hausse importante des prix.
« On ne peut pas continuer dans ces conditions » : la colère des Sévillans
Sous le Metropol Parasol, les manifestants dénoncent la hausse des loyers et les difficultés d’accès au logement. Certains pointent la spéculation immobilière, tandis que d’autres redoutent de devoir quitter leur quartier faute de pouvoir suivre l’évolution des prix.
Pour Aïcha, étudiante à Séville, pouvoir se loger est devenu un combat quotidien:
Je suis étudiante ici, je n’arrive pas à me loger. Je fais des économies sur mes repas et mes sorties. En deux ans, mon loyer a déjà été revu trois fois. On ne peut pas continuer dans ces conditions. Il faut que les choses changent, sinon on fonce dans le mur
À 74 ans, Angelina observe elle aussi les transformations de son quartier. Au fil des années, elle a vu des amis partir et de nouveaux habitants s’installer, qu’elle estime plus à même de supporter les prix pratiqués, ce qu’elle déplore:
Dans beaucoup de quartiers, les personnes âgées sont évincées de chez elles. Maricarmen était le visage d’une Espagne qui va mal. On est là pour sa mémoire, mais aussi pour préserver nos quartiers, notre identité et notre histoire. Car si nous, on ne peut plus payer et vivre ici, qui va venir ? Des étrangers
Leurs témoignages illustrent deux conséquences de la crise : les difficultés des étudiants à accéder au logement et la crainte des habitants de longue date de voir leur quartier leur échapper.
Face à cette situation, les manifestants réclament des réponses concrètes des pouvoirs publics. Reste à savoir quelles mesures pourront permettre aux Sévillans de se loger durablement sans devoir renoncer à leur quartier.