Estelle Cocomazzi, a choisi de construire sa vie autrement — avec exigence, générosité, et cette conviction rare que la gentillesse est la plus solide des stratégies. Elle est co-fondatrice de Signature Properties & du CAFÉ – Cercle Andalou des Francophones Entrepreneurs à Estepona
Il y a des personnes qui traversent la vie en la subissant, et d'autres qui la construisent — délibérément, patiemment, avec cette clarté intérieure que rien ne vient troubler durablement. Estelle Cocomazzi est de celles-là. Quarante-trois ans, deux filles, un époux, un chat, et une conviction qui structure tout ce qu'elle est : que la gentillesse n'est pas une faiblesse mais une méthode. Que le lien authentique vaut tous les business plans du monde. Qu'une vie belle se construit — et que rien, absolument rien, n'oblige à attendre que les circonstances s'y prêtent.
Ce qui frappe chez elle, avant même d'entrer dans le détail de ses activités, c'est une cohérence rare entre ce qu'elle dit, ce qu'elle fait et ce qu'elle est. Pas de posture. Pas de discours de façade soigneusement ajusté pour l'occasion. Elle parle franchement, sans enjoliver, avec cette honnêteté désarmante qui rend immédiatement confiance. Elle aime que les choses soient vraies, nettes, cohérentes. Et quand elles ne le sont pas — quand elle perçoit une injustice, un manque de considération, une relation où l'un profite de l'autre — quelque chose en elle se lève. Pas avec agressivité. Avec fermeté.
Je suis une maman de 43 ans qui aime la vie, arrivée à un stade où je fais les choses parce que ça me plaît, et non par obligation. La gentillesse et le lien authentique sont ma priorité
Cette phrase, elle la dit simplement, sans s'y attarder. Comme une évidence. Mais à bien l'écouter, elle dit tout.
Le gris de Belgique, et la lumière d'en face
En 2022, Estelle quitte la Belgique. Pas sur un coup de tête — sur un coup de cœur vieux de huit ans. En 2014, elle et son époux Willem étaient venus en vacances à Estepona. Une semaine. Peut-être moins. Mais quelque chose s'était imprimé durablement, comme ces images d'enfance qu'on ne cherche pas et qu'on retrouve intactes des décennies plus tard.
Août 2022 : les valises, la voiture, le chat, et cette lumière du sud qui ne ressemble à rien d'autre.
On est revenu voir et on a eu un coup de cœur, c'était une évidence que c'est là qu'on voulait vivre. Et chaque jour on se dit qu'on a fait le bon choix et qu'on est chanceux d'être là
Le départ répond à trois besoins profonds : offrir autre chose à ses enfants, sortir d'un investissement professionnel qui ne laissait plus de place pour respirer, et fuir ce « gris partout, du ciel, des gens, des maisons » — contre lequel le bleu d'Estepona est apparu comme une réponse évidente. L'Espagne n'a pas seulement offert un décor. Elle a offert un autre cadre intérieur.
L'école de la confiance
Avant Estepona, il y avait dix-sept ans de crèches privées. Cinq établissements, des centaines de familles, une responsabilité totale et permanente. « C'était un investissement total, sans jamais vraiment déconnecter. J'ai toujours été responsable des enfants que les familles me confiaient, et cela a forgé mon sens de la confiance et de la responsabilité. »
Au fil des années, quelque chose s'était usé : la pression continue, l'impossibilité réelle de déconnecter, une saturation que l'on reconnaît souvent trop tard. « Quand l'envie de changer de vie est montée, j'ai su qu'il était temps de réaliser de nouveaux rêves. » Ce que ces dix-sept ans lui ont laissé, en revanche, est irremplaçable : une culture de la confiance construite jour après jour dans la relation avec des parents qui lui confiaient ce qu'ils avaient de plus précieux. Cette école-là ne se referme pas. Elle imprègne. Elle devient une façon d'être — bien au-delà du travail.
Travailler avec des gens bien — et seulement avec eux
Estelle ne cherche pas à travailler avec les plus puissants, les plus fortunés, les mieux connectés. Elle cherche à travailler avec des gens gentils. Le mot peut sembler anodin. Il ne l'est pas.
Pour elle, la gentillesse est un critère de sélection. Une condition sine qua non. Elle a une aversion viscérale pour l'injustice — pas la grande injustice abstraite des discours, mais celle du quotidien : ne pas rendre ce qu'on doit, prendre sans donner, laisser quelqu'un se débattre seul avec un problème qu'on aurait pu résoudre d'un mot. Estelle ne l'accepte pas. Et elle ne se contente pas de ne pas l'accepter — elle agit. En construisant des espaces où les règles sont claires et respectées. En refusant certaines collaborations quand quelque chose sonne faux. En prenant le temps d'expliquer à un acheteur ce qu'il n'a pas compris plutôt que de profiter de sa méconnaissance. Ce n'est pas du militantisme. C'est une éthique de terrain, exercée chaque jour, silencieusement.
Willem partage cette boussole. Derrière l'homme affable qui cite Descartes et plaisante sur les barbecues andalous, il y a quelqu'un qui croit profondément que les affaires peuvent — et doivent — se faire autrement. Ensemble, ils forment un couple entrepreneurial qui a décidé, consciemment, de ne pas dissocier le succès de la justice, ni les affaires de l'humanité.
Signature Properties : l'immobilier comme art du soin
Ce que fait Estelle dans l'immobilier ne ressemble pas tout à fait à ce que font les autres. Elle le reconnaît elle-même : « Il y a beaucoup d'agents immobiliers sur la Costa del Sol, ce qui peut parfois donner une image confuse ou biaisée du marché. »C'est précisément contre cette confusion-là que Signature Properties a été pensée — une agence boutique spécialisée dans les biens de prestige, offrant à une clientèle internationale un accompagnement sur mesure, humain et exclusif, de la recherche à l'après-vente.
Willem le formule avec le mot juste :
Nous cherchons à créer un véritable cocon autour de nos acheteurs, pour qu'ils se sentent compris, en confiance
Le cocon. Pas une transaction — une mise sous protection. Et c'est l'héritage des crèches qui lui a donné cette forme : « Les familles me confiaient ce qu'ils avaient de plus précieux : leur enfant. C'est ce que je sais faire : on peut me faire confiance et je prends soin de ce qu'on me confie, comme si c'était pour moi. »
L'exemple qu'elle choisit est éloquent. Une cliente, un appartement sur plan, aucune visite, aucun déplacement. Estelle coordonne tout — l'avocat, la signature, les clés, trois semaines à aménager le bien, puis la mise en location.
Elle a réservé en février, signé mi-novembre, loué en décembre. Elle est venue la première fois à Noël. Elle était ravie et moi aussi du coup
Ce « moi aussi du coup » dit tout. Spontané, presque surpris de lui-même. La satisfaction d'une femme qui a tenu sa parole jusqu'au bout.
CAFÉ – Cercle Andalou des Francophones Entrepreneurs : l'entraide sans la contrepartie
Parallèlement à l'immobilier, Estelle a co-fondé quelque chose de plus difficile à catégoriser — et pour cette raison même, de plus précieux. Le CAFÉ – Cercle Andalou des Francophones Entrepreneurs, qu'elle a lancé aux côtés de Cyrielle Vinet, psychologue clinicienne installée sur la Costa del Sol.
Le cercle ne tire aucun bénéfice financier du networking qu'il propose. Aucune commission. Aucune contrepartie. Ce que le CAFÉ offre à ses membres, c'est une garantie — subjective peut-être, mais réelle : ceux qui en font partie apportent quelque chose de sérieux, de sincère et d'utile à ceux qui les sollicitent. Et ces membres, à leur tour, renforcent le réseau en recommandant d'autres professionnels de confiance, par prescription naturelle, sans arrière-pensée. Une charte simple mais structurante pose les règles : bienveillance, respect, confidentialité, absence de démarchage. Ce ne sont pas des ornements. Ce sont le produit lui-même.
C'est Willem qui formule peut-être le mieux ce que cela représente : « C'est peut-être ça ce que l'on donne à notre terre d'accueil. » L'entraide sans la recherche du gain. Une façon de rendre à un territoire ce qu'il vous a offert — en construisant, pierre après pierre, un espace où les relations humaines ne sont pas instrumentalisées. Où le nouvel arrivant peut trouver un avocat, un artisan, un thérapeute, un comptable, sans tâtonner dans le noir.
Nous voulons contribuer, à notre manière, à construire une véritable legacy pour les générations à venir
Ce mot n'est pas anodin. Ce que bâtissent Estelle et Willem ici n'est pas seulement un business — c'est quelque chose qui doit leur survivre.
Ce qui compte, vraiment
Estelle a le goût de la réussite — elle ne s'en cache pas. Elle aime voir les choses avancer, se structurer, grandir. Mais cette ambition n'est jamais détachée de son éthique. Elle veut que les choses soient bien faites avant d'être nombreuses. Elle préfère un client qui revient à dix clients satisfaits d'une prestation correcte mais sans âme. Et quand le sens disparaît, elle ne s'accroche pas. Elle part. Elle reconstruit. Ailleurs, autrement, mieux.
Sa philosophie, elle l'emprunte à Bergson avec une légèreté qui n'enlève rien à la profondeur : « Penser comme une femme d'action, agir comme une penseuse. » Son conseil aux futurs expatriés le dit à sa façon : « Bien s'entourer est essentiel. Travailler son réseau dès le départ est une clé du succès. » Elle aurait pu dire travailler dur. Elle dit s'entourer. La nuance est toute sa philosophie en un seul mot.
Son endroit préféré ? Le paseo Marítimo, « un lieu où je trouve apaisement et beauté ». Sa plus grande richesse ? « Ma famille. Mon souhait est que nous soyons unis, soudés et heureux. » Chez Estelle Cocomazzi, ce qui compte vraiment affleure naturellement — sans artifice, sans posture.
Je suis une maman de 43 ans qui aime la vie, arrivée à un stade où je fais les choses parce que ça me plaît, et non par obligation
C'est peut-être la définition la plus honnête du succès que l'on puisse entendre sur la Costa del Sol. Mais l'histoire ne s'arrête pas là — d'autres projets sont dans les cartons, pour elle comme pour Willem.