Du 6 au 8 octobre, plus de 150 entreprises françaises ont investi le Pavillon France de Fruit Attraction à Madrid, sous la houlette de Business France. Avec près de 3.000 m² d’exposition et une pomme de terre particulièrement mise en avant cette année, la présence tricolore témoigne d’une relation commerciale devenue structurante entre les deux pays. Au-delà de la concurrence, producteurs et professionnels français et espagnols mettent en avant une même réalité : leurs filières ont largement besoin les unes des autres.


Pour sa 18e édition, Fruit Attraction annonçait 2.500 entreprises de 78 pays, 162.000 m² d’exposition et plus de 121.000 professionnels attendus en provenance de plus de 150 pays. Occupant cette année dix halls de l’IFEMA, le salon accueillait un programme de 700 grands acheteurs, responsables des achats de la grande distribution, importateurs et grossistes venus de 60 pays. La France n'était pas en reste, loin de là. Il faut dire que Fruit Attraction est devenu, au fil des ans, un rendez-vous incontournable du secteur, notamment du fait de ses passerelles vers l'Amérique latine. Son positionnement à l’automne, au moment de nombreuses nouvelles campagnes commerciales, et sa localisation au cœur de la péninsule Ibérique lui donnent une place particulière dans les échanges européens et en font désormais une grande alternative au salon Fruit Logistica, organisé chaque février à Berlin.
Sur le Pavillon France, les pommes de terre, « produit phare » de Fruit Attraction 2026 et invitées d'honneur de cette édition, occupaient cette année une place particulière. Dégustations, démonstrations culinaires, producteurs, négociants et représentants de l’interprofession française : le tubercule était le grand protagoniste de la manifestation, symbole aussi d’une relation commerciale qui dépasse largement le simple rapport fournisseur-client. De fait, cette présence s’inscrit dans un marché espagnol particulièrement stratégique : en 2025, l’Espagne a importé 7,1 milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires en provenance de France, en hausse de 7,4 % sur un an. Les fruits et légumes représentent à eux seuls 763 millions d’euros, faisant de cette filière le troisième poste d’importation agricole et agroalimentaire espagnole depuis la France, selon l’Agencia Tributaria espagnole, reprise dans le rapport FranceAgriMer sur les performances à l’export des filières agricoles et agroalimentaires françaises en 2025.

Entre concurrence et complémentarité
La relation franco-espagnole dans les fruits et légumes ne se résume pourtant pas aux échanges commerciaux. Les deux pays sont à la fois concurrents sur certains produits et complémentaires sur d’autres, avec des calendriers de production, des terroirs et des débouchés différents. En visite sur le Pavillon France, l’ambassadrice de France en Espagne, Kareen Rispal, évoquait précisément cette capacité d’adaptation, dans un secteur confronté à la canicule, au changement climatique et à la hausse des coûts de transport. « Les difficultés auxquelles est confrontée la filière expliquent aussi ma présence ici aujourd'hui », exprimait l'ambassadrice. Pour elle, « le sens de l’innovation du secteur » est particulièrement significatif, à l'instar du développement de nouveaux produits, adaptés aux nouveaux modes de consommation. Et de s'intéresser aux mini chou-fleurs Prince de Bretagne, développés en réponse à la réduction de la taille des foyers, mais encore aux machines de bottelage et de banderolage industriel développées par le normand Ateliers de Recherches et Conceptions.
Pour l’ambassadrice, cette capacité d’adaptation permet aussi à la France de rester présente sur un marché où elle est parfois en concurrence directe avec l’Espagne. Cette coexistence entre concurrence et coopération s’est de fait progressivement structurée entre les deux pays. Des groupes de travail franco-espagnols permettent notamment de suivre les marchés, les périodes de production et les flux commerciaux. Pour Kareen Rispal, cette coordination constitue « un point fort de la coopération franco-espagnole ».

La pomme de terre, symbole de l’interdépendance
Cette réalité apparaît de manière particulièrement nette avec la pomme de terre. La France est le premier exportateur mondial de pommes de terre fraîches. Selon FranceAgriMer, les exportations françaises de pommes de terre ont représenté 920 millions d’euros en 2025. Mais c’est surtout sur le marché espagnol que la relation prend une dimension particulière. Florence Rossillion, directrice générale du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT), rappelle que la France exporte chaque année environ 700.000 tonnes de pommes de terre vers l’Espagne, son premier marché à l’export.
Le choix de Madrid pour mettre le produit à l’honneur n’est donc pas anodin. « Chaque année on a de nombreux exposants en pomme de terre de France qui sont présents sur le Salon de Madrid », explique l'intéressée. Fruit Attraction correspond notamment au début de la commercialisation des pommes de terre d’automne, ce qui en fait une période particulièrement importante pour la filière. Le salon attire des acheteurs espagnols, mais aussi des professionnels venus du sud de l’Europe. Les acheteurs de la grande distribution française font eux-mêmes le déplacement à Madrid, tandis que négociants et vendeurs profitent du rendez-vous pour rencontrer leurs clients et prospecter.
La filière française dispose par ailleurs d’un positionnement particulier sur le marché. « On exporte des pommes de terre qui ont de la valeur, destinées au marché du frais », explique Florence Rossillion. « Or l'Europe du sud, qui a su préserver une certaine tradition culinaire, à l'inverse des pays du Nord qui plébiscitent davantage les plats précuisinés, constitue un débouché essentiel en la matière ».
Cette spécialisation complète une production espagnole qui ne couvre pas tous les besoins du marché. L’Espagne produit notamment des pommes de terre de printemps dans le sud, tandis que la production d’automne est importante dans certaines régions comme la Castille-et-León. Les productions françaises viennent ainsi compléter l’offre disponible à certaines périodes et sur certains segments. La concurrence n’est pas absente pour autant, elle provient d'ailleurs de plus en plus du Maghreb, révèle la directrice générale du CNIPT. Au-delà des tensions commerciales, Florence Rossillion résume la situation par une formule : « On a besoin les uns des autres ». Les flux logistiques en sont une parfaite illustration : les camions qui acheminent des agrumes espagnols vers la France peuvent repartir chargés de produits français vers l’Espagne, permettant de mieux amortir les coûts de transport.
De cette édition de Fruit Attraction, on pourra dire qu'à Madrid, la France ne venait pas seulement vendre des fruits, des légumes ou des pommes de terre. Son immense pavillon et la diversité des métiers représentés illustraient aussi une offre fondée sur la diversité, l’innovation et la proximité.
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