Bertrand Barthélémy: "Il est temps que quelqu'un d'autre relève le défi" premium

Par Vincent GARNIER | Publié le 12/11/2022 à 14:29 | Mis à jour le 13/11/2022 à 23:11
Photo : Bertrand Barthélémy, DG de la CCI France Espagne / DR
bertrand barthelemy dg de la cci france espagne

Officialisé à l'occasion des Prix 2022, le départ du Directeur général de La Chambre devrait être effectif début 2023. Durant 30 années, Bertrand Barthélémy a participé au développement d'une des plus anciennes CCI de l'étranger, assistant aux mutations de la société, de la fonction travail et des besoins des entreprises, dans un contexte d'internationalisation croissante. "Un travail vocationnel", qui a converti ce Dijonnais de naissance et Madrilène d'adoption en une figure incontournable de la sphère entrepreneuriale, envers et contre sa proverbiale discrétion. 

 

Si Pour Bertrand Barthélémy (1965), il y a "des moments plus faciles à vivre qu’à exprimer en paroles", il faudra bien ici tenter de verbaliser la sensation de vide que, pour la sphère entrepreneuriale hispano-française, son départ de La Chambre va laisser. Un vide que la force du temps et de l'inertie, mais aussi la minutieuse transmission de pouvoirs orchestrée avec sa successeur, Sara Bieger, ne manqueront pas de combler, certes. Bertrand Barthélémy évoque volontiers "la complémentarité" qui pendant près de deux ans et demi a caractérisé le duo qu'il a formé avec la future DG et désormais ex-Présidente, la profonde connaissance de l'institution de cette dernière et les champs d'action que la passation favorise. Élue administratrice en 2006, assumant dès lors différentes responsabilités au sein du Conseil et particulièrement engagée dans les activités de La Chambre, "c'est la personne idéale", estime le DG, "elle est très connectée, très 'réseau', beaucoup plus marketing que ce que je ne le suis". Et d'insister : "C'est le bon moment". Conçue pendant la crise du Covid, préparée avec soin, la décision du départ a été finalement prise et communiquée une fois la pandémie passée, avec le retour dans le vert de l'institution, mais aussi après qu’une formule qui assure la continuité de la gouvernance ait été trouvée. La formule, un jeu de trônes consensuel et sans hémoglobine, voit donc Sara Bieger laisser la Présidence au profit du CEO de Carrefour Espagne, Alexandre de Palmas, pour prendre la Direction générale en lieu et place de Bertrand Barthélémy. Le premier conseil d'administration de 2023, mi-février, devrait permettre à la nouvelle équipe de direction d'acter une feuille de route et un plan stratégique pour l'avenir. 

 

Bertrand Barthélémy, DG de la CCI France Espagne
Bertrand Barthélémy, aux côtés de Sara Bieger, lors de son allocution pendant les Prix 2022 / DR


 
Sa prise de fonction comme Directeur général en 1992 constituait pour Bertrand Barthélémy un retour dans la capitale espagnole. Ex-élève du Lycée français de Madrid, diplômé d'AgroParisTech et titulaire du troisième cycle Gestion Internationale Agroalimentaire délivré par l'ESSEC, il avait de fait déjà effectué sa coopération au sein de la CCI française de Barcelone et connaissait bien l'institution qui le recrutait. "Lorsque je suis arrivé, en 1992, Internet n'existait même pas", rappelle-t-il, soucieux d'illustrer qu'en 30 ans beaucoup de choses ont évolué. A commencer par l'institution elle-même : l'année de l'expo universelle de Séville et des JO de Barcelone, elle s'appelait encore CCI française de Madrid, rassemblait quelque 400 adhérents, les deux tiers français, et fonctionnait surtout "comme un club d'entreprises". Venu avec la mission de renforcer la partie "conseil", une compétence consolidée par son passage par Gemini Consulting, Bertrand Barthélémy a eu loisir d'observer et de participer à la professionnalisation de la structure. Devenue Chambre franco-espagnole de commerce et d'industrie sous la présidence d'Etienne Obert de Thieusies, La Chambre a progressivement démontré sa capacité à s'inscrire toujours plus dans l'écosystème espagnol et à y tisser des liens avec la France. Pour Bertrand Barthélémy, "le meilleur service que la CCI puisse rendre aux entreprises françaises arrivant ici, c'est de les aider à s'intégrer au tissu local". Pour preuve, l'augmentation du nombre d'adhérents, qui après un pic à 600 membres en 2019 est aujourd'hui stabilisé autour de 520, et celle de leur proportion, puisque ce sont désormais les structures espagnoles qui sont majorité. 

Directeur général de La Chambre sous le mandat de 8 Présidents différents

Du changement de dénomination à la crise du Covid, en passant par le centenaire (1994), l'ouverture des délégations sur l'ensemble du territoire (hors Catalogne), la célébration des 125 ans de la structure, mais aussi deux déménagements, c'est aussi et avant tout une aventure humaine, avec une équipe soudée ("17 personnes permanentes, une petite PME"), qui caractérise ces 3 décennies à la direction générale. "On a vécu ensemble des moments forts, enthousiasmants, mais on a aussi perdu des collaborateurs, ce sont toujours des souvenirs qui laissent des traces", remémore le Bourguignon, qui évoque aussi le soutien et l’appui reçu de la part des administrateurs et plus particulièrement du Comité exécutif, beaucoup plus engagé, grâce auquel il a vécu de "délicieuses dernières années" à La Chambre. Le binôme avec chacun des 8 Présidents sous lesquels il a officié a aussi joué un rôle essentiel dans la manière dont il aura, au fil des ans, décliné la stratégie de La Chambre : "Ils ont tous eu leur propre profil, toujours constructif, et j'ai beaucoup appris au contact de ces grands patrons d'entreprises", défend-il. "La CCI est contrainte de toujours se réinventer", estime Bertrand Barthélémy, "travaillant en bonne intelligence et en partenariat avec l'ensemble du dispositif". "Aujourd'hui, les entreprises qui adhèrent attendent plus que jamais du retour sur investissement", indique-t-il encore. "Au fil des ans, nous avons appris à leur garantir une plus grande qualité dans les contacts établis et une plus grande qualification des activités proposées". Une évolution rendue possible grâce au travail et à l'expertise des commissions, dix désormais, dont la toute première, la commission Ressources Humaines, lancée il y a plus de 4 ans par Sara Bieger. 

Comme beaucoup d'entre nous, la pandémie m'a amené à réfléchir sur le sens des choses

"Je suis très engagé auprès de cette Chambre à laquelle je dois beaucoup" glisse Bertrand Barthélémy parmi tant d'autres réflexions à propos de son travail, de l'évolution de ce dernier et du sens de ses missions. Pourtant, il n'en démord pas : "Il est temps que quelqu'un d'autre relève le défi". Parce que les temps évoluent, parce que le changement a aussi du bon, parce qu'il faut sans cesse se renouveler et parce que l'on n'aurait pas assez d'une vie pour explorer nos passions. Depuis une douzaine d'années désormais, il en est une qui l'amène tous les week-ends dans les Galerias Piquer, au sein du Rastro, où il tient une boutique d'antiquités. "Des meubles et des objets, principalement, qui tous viennent de France" et qui remplissent en outre l'entrepôt qu'il a dû acquérir pour l'occasion. "Comme beaucoup d'entre nous, la pandémie m'a amené à réfléchir sur le sens des choses", avoue Bertrand Barthélémy. "A dix ans de la retraite, je ne suis plus certain d'être la meilleure personne pour assurer la direction générale de La Chambre ni d'être, comme c'est pourtant nécessaire, en mesure de continuellement me réinventer". "Je vais pouvoir vivre de ma passion", déclare-t-il encore, non sans un certain enthousiasme. Avant les fêtes de fin d'année, le futur ex Directeur général espère donc mettre en marche un second local d'antiquités, dans la Travesia de Belén (Chueca), qui sera ouvert toute la semaine. Beaucoup de projets, des voyages, du développement, notamment sur Internet, une boutique en ligne, mais aussi quelques flâneries et "regarder de temps en temps le ciel bleu de Madrid" -bref une seconde vie, l'attendent. La "despedida", à proprement parler, elle, devrait avoir lieu au gré des occasions, avec son équipe, les adhérents et le Conseil, début 2023. D'ici là, "je ne pars pas de Madrid" dédramatise le riverain de Lavapiés, qu'on devrait un peu moins souvent croiser rue du poète Joan Maragall, siège de la CFECI, mais plus régulièrement à proximité d'une place qui porte le nom d'un autre poète, Tirso de Molina.

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