Édition internationale

Big-bang migratoire : l’Amérique n’a pas fermé ses portes, elle a changé les règles

Délais allongés, contrôles renforcés, exigences accrues… Un an après l’investiture de Donald Trump, les candidats à l’immigration aux États-Unis doivent repenser leur stratégie pour décrocher un visa. Pour Lepetitjournal.com, Hugo Serri, avocat en immigration basé à Denver, décrypte ce « big-bang migratoire » et apporte un éclairage nuancé sur une Amérique qui n’a pas fermé ses portes, mais qui a profondément redéfini les règles.

Hugo SerriHugo Serri
Pour Hugo Serri, avocat en immigration installé à Denver, décrocher un visa pour les Etats-Unis est devenu plus difficile sous Donald Trump, mais pas impossible. © Fiona Dumas
Écrit par Fiona Dumas
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 21 janvier 2026

 

Suspension de la Loterie de la green card (Diversity Visa Lottery), réforme à venir du visa H-1B avec l’introduction de frais de 100 000$, gel de l’examen des visas pour les ressortissants de 75 pays, vérifications administratives plus strictes… Les signaux d’un durcissement de la politique migratoire américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier 2025, sont nombreux et nourrissent l’idée d’un « big-bang migratoire ». Mais la réalité est plus nuancée, selon Hugo Serri, Managing Partner du cabinet SLS Legal à Washington, inscrit au barreau de Washington D.C.

« Nous assistons moins à une fermeture qu’à une transformation profonde des règles du jeu migratoire », explique l’avocat en immigration installé à Denver. Dans sa pratique, il observe surtout une montée en exigence : les projets sont analysés plus finement, la cohérence des parcours devient centrale, et la logique de mérite s’impose : « L’immigration reste ouverte, mais elle attend désormais des projets solides, lisibles et alignés avec une véritable contribution aux États-Unis. »

 

L’immigration comme stratégie, plus comme un pari

 

Le visa H-1B illustre ce changement de paradigme. Coûts élevés, incertitude liée à la loterie, lourdeur administrative : certaines entreprises hésitent désormais à s’engager dans cette voie. « Les frais et l’imprévisibilité peuvent pousser des sociétés à explorer d’autres options » constate l’avocat. Pour autant, le H-1B n’a pas perdu toute crédibilité, notamment dans les secteurs où les compétences sont rares. Mais il devient une voie parmi d’autres. « Il doit presque toujours être complété par des stratégies alternatives. » L’immigration se pense aujourd’hui comme un parcours : O-1, L-1, EB-2 NIW, voire EB-1 peuvent se combiner. « On anticipe et on multiplie les pistes pour préserver une certaine flexibilité » recommande Hugo Serri.

 

Des visas toujours ouverts, mais plus exigeants

 

Certaines catégories de visas prennent une importance stratégique accrue. L’EB-1A, réservé aux profils « extraordinaires », bénéficie d’un avantage majeur : la catégorie est current, ce qui signifie que les visas sont immédiatement disponibles pour les dossiers éligibles. « C’est particulièrement favorable aux ressortissants français », souligne Hugo Serri, tout en rappelant l’extrême niveau d’exigence requis. L’EB-2 NIW devient lui aussi plus sélectif. S’il s’adapte aux priorités économiques ou technologiques, il reste avant tout juridique : « Ce qui compte, c’est la capacité à démontrer une contribution concrète aux intérêts américains » souligne l’avocat.
 

Le visa L-1 demeure un outil clé pour les entreprises françaises qui souhaitent s’implanter aux États-Unis, tandis que l’O-1 reste pertinent pour les artistes et profils culturels reconnus, malgré une sélectivité accrue. Quant à l’E-2, il reste une voie privilégiée pour les entrepreneurs français, à condition de présenter un projet économiquement solide et crédible.

 

Réseaux sociaux et nouvelle prudence des candidats

 

Autre évolution marquante : le contrôle accru des réseaux sociaux. « L’objectif de l’administration américaine est avant tout de vérifier la cohérence des informations fournies », précise l’avocat. Il cite même des refus de dossiers liés à des contradictions entre l’activité déclarée et les contenus publiés en ligne, notamment lorsque des personnes travaillaient avec un statut inadapté. Cette vigilance renforce la prudence des candidats, en particulier chez les étudiants et jeunes professionnels, sans pour autant remettre en cause l’attractivité des États-Unis.

 

Les demandes ne s'effondrent pas

 

Malgré ce climat plus rigoureux, les demandes ne s’effondrent pas. « Il existe un moment de réflexion, mais mon cabinet reste très occupé », observe l’avocat. Certains hésitent, d’autres accélèrent même leurs démarches. Sommes-nous passés d’une immigration de projet à une immigration de sélection ? Pour lui, les deux se complètent : « La sélection se fait par la qualité du projet. » Le rêve américain n’a donc pas disparu. « Il continue de vibrer, mais il exige des efforts plus substantiels. » 

« Nous assistons moins à une fermeture qu’à une transformation profonde des règles du jeu migratoire, où l’anticipation, la stratégie et la qualité des dossiers sont devenues déterminantes » résume Hugo Serri. Moins spontanée, plus structurée, l’immigration américaine impose plus que jamais méthode et préparation. Les portes ne sont pas closes, mais elles s’ouvrent surtout à ceux qui savent construire un projet cohérent, durable et stratégiquement pensé.

 

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