Édition internationale

286 milliards d’euros à l’étranger : où les entreprises espagnoles font-elles le plus d’affaires ?

Le Portugal pour le nombre, le Royaume-Uni pour les ventes, l’Amérique pour les emplois. En 2024, le chiffre d’affaires des filiales d’entreprises espagnoles à l’étranger a progressé de 1,8 %, tandis que leurs effectifs recensés diminuaient. Une même expansion, plusieurs géographies.

Carte stylisée reliant l’Espagne aux principaux pôles d’implantation de ses entreprises en Europe et dans les Amériques.Carte stylisée reliant l’Espagne aux principaux pôles d’implantation de ses entreprises en Europe et dans les Amériques.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 29 septembre 2026

Le Portugal accueille 14,5 % des filiales espagnoles à l’étranger, devant le Royaume-Uni et les États-Unis. Pour le chiffre d’affaires, le classement bascule : les filiales établies au Royaume-Uni en réalisent 10,9 %, celles du Brésil 10,5 % et celles d’Allemagne 8,8 %. Le pays où les entreprises s’implantent le plus n’est donc pas celui où elles vendent le plus. 

Publiés lundi 28 septembre, les chiffres de l’Institut national de la statistique espagnol (INE) portent sur 7.231 filiales contrôlées par des entreprises espagnoles hors du pays. Leur chiffre d’affaires a atteint 285,998 milliards d’euros en 2024, contre 280,972 milliards en 2023 : une hausse de 1,8 % en valeur courante. Il s’agit de l’activité de sociétés établies à l’étranger, qui ne se confond pas avec les exportations depuis l’Espagne.

 

L’Europe pour les implantations, l’Amérique pour les emplois

Vue de loin, cette présence reste très européenne. Six filiales sur dix sont établies sur le continent, où elles réalisent ensemble 54 % du chiffre d’affaires recensé par l’INE. La proximité continue donc de structurer l’expansion des entreprises espagnoles.

Il suffit toutefois de passer des implantations aux emplois pour voir le centre de gravité traverser l’Atlantique. L’Amérique ne rassemble que 28,8 % des filiales, mais concentre 50,2 % de leurs effectifs. Le Brésil arrive en tête avec 11,9 % des emplois recensés, devant le Mexique (10 %). Dans les services, plus des deux tiers des salariés travaillent dans des filiales installées sur le continent américain.

Les ventes suivent une ligne plus équilibrée : l’Amérique génère 38,7 % du chiffre d’affaires total, contre 54 % pour l’Europe. Deux cartes se superposent ainsi. La première, celle des implantations et des revenus, reste dominée par le Vieux Continent ; la seconde, celle de l’emploi, penche nettement vers l’autre rive de l’Atlantique.

Les services rassemblent le plus grand nombre de filiales et de salariés. L’industrie réalise presque autant de chiffre d’affaires qu’eux : 33,5 % du total, contre 33,6 %. L’industrie manufacturière est la première activité par les ventes, suivie de l’information et de la communication. En 2024, les filiales ont aussi réalisé 73,222 milliards d’euros d’investissements matériels bruts, principalement en Europe et en Amérique. 

Précision factuelle : « Amérique » désigne ici l’ensemble du continent, et non les seuls États-Unis. Les pourcentages d’emploi portent sur les filiales couvertes par cette enquête de l’INE, pas sur tous les salariés des entreprises espagnoles dans le monde.


 

Des ventes en hausse, des effectifs en baisse

La hausse des ventes ne résume pas l’année 2024. En douze mois, le nombre de filiales recensées par l’INE est passé de 6.141 à 7.231, soit près de 18 % de plus. Leur chiffre d’affaires n’a progressé que de 1,8 %. Surtout, leurs effectifs ont reculé de 947.513 à 852.153 personnes : environ 95.000 emplois de moins, une baisse proche de 10 %.

À première vue, le mouvement peut surprendre : davantage de filiales, davantage de ventes, mais moins de salariés. Il ne permet toutefois pas de conclure à une vague de licenciements. L’INE livre deux photographies annuelles d’un ensemble dont la composition peut changer ; ses données ne retracent pas, entreprise par entreprise, les embauches, les départs ou les éventuelles cessions.

Une seule conclusion s’impose : la progression du chiffre d’affaires global ne s’est pas accompagnée d’une hausse des emplois recensés.

Le champ de l’enquête a aussi ses limites. Il couvre les filiales établies à l’étranger et contrôlées en dernier ressort par des entreprises espagnoles dans l’industrie, la construction, le commerce et les services marchands non financiers. Les banques et les autres activités financières restent donc en dehors des 286 milliards d’euros comptabilisés.

 

Ces entreprises qui font tourner l’économie espagnole

 

En Espagne, 2,1 % des entreprises concentrent 65,1 % des ventes

Le même jour, l’INE a publié une seconde enquête, consacrée cette fois aux entreprises situées en Espagne et à leur appartenance éventuelle à un groupe. Dans les secteurs étudiés, seules 2,1 % d’entre elles étaient intégrées à un groupe en 2024. Leur poids économique est sans commune mesure avec leur nombre : elles concentraient 65,1 % du chiffre d’affaires et 42,4 % des emplois. On change ici de population statistique. Ces pourcentages concernent l’ensemble des entreprises établies en Espagne qui appartiennent à un groupe, et non les seules filiales espagnoles implantées à l’étranger.

Un résultat ressort : parmi les filiales de groupes étrangers présentes en Espagne, celles contrôlées par des entreprises françaises arrivaient en tête pour le chiffre d’affaires, avec 15,5 % du total. Pendant que les groupes espagnols étendent leurs activités au Royaume-Uni, au Brésil ou au Portugal, leurs homologues français occupent une place de premier plan dans l’économie espagnole. Les deux mouvements sont distincts, mais ils racontent une même circulation des entreprises et des capitaux de part et d’autre des frontières.

Les chiffres de l’INE dessinent ainsi une Espagne économique bien plus vaste que sa carte : européenne par ses implantations, américaine par ses emplois et étroitement reliée à la France.

 

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