Neuf entreprises françaises, un concours de pitch et une table ronde sur la souveraineté technologique européenne : la Résidence de France à Madrid a accueilli, mercredi 4 novembre, la 16e édition de la French Innovation Night.


Organisée par Business France Espagne, cette rencontre a illustré le travail d'accompagnement mené par l'agence auprès des startups et entreprises technologiques françaises souhaitant accélérer leur développement sur le marché espagnol. Muchbetter AI a remporté le concours de pitch de cette édition.
La technologie ne connaît pas de frontières, mais son développement dépend aussi de la capacité des entreprises à trouver les bons partenaires, à comprendre de nouveaux marchés et à nouer des relations commerciales durables. C'est précisément sur ce terrain que Business France entend intervenir. En réunissant à Madrid neuf entreprises françaises innovantes et des acteurs majeurs de l'écosystème économique espagnol, la French Innovation Night a donné une illustration concrète de son dispositif d'accompagnement à l'international.
Accueillie à la Résidence de France, cette 16e édition constituait le point d'orgue d'un programme d'accélération de neuf mois. À travers celui-ci, Business France accompagne les PME, startups et scale-ups françaises dans leur implantation et leur développement en Espagne. L'initiative s'inscrit dans le cadre d'Impact South Europe, le programme porté par l'agence pour soutenir les entreprises françaises dans leur expansion en Europe du Sud.
Business France, de la prospection commerciale aux rencontres avec les décideurs
L'accompagnement proposé par Business France ne se limite pas à une mise en relation ponctuelle. Il comprend notamment des actions de prospection commerciale, la génération de contacts qualifiés, des rendez-vous individuels avec des décideurs, des ateliers et des sessions de mentorat. La French Innovation Night permet aux entreprises accompagnées de présenter leurs solutions à un public de dirigeants et de partenaires potentiels, dans un cadre propice aux échanges.
Neuf entreprises françaises avaient fait le déplacement pour cette édition, avec des solutions couvrant plusieurs segments de la technologie : cybersécurité, intelligence artificielle, ressources humaines, publicité numérique et gestion des infrastructures commerciales. AUCAE propose un dispositif de communication et de coordination en situation de crise ; Bob! Desk digitalise la maintenance des réseaux de points de vente ; Filigran et OWN Security développent des solutions de renseignement sur les menaces informatiques ; Nucleon Security mise sur l'intelligence artificielle pour renforcer la détection et la réponse aux incidents. MediaBy et Sparteo s'adressent au secteur de la publicité numérique, tandis qu'Optimal RH propose une plateforme de gestion des ressources humaines.
Dans son discours d'ouverture, Nicolas Pillerel, ministre conseiller à l'ambassade de France, a souligné la dimension économique et stratégique de cette coopération. Après avoir adressé une pensée aux victimes du récent accident ferroviaire, il a rappelé que les liens entre les deux pays reposaient aussi sur une solidarité humaine. Il a ensuite insisté sur le rôle des entreprises françaises dans des secteurs devenus essentiels à l'autonomie européenne, notamment l'intelligence artificielle, la cybersécurité, les semi-conducteurs, l'espace et les communications.
"Face à ces défis communs, aucun pays européen ne peut avancer en solitaire", a-t-il rappelé, en soulignant l'intérêt de renforcer les coopérations entre les écosystèmes français et espagnol. Il a également évoqué le Forum économique France-Espagne organisé à Madrid le 30 septembre, ainsi que les initiatives visant à promouvoir les technologies européennes.
La souveraineté technologique européenne au cœur des échanges
La question de l'autonomie numérique a également occupé une place centrale dans la table ronde organisée au cours de la soirée. Animée par Helena Diez-Fuentes, elle réunissait Idoia Ana Salazar, CEO d'OdiseIA et spécialiste de l'éthique de l'intelligence artificielle, José Manuel de la Chica, Global Head of AI chez Banco Santander, Francesc Casas, chargé des affaires publiques chez PLD Space, et Miguel Ángel Díaz, directeur Technical Sales & Services chez Alcatel-Lucent Enterprise.

Les échanges ont porté sur les conditions nécessaires à la maîtrise européenne des technologies stratégiques : infrastructures, données, capacités industrielles, régulation et investissements. Si l'Europe dispose d'atouts reconnus dans les télécommunications et le spatial, elle reste dépendante d'acteurs extérieurs dans des domaines comme les semi-conducteurs, le cloud et certaines infrastructures numériques.
Les intervenants ont notamment évoqué les programmes européens Galileo, Copernicus et Iris², mais aussi les difficultés rencontrées par l'Europe pour disposer de capacités de lancement spatial suffisantes face aux États-Unis et à la Chine. La régulation européenne a également fait débat : elle peut constituer un cadre protecteur pour les utilisateurs et un avantage pour les entreprises capables de proposer des solutions conformes, à condition de ne pas freiner l'innovation ni pénaliser la compétitivité.
Un point de convergence s'est dégagé : la souveraineté technologique ne signifie pas l'autarcie. Il s'agit plutôt de conserver la capacité de choisir ses partenaires, de maîtriser les technologies les plus sensibles et de réduire les dépendances qui pourraient devenir stratégiques.

Muchbetter AI remporte le concours de pitch
Après la table ronde, les neuf entreprises ont disposé de deux minutes chacune pour présenter leur activité et convaincre le jury. Parmi elles, Muchbetter AI a défendu sa plateforme de formation commerciale fondée sur l'intelligence artificielle. La solution permet aux équipes de vente de s'entraîner à travers des simulations de conversations avec des clients virtuels, puis de recevoir une évaluation et des recommandations personnalisées.
Fondée en 2023 et dirigée par Julien Heissat, l'entreprise entend aider les équipes commerciales à améliorer leurs pratiques grâce à des mises en situation proches de leurs conditions réelles de travail. Déjà présente auprès de grands groupes européens, elle souhaite notamment poursuivre son développement sur le marché espagnol. Le jury lui a attribué le prix de cette 16e édition de la French Innovation Night.

En clôture, Richard Gomes, directeur de Business France pour la péninsule Ibérique, a rappelé que l'Espagne ne devait pas être considérée par les entreprises françaises comme un simple marché supplémentaire, mais comme un écosystème proche, avec lequel construire des coopérations durables. Il a également repris l'image d'Ariane, dont le développement avait illustré la nécessité pour l'Europe de disposer de ses propres capacités technologiques afin de conserver sa liberté de décision.
"Un pitch dure deux minutes, une collaboration peut durer plusieurs années", a-t-il résumé. Une formule qui rappelle l'objectif de la soirée : faire en sorte que les présentations et les rencontres organisées à la Résidence de France se prolongent en projets commerciaux et en partenariats concrets. Les échanges se sont poursuivis autour du cocktail, avec les équipes de Business France, les entreprises participantes et leurs interlocuteurs espagnols.
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