Les problèmes de conciliation travail-famille ne seraient plus une question de genre premium

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 17/03/2022 à 20:00 | Mis à jour le 18/03/2022 à 12:12
Photo : NeONBRAND
des enfants jouent dans un bureau, où leurs parents sont en train de travailler, en Espagne

C’est l’une des surprenantes conclusions de la dernière étude d’ESADE, qui précise même qu’un tiers des hommes auraient plus de difficultés que leur compagne. Les initiatives se multiplient pour lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes dans la sphère professionnelle, même si les notions de "plafond de verre" ou d'"écart salarial" sont toujours cités.

 

Avec la journée de la femme, le 8 mars dernier, divers services d’études ont préparé des analyses sur l’égalité entre les sexes, en particulier au travail. Ainsi, la nouvelle édition de l'Esade Gender Monitor 2022 signale que les mesures d'égalité prises par les entreprises espagnoles sont de plus en plus adaptées aux besoins des femmes.

Selon les personnes interrogées, les politiques les plus mises en œuvre par leur entreprise - dont la flexibilité des horaires de travail (20,7%), les programmes de mentorat et de parrainage (14,3%) et la formation aux techniques de gestion (15,9%) - coïncident avec celles qu'elles considèrent comme les plus appropriées pour garantir l'égalité des chances dans l'entreprise. 

¾ des femmes espagnoles rencontrent encore des problèmes

Seul un quart des femmes ont affirmé qu'au cours de l'année écoulée, elles n'ont pas rencontré d'obstacles dans leur travail du fait d’être une femme. Parmi les autres qui ont déclaré le contraire, les préjugés "inconscients" ressortent comme l'obstacle le plus courant dans leur travail quotidien et sur leur chemin vers des postes à haute responsabilité, avec 26%. C’est près de 10 points de plus que l'obstacle suivant le plus commenté : la difficulté de concilier vie personnelle et familiale (17,7%). La bonne nouvelle est que ce problème est de moins en moins évoqué. II y a encore six ans, en 2016, il était dénoncé par plus d’un quart des femmes.

D’ailleurs, il est curieux de constater que, si 14% des femmes interrogées disent avoir plus de difficultés que leur partenaire à concilier vie professionnelle et vie familiale dans le système de travail actuel, 44,4% déclarent avoir les mêmes difficultés que leur partenaire et 28,5% considèrent même que c'est leur partenaire qui a le plus de difficultés. Ces réponses, comparées à celles des années précédentes, semblent montrer que les problèmes d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée ne sont plus une question de genre mais plus un besoin de vivre et de travailler autrement.

L’image faussée de la mère de famille

En revanche, les femmes pensent qu'elles ont plus de difficultés à obtenir une promotion que leurs collègues masculins, parce qu'il existe encore l'idée que "les femmes préfèrent les postes qui leur permettent de mieux concilier vie professionnelle et vie privée" (21,9%) ou parce que dans leur entreprise, il est encore "considéré comme acquis que les femmes ayant une famille ne s'engagent pas autant que les hommes dans leur carrière professionnelle" (17,6%). 

D’autre part, les inégalités salariales, qui constituent traditionnellement l’un des principaux obstacles à l'égalité des sexes lors des études précédentes, est également en recul. C’était le principal obstacle, cité par 44,7% des femmes lors de l’enquête de 2016. Or, ce pourcentage est passé à 9,7% en 2022.
En revanche, le Guide du marché du travail 2022 (Guía del Mercado Laboral 2022) élaboré par Hays Espagne souligne que 68% des femmes estiment que leur salaire n'est pas en adéquation avec leur travail, soit 8% de plus que les hommes à cet égard. Mais ce n'est pas nécessairement un problème de genre. En fait, les enquêtes montrent que le désaccord général sur les salaires a augmenté ces dernières années (de 7% par rapport à l'année précédente) et que cette perception est plus prononcée dans les secteurs de la banque et du commerce de détail.
Malgré la plus grande concordance entre les demandes d'égalité et les mesures mises en œuvre par les entreprises, il existe toujours un sujet qui se répète, celui du fameux « plafond de verre ». Une grande majorité de femmes affirme qu’en Espagne il existe une inégalité de traitement en faveur des hommes pour occuper des postes de direction. Ce chiffre est même passé de 48,1% dans l'édition précédente à 61,4%. Seul 4,7% des personnes interrogées déclare qu’il n’y a pas d’inégalité à ce sujet. 
De leur côté, les données LinkedIn montrent que les femmes trouvent du travail à un rythme plus lent dans de nombreux secteurs et qu'elles ont moins de chances d'être embauchées pour des postes dirigeants, entraînant une régression de 1 à 2 ans par rapport aux progrès réalisés. Les entreprises progressent donc dans la mise en œuvre de mesures en faveur de l'égalité, mais il reste encore beaucoup à faire pour que les femmes atteignent les postes de direction.
Par ailleurs, le pourcentage d'entreprises qui intègrent la diversité des genres dans leur stratégie est en augmentation, avec près de 3 sur 4. Leur principale motivation est d'attirer et de retenir les talents et les mesures qu'elles appliquent le plus souvent sont les horaires flexibles (20,7%), la formation (21%) et les mesures d'accompagnement (14,3%).
En ce qui concerne la pandémie, 58,8% des femmes interrogées par Esade déclarent qu'elle a eu un effet positif sur leur capacité à concilier vie professionnelle et vie familiale ; 72,5% considèrent qu'elle n'a pas eu d'impact négatif sur leurs possibilités de promotion.
Toutefois, la grande majorité des personnes interrogées pensent que la pandémie aura des conséquences négatives sur l'égalité entre les sexes dans les organisations : 46,2% estiment que le rythme d’implantation de mesures pour améliorer l’égalité va ralentir, 6,8% pensent qu’il faudra attendre la fin de la pandémie et 19,5% disent qu'il y aura même un recul par rapport à ce qui avait déjà été réalisé.

 

conciliation espagne comparatif


La dernière édition 2021 de ‘l'indice mondial de l'écart entre les sexes’ que publie chaque année le World Economic Forum va également dans ce sens. 
Il conclut que la pandémie a eu un impact fondamental sur l'égalité femmes-hommes, tant sur le lieu de travail qu'à la maison, faisant reculer des années de progrès. Dans son rapport, le World Economic Forum explique que la pandémie de COVID-19 a touché tous les travailleurs, mais plus particulièrement les femmes, avec un taux plus élevé de pertes d’emploi (5 % contre 3,9 % chez les hommes, selon l’OIT).
Depuis 2006, le Forum économique mondial publie l'indice mondial de l'écart entre les sexes, qui vise à mesurer la parité entre les hommes et les femmes dans 156 pays dans quatre domaines clés : la participation et les opportunités économiques, le niveau d'éducation, la santé et la survie, et la participation politique.

Dans l'édition 2021, l'Islande se classe première pour la douzième année consécutive en tant que pays le plus égalitaire entre les sexes au monde. Le podium est complété par deux autres pays nordiques, la Finlande et la Norvège. Six des dix premiers pays de l'indice sont d’ailleurs issus de l’Europe.

De son côté, l'Espagne a perdu six places par rapport à l'édition 2020, et se retrouve à la 14e place de l'indice en 2021. Cette chute s'explique en grande partie par la moindre présence des femmes parmi les représentants parlementaires. C'est aussi parce que la baisse de l'espérance de vie qui, avec la pandémie a été réduite pour les deux sexes, a touché plus durement les femmes. Quant à la France, elle se situe derrière l’Espagne, en 16e place, alors qu’elle était 15e en 2020. 

Pour les pays où l’écart entre les sexes est le plus important - le dernier est l’Afghanistan…-, le World Economic Forum estime qu'au rythme actuel, l'écart mondial entre les sexes sera comblé en 135,6 ans. Il serait de 52,1 ans en Europe occidentale, 61,5 ans en Amérique du Nord et 68,9 ans en Amérique latine et aux Caraïbes. 

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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