Elles s’appellent Nathalie Sanchez, Morgann Mobry, Anna Casal, Pauline Moutardier, Jennifer Maumont, Ségolène Daval-Frérot ou Isabelle Auroux. Toutes ont choisi l’Espagne pour entreprendre, chacune à sa manière. Orientation, tech, stratégie, immobilier, mode, climat ou transformation des organisations… Leurs parcours dessinent une nouvelle génération d’entrepreneuses françaises, à la fois libres, exigeantes et profondément ancrées dans leur époque. Portraits croisés de celles qui, loin des clichés, réinventent les règles du jeu.


Nathalie Sanchez (FEEduc) : la boussole des étudiants français perdus en Espagne

À Madrid, Nathalie Sanchez a fait de l’orientation un métier de précision. Et presque, au fil des années, un service public officieux pour les familles françaises perdues dans le labyrinthe des études supérieures en Espagne.
À la tête de FEEduc, structure qu’elle fonde en 2012, elle accompagne chaque année plus d’un millier d’étudiants dans leur projet post-bac. Kinésithérapie, commerce, architecture, design… derrière chaque dossier, une même promesse : transformer une idée floue — “partir étudier en Espagne” — en trajectoire viable.
Nathalie Sanchez revendique une approche presque à contre-courant d’un marché souvent opaque : analyser, cadrer, parfois refuser. « On ne lance jamais un projet si les chances d’aboutir sont trop faibles », insiste-t-elle. Une exigence qui tranche, mais qui explique pourquoi FEEduc s’est imposée comme une référence auprès des familles et des lycées français.
Son expertise ne doit rien au hasard. Avant d’entreprendre, Nathalie évolue au cœur du système éducatif français en Espagne, à la direction du service des examens sous l’égide de l’ambassade de France à Madrid. Une position stratégique, qui lui donne une compréhension fine des deux systèmes, et surtout des écarts qui piègent souvent les étudiants.
Depuis, elle a construit un réseau solide d’universités, d’écoles et de partenaires, mais aussi une méthode : informer d’abord, accompagner ensuite, rendre autonome enfin. Car l’objectif n’est pas seulement d’intégrer une formation, mais de tenir dans la durée, jusqu’à l’insertion professionnelle.
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Morgann Mobry (Tactic Talent) : à la chasse des talents que personne ne trouve
À Barcelone, Morgann Mobry évolue dans un terrain de jeu aussi stratégique que tendu : celui du recrutement dans la tech. Un univers où les meilleurs profils ne cherchent pas forcément un emploi, et où les entreprises doivent, plus que jamais, apprendre à les séduire.

Après quinze ans de carrière internationale chez des groupes comme Dell, elle fait en 2016 un choix que beaucoup repoussent : quitter le confort du salariat pour créer Tactic Talent, son cabinet de chasse de têtes dédié aux entreprises en forte croissance. Depuis, elle accompagne start-up et multinationales dans leur expansion, en Europe et au-delà, en identifiant les profils capables de faire la différence — commerciaux, experts SaaS, spécialistes du digital ou de la cybersécurité.
Car dans cet écosystème en perpétuelle mutation, recruter ne consiste plus simplement à aligner des compétences. « Les meilleurs candidats ne sont pas forcément disponibles, et les compétences évoluent plus vite que les fiches de poste », résume-t-elle en filigrane. Résultat : les entreprises doivent aller chercher des profils hybrides, capables d’apprendre en continu, de s’adapter et de s’intégrer dans des cultures souvent très exigeantes.
Face à cette complexité, Morgann Mobry développe une approche pragmatique et fine : comprendre les dynamiques de marché, anticiper les besoins, mais aussi — et surtout — évaluer l’alignement culturel. Un critère devenu décisif dans des environnements où l’agilité et la collaboration priment sur les seuls diplômes.
Dans cette nouvelle économie des compétences, Morgann Mobry incarne une génération d’entrepreneuses françaises en Espagne qui opèrent dans l’ombre, mais au cœur des transformations. Celles qui ne créent pas seulement des entreprises, mais qui façonnent — discrètement — celles des autres.
Anna Casal (Maïa & Mercure) : la clarté comme arme stratégique des dirigeants
Il y a chez Anna Casal une forme de radicalité douce. De celles qui refusent le bruit pour privilégier la justesse. Installée à Madrid après des passages par Paris et New York, cette entrepreneuse française a choisi une voie encore marginale mais en pleine expansion : celle du “soloprenariat” stratégique.
Avec Maïa & Mercure, le cabinet qu’elle fonde en 2015, elle intervient là où les décisions ne relèvent plus seulement de la communication, mais de l’identité même d’une entreprise. Fonds d’investissement, dirigeants, start-up en mutation… Tous viennent chercher chez elle ce moment de clarté qui précède l’action. « Mon rôle, c’est d’aider à formuler ce qui doit être dit, ce qui doit être tenu, et ce qui ne doit jamais être compromis », résume-t-elle.
Dans un écosystème saturé de discours et d’images, Anna Casal défend une autre idée de la communication : moins performative, plus existentielle. Une parole qui engage, qui dure, et qui résiste aux effets de mode. Une approche qui séduit des acteurs majeurs de la tech, de la santé ou de la transition énergétique, de Karista à Artefact.
Mais derrière cette exigence intellectuelle se cache aussi une vision très concrète de l’entrepreneuriat. Mobile, adaptable, presque nomade. De la SASU parisienne au statut d’autónoma en Espagne, elle incarne une génération d'entrepreneures capables de redéfinir leur structure au gré des pays et des opportunités. « Il faut construire quelque chose de suffisamment léger pour pouvoir bouger avec », confie-t-elle. Une trajectoire qui, à elle seule, raconte peut-être l’évolution d’une nouvelle génération de Françaises en Espagne : indépendantes, stratèges, et résolument insaisissables.
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Pauline Moutardier (Valeur Home Staging) : transformer un bien en coup de cœur

Dans le marché immobilier madrilène, où chaque détail peut faire basculer une vente, Pauline Moutardier a choisi de transformer l’esthétique en levier stratégique.
À la tête de Valeur Home Staging, cette entrepreneuse française passée par l’entreprise internationale applique au secteur immobilier une approche aussi rigoureuse que créative. Son crédo : penser un bien non pas comme un simple espace à vendre, mais comme une expérience à projeter. Résultat, des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : plus de 48 millions d’euros de biens valorisés, un taux de succès de 98,4 % et un délai de vente moyen ramené à 46 jours.
Arrivée à Madrid après plusieurs expériences à l’international, Pauline Moutardier a su capter une évolution clé du marché : l’importance croissante de la mise en scène dans un environnement ultra-concurrentiel. Investisseurs, promoteurs, agences… tous cherchent désormais à se démarquer dans des catalogues saturés d’offres. Le home staging devient alors un outil de performance.
Mais l’ambition de Valeur Home Staging ne s’arrête pas à la vente. L’entreprise s’est aussi positionnée sur un autre segment en pleine expansion : la relocation haut de gamme. Pour des cadres internationaux et des familles expatriées, l’équipe prend en charge l’aménagement complet d’un logement, livré prêt à vivre dès l’arrivée. Une promesse simple, mais redoutablement efficace dans une ville qui attire toujours plus de talents étrangers.
Habituée à travailler avec des clients aux attentes élevées, Pauline Moutardier incarne une nouvelle génération d’entrepreneuses françaises en Espagne, capables de conjuguer sens du détail et logique de résultat.
Jennifer Maumont (JULES & JENN) : entreprendre sans renoncer à ses convictions

Passée par le conseil en stratégie puis par la direction marketing de Dior Couture, Jennifer Maumont coche toutes les cases d’une carrière brillante. Mais en 2014, elle décide de tout quitter. Direction : un tour du monde en famille. Une parenthèse qui devient un point de bascule. À son retour, elle ne veut plus seulement travailler dans la mode, mais la repenser.
Installée à Barcelone, elle fonde avec son mari JULES & JENN, une marque née d’une conviction simple mais radicale : produire moins, mieux, et en toute transparence. À rebours de la fast fashion, elle défend une approche fondée sur la traçabilité, la fabrication européenne et le prix juste.
Mais derrière le discours engagé, l’exigence économique reste intacte. Jennifer Maumont construit une entreprise rentable, capable de naviguer dans un secteur en crise, tout en maintenant ses principes. Développement en direct-to-consumer, distribution dans des grands magasins, optimisation des opérations, intégration d’outils d’intelligence artificielle pour piloter le marketing et les processus : la stratégie est aussi rigoureuse que le projet est militant.
Avec JULES & JENN, Jennifer Maumont incarne ainsi une forme d’entrepreneuriat en tension : entre idéal et réalité, engagement et rentabilité. Une trajectoire qui résonne bien au-delà de la mode, dans une époque où entreprendre ne consiste plus seulement à croître, mais à choisir ce que l’on veut défendre.
Ségolène Daval-Frérot (Fresque du Climat) : transformer la prise de conscience en action

Chez Ségolène Daval-Frérot, l’entrepreneuriat prend aussi la forme d’un engagement ancré dans l’un des grands défis de notre époque : la transition écologique.
Installée en Espagne, elle fait partie de celles qui traduisent l’urgence climatique en actions concrètes au sein des organisations. Coordinatrice nationale de la Fresque du Climat, cet atelier collaboratif devenu un outil de référence à l’échelle mondiale, elle contribue à sensibiliser entreprises, institutions et citoyens aux mécanismes du changement climatique, loin des discours abstraits, au plus près des réalités.
Mais son rôle ne s’arrête pas à la pédagogie. Car une fois la prise de conscience enclenchée, encore faut-il agir. Ségolène Daval-Frérot accompagne aujourd’hui entreprises, universités, fondations ou ONG dans des démarches plus larges : compréhension des enjeux, mesure des impacts, définition de stratégies, mobilisation des équipes. Une approche structurée, presque méthodique, pour transformer l’intention en plan d’action.
Son parcours illustre une bascule de plus en plus fréquente chez les jeunes actifs français à l’international. Après un début de carrière en conseil, “intellectuellement stimulant” mais en décalage avec ses aspirations, elle opère un virage assumé vers l’impact.
Dans l’écosystème entrepreneurial espagnol, encore très orienté business, Ségolène Daval-Frérot incarne ainsi une autre dynamique : celle d’un entrepreneuriat au service de la transition. Une voix qui ne cherche pas seulement à alerter, mais à équiper, structurer et mobiliser.
Isabelle Auroux (DOLIGHTUP) : remettre l’humain au cœur des entreprises

À Madrid, Isabelle Auroux ne parle pas seulement d’entreprise. Elle parle d’identité. Depuis plus de vingt ans, cette consultante et coach française s’est imposée comme une figure à part dans le conseil en transformation. À la tête de DOLIGHTUP, elle accompagne dirigeants et organisations dans des processus décisifs : aligner les comportements, faire évoluer les cultures internes, redonner du sens au collectif.
Isabelle Auroux, de LightUp: "Nos différences sont notre richesse"
Son approche tranche avec les standards du secteur. Pas de discours formaté ni de solutions toutes faites ! Isabelle Auroux revendique une méthode plus directe, parfois inconfortable, toujours humaine. « Nos différences sont notre richesse », martèle-t-elle, tout en refusant les approches trop binaires de la diversité. Pour elle, l’inclusion ne se décrète pas, elle se vit, dans la manière de collaborer, de manager, d’écouter.
Son parcours, lui aussi, échappe aux lignes droites. Formée au droit international entre la France et l’Allemagne, passée par Londres puis Madrid, elle évolue pendant quinze ans dans le conseil avant de provoquer sa propre bascule. L’envie d’indépendance, mais surtout celle d’aller plus loin : sortir des logiques de façade pour travailler en profondeur sur ce qui fait — ou défait — une organisation.
Avec DOLIGHTUP, Isabelle intervient aujourd’hui auprès de grandes entreprises internationales, de Google à L’Oréal, sur des sujets centraux : leadership inclusif, engagement, santé mentale, transformation culturelle. Des enjeux qui dépassent largement les politiques RH pour toucher à l’intime : la place que chacun trouve — ou non — dans son environnement professionnel.
En parallèle, elle explore ces questions à travers l’écriture. Avec Bulles de vie, son premier livre, elle prolonge ce travail d’introspection, entre récit personnel et invitation à se réinventer.
Dans un monde du travail en pleine mutation, Isabelle Auroux incarne une voix singulière parmi les entrepreneuses françaises en Espagne. Celle qui rappelle que derrière les stratégies et les performances, il y a d’abord des individus. Et que c’est peut-être là que tout commence.
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