Édition internationale

Le South Summit 2026 consacre Madrid comme carrefour incontournable de l'IA en Europe

Pendant trois jours, La Nave a accueilli la 15e édition du South Summit, devenu l’un des rendez-vous majeurs de l’écosystème tech européen. Entre débats sur la souveraineté numérique, prises de parole de premier plan et compétition de startups, l’événement a rassemblé entrepreneurs, investisseurs et acteurs de la tech venus du monde entier.

South Summit MadridSouth Summit Madrid
@SOUTH SUMMIT MADRID

Quatre mille cinq cents candidatures venues de 110 pays, cent startups retenues, trente-deux licornes présentes (startup valorisée à plus d'un milliard de dollars). Et un ancien hangar industriel du sud de Madrid transformé, le temps d'un long week-end de juin, en épicentre de l'intelligence artificielle européenne.

Du 3 au 5 juin, La Nave a accueilli la quinzième édition du South Summit Madrid. Créé en 2012 et coorganisé avec IE University, ce forum annuel est devenu en quelques années le plus grand événement dédié à l'entrepreneuriat et à l'innovation du sud de l'Europe, un carrefour où startups, investisseurs, grandes entreprises et décideurs publics se retrouvent pour faire du business et prendre le pouls des grandes tendances technologiques.

Sous le thème AI Convergence, l'édition 2026 a rassemblé plus de 18.000 participants de 141 pays, plus de 600 intervenants, 7.000 startups représentées, 2.100 investisseurs et 5.000 représentants de grandes entreprises, tous convergés vers ce quartier de Villaverde, habituellement bien loin des radars de la tech internationale.

 

Le ton a été donné dès l'ouverture par María Benjumea, fondatrice de l'événement : « L'IA n'est pas une menace, c'est un impératif de croissance. L'Europe doit supprimer les obstacles qui poussent les entreprises à partir aux États-Unis. » Un appel à la compétitivité européenne qui a traversé les trois jours de débats comme un fil rouge.

 

 

L'Europe face à ses contradictions, à La Nave

Car le South Summit 2026, au-delà des pitchs et du networking, a été le théâtre d'une discussion politique de fond. L'enjeu, martelé de panel en conférence plénière : comment l'Europe peut-elle transformer son vivier de talents en champions technologiques mondiaux ?

Enrico Letta, ancien Premier ministre italien et actuel doyen de l'IE School of Politics, Economics and Global Affairs, a ouvert cette réflexion dès le premier jour.

« L’achèvement du marché unique est essentiel pour permettre aux start-ups européennes de se développer et d'être compétitives à l'échelle mondiale », a-t-il insisté, défendant la feuille de route One Europe, One Market et ses quarante initiatives législatives. « 2027 doit être l'année où l'on parvient à un Marché unique véritablement intégré. », a-t-il déclaré.

María Benjumea a appuyé cette analyse avec un chiffre, en seulement trois ans, la part de l'IA dans le capital-risque mondial est passée de 30 % à 61 %.

« Il ne s'agit pas simplement d'un changement technologique de plus, mais d'un véritable changement de paradigme », a-t-elle souligné, avant d'ajouter : « Une startup née en Espagne devrait pouvoir voir l'Europe comme son terrain naturel, pas comme 27 frontières différentes. »

Le deuxième jour a prolongé le débat avec un échange consacré à la gouvernance de l'IA, réunissant Aleida Alcaide García, directrice générale de l'Intelligence artificielle au ministère espagnol de la Transformation numérique, Carme Artigas, ancienne secrétaire d'État à la Digitalisation, et Eoghan O'Neill, de la Commission européenne.

« L'Europe a du talent. Nous avons 30 % d'ingénieurs IA par habitant de plus que les États-Unis. Ce qu'il nous faut, c'est combler le fossé du capital », a insisté O'Neill.

L'édition 2026 a aussi inauguré un nouveau volet consacré à la défense et à l'IA, avec la participation de DIANA, l'accélérateur d'innovation de l'OTAN, d'Airbus et de plusieurs startups spécialisées dans les technologies à double usage.

 

La France en force, côté scène et côté compétition

Dans ce paysage très international, la présence française s'est distinguée cette année avec une densité inhabituelle. La figure la plus visible était Jean-Charles Samuelian-Werve, cofondateur et PDG d'Alan, l'assurtech française qui génère 800 millions d'euros de revenus annuels et compte 1,1 million de membres en Europe, dont l'Espagne. Samuelian-Werve est aussi cofondateur et membre du conseil d'administration de Mistral AI, la pépite tricolore de l'IA générative. Sur l'Arena Stage, il a livré un plaidoyer pour une médecine transformée par l'intelligence artificielle :

« Pendant des décennies, la santé a été fondamentalement réactive : on agissait quand le problème apparaissait. Grâce à l'IA, nous pouvons aujourd'hui anticiper, identifier les risques avant qu'ils ne s'aggravent et accompagner les personnes de manière beaucoup plus proactive et personnalisée. »

Un discours qui résonne particulièrement dans un pays comme l'Espagne, où l'accès aux soins et la digitalisation du système de santé font l'objet de débats permanents.

 

L’Espagne rétablit l’accès universel aux soins, y compris pour les migrants

Mais Samuelian-Werve n'était pas le seul Français à prendre le micro à La Nave. Renaud Visage, co-fondateur d'Eventbrite, Ben Marrel, de Breega, Colette Ballou, Jacky Abitbol de Cathay Innovation, Antoine Servant, cofondateur et directeur des opérations de Chatbase, qui intervenait sur les stratégies de croissance dopées à l'IA, et Amine Raji, de Spore.bio, figuraient tous parmi les intervenants.

Sept Français au micro, sur des panels allant de la santé numérique à l'investissement, en passant par l'IA conversationnelle. Une délégation significative, qui reflète la montée en puissance de la tech française dans l'écosystème sud-européen.

Côté Startup Competition, la France a également fait bonne figure. Cinq startups tricolores se sont hissées parmi les 100 finalistes : Ochy (consommation), Initiativ (fintech), UP'ONE (mobilité et villes intelligentes), Naltilia (données et confiance numérique) et Libertify (solutions d'entreprise).

Avec cinq finalistes, la France se plaçait au quatrième rang des pays les plus représentés dans la compétition, derrière l'Espagne (44 finalistes), le Portugal (sept) et les États-Unis (six). Un bon cru, à défaut d'avoir décroché le prix final.

 

À Madrid, la French Tech & Frenchfounders font du South Summit un levier d’excellence

 

Madrid, la nouvelle capitale tech d'Europe du Sud

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Cette visibilité française ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans l'attractivité croissante de Madrid comme carrefour de l'innovation européenne. Rocío Albert, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi de la Communauté de Madrid, a rappelé les chiffres lors de la clôture : la capitale espagnole concentre désormais 2.100 startups, génère 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et capte 63 % des investissements étrangers qui arrivent en Espagne.

 

« Depuis 2017, la valeur de notre écosystème entrepreneurial a été multipliée par sept. C'est la meilleure preuve que les idées poussent à Madrid », a-t-elle ajouté.

Le ministre de la Transformation numérique, Óscar López, avait lui aussi donné le la dès l'inauguration, rappelant que l'Espagne dispose de la meilleure connectivité d'Europe, plus de 96 % de couverture en fibre optique, près de 94 % en 5G, et a déjà investi 1,5 milliard d'euros dans sa stratégie d'intelligence artificielle. Un argument de poids pour les entrepreneurs français qui hésitent entre Paris, Berlin et Madrid.

Au fil de ses quatorze éditions précédentes, le South Summit a accueilli plus de 42.500 startups. Les 1.500 finalistes passées par sa compétition affichent un taux de survie de 85 % et ont levé, collectivement, plus de 20 milliards de dollars. Des chiffres qui ont de quoi rassurer les investisseurs, et attirer les fondateurs.

 

Mitiga, la startup catalane qui anticipe les catastrophes climatiques

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Vendredi 5 juin, le verdict est tombé. C'est Mitiga, une startup barcelonaise spécialisée dans l'analyse des risques climatiques pour l'aviation, qui a remporté le grand prix du Startup Competition. Sa plateforme EarthScan combine supercalcul, intelligence artificielle et modèles climatiques propriétaires pour permettre aux entreprises d'évaluer leur exposition aux événements extrêmes, inondations, tempêtes, canicules, et d'adapter leurs stratégies d'investissement et d'atténuation.

Quatre autres prix ont été décernés : la madrilène Floatech (startup la plus disruptive), la barcelonaise Macadam (la plus durable), l'Argentine Wise CX (la plus scalable) et l'Italienne Xplora (meilleure équipe).

Le roi Felipe VI, qui avait visité le AI Forum d'IE University le deuxième jour et assisté aux pitchs de plusieurs finalistes, a manifestement été marqué par la qualité des projets.

« Sa Majesté a eu l'occasion de voir certaines des présentations des finalistes et a été impressionné », a confié María Benjumea lors de la cérémonie de clôture, avant d'ajouter à l'attention de tous les participants : « Vous êtes tous les gagnants de cette édition. »

Au-delà des prix et des panels, le South Summit 2026 envoie un signal clair. Madrid n'est plus seulement une ville où l'on vient pour la qualité de vie et le soleil. C'est un écosystème tech de premier plan, où la France est de plus en plus visible.

 

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