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Joséphine Bouchereau, la maquilleuse d’« Emily in Paris » rayonne à Los Angeles

À Paris, on la surnommait la « perfectionniste du teint ». Après avoir été récompensée pour ses maquillages subtils et travaillés dans la série « Emily in Paris », Joséphine Bouchereau a posé ses valises en juillet 2024 dans la Cité des Anges, où elle ouvre un nouveau chapitre. Rencontre avec une make-up artist exigeante, discrète et talentueuse.

Josephine BouchereauJosephine Bouchereau
Joséphine Bouchereau, le 10 février 2026, dans la cour de sa maison d'Echo Park, à Los Angeles. © Agnès Chareton
Écrit par Agnès Chareton
Publié le 20 février 2026, mis à jour le 26 février 2026

 

C’est dans les jardins ensoleillés de la Résidence de France de Beverly Hills que nous l’avons abordée, au milieu du parterre de fashionistas invités, le 30 janvier, au lancement de French in Fashion (lire notre article ici). Elle a tout de suite dit oui pour une interview. Dix jours plus tard, Joséphine Bouchereau nous ouvre la porte de la petite maison d’Echo Park où elle a emménagé en juillet 2024 avec son mari. 

Derrière sa frange rousse et son maquillage impeccable, son sourire éclatant trahit son naturel. Dans son jardin d’extérieur, autour d’un thé, la make-up artist nous raconte son parcours fascinant, de l’univers de la mode et de la publicité, à Paris, aux plateaux d’ « Emily in Paris ». Un itinéraire exigeant et patient, qui a pris un nouveau départ à Los Angeles.

 

Dix ans de danse classique lui ont appris la rigueur

 

Originaire de Nantes, Joséphine Bouchereau débute la danse classique à l’âge de 5 ou 6 ans. À 10 ans, sa passion devient plus sérieuse lorsqu’elle entre au conservatoire, qu’elle quittera à l’âge de 16 ans. « Les profs étaient durs. Ça m'a appris la rigueur, se souvient-elle. Dans mon métier et dans la vie, je suis perfectionniste : ça peut parfois être trop, mais la rigueur de la danse m’a appris la rigueur de la vie. » À 19 ans, la jeune femme quitte Nantes pour Paris, encouragée par ses parents.

 

Joséphine Bouchereau
Joséphine Bouchereau a eu le sentiment de repartir de zéro à Los Angeles.© Agnès Chareton

 

L’univers du maquillage l’attire. Sa rencontre avec la maquilleuse Miky Lagadec, qui la prend sous son aile, change tout. « Elle a dit à mes parents : je vous dirai immédiatement si elle est faite pour ça. J’ai tout de suite eu le sentiment d’être au bon endroit », se remémore Joséphine Bouchereau. Miky Lagadec lui ouvre les portes du monde de la mode. La Nantaise l’assiste sur les défilés, les campagnes, les shootings, découvre les célébrités et l’envers du décor. Elle travaille aussi auprès de Stéphane Marais, « LE maquilleur des années 1990-2000 », pionnier de textures inédites rapportées du Japon. « Avec lui, j’étais sur des jobs assez incroyables. Ça a été un grand bond », raconte-t-elle. 

 

« Le teint, c’est comme une toile, c’est les fondations »

 

Pendant six à sept ans, elle assiste de grands maquilleurs, travaille pour des défilés de mode ou des campagnes de publicité, voyage à travers le monde... Une école rude - « quand on est free-lance, on ne sait jamais avec qui on va travailler et quand on sera payé » - au cours de laquelle elle forge sa signature. Longtemps cantonnée au teint, elle en fait son domaine d'excellence. 

Un sujet dont elle parle avec fougue : « Le teint, c’est la base de tout, un peu comme une toile, c’est les fondations. C’est ce qui permet de donner cet éclat, ce petit plus imperceptible. » Elle étudie les textures, les mélange, les teste sur elle. Masse la peau, chauffe la matière, observe son évolution. « Aujourd’hui, en voyant une personne, je sais que je vais travailler avec un C3 mélangé à un N4, parce que je connais mes produits par coeur », affirme-t-elle. La subtilité devient sa marque.

Aux États-Unis, où les maquilleurs ne font pas toujours dans la nuance, ses clientes réclament justement ce « less is more » à la française. Joséphine Bouchereau aime les marques japonaises ou coréennes pour leur dimension soin et travaille notamment avec Clé de Peau, liée à Shiseido, ou Suqqu. Elle ramène aussi beaucoup de crèmes de France. Mais il n’y a pas de secret : « Le teint dépend aussi du sommeil, de l’alimentation, du stress. »

 

D’ambassadrice Bourjois à maquilleuse sur le plateau d’« Emily in Paris »

 

En 2016, la Française devient ambassadrice de Bourjois, alors rattachée à Chanel. Trois ans à incarner la marque, travailler sur les produits, participer aux lancements, dialoguer avec la presse. « En France, notre métier n’est pas toujours pris au sérieux. Ce contrat, c’était une validation », apprécie-t-elle. L’aventure s’arrête pendant le Covid, mais l’expérience est déterminante.

Le tournant arrive avec la série « Emily in Paris », qui arrive à un moment où elle est lassée de la mode. Elle rejoint la saison 3 et maquille notamment les actrices Kate Walsh et Camille Razat, qu'elle maquille dans la vidéo ci-dessous, diffusée sur son compte Instagram.

 

 

« Emily in Paris », c'est quatre mois intenses de tournage, où elle apprend à intégrer le maquillage au script (qui doit rester confidentiel), aux costumes, à la lumière... « J’aime prendre soin des gens avec qui je travaille, insiste Joséphine Bouchereau. Je ne mets pas juste du maquillage, c’est un accompagnement. Quand la personne nous fait confiance, c’est chouette, on peut faire ce qu’elle veut. » Un travail récompensé en 2025 par un Muah Award (les Awards du maquillage, remis tous les ans à Los Angeles par la Make-up Artists and Hair Stylists Guild) qui vient clore en beauté le chapitre « Emily in Paris ». 

 

Tout réapprendre à Los Angeles

 

C’est pendant le tournage de la saison 4 qu’elle obtient son visa pour les États-Unis, projet amorcé en 2019. À l’été 2024, elle pose ses valises à Los Angeles, sa ville coup de cœur, avec son mari. Presque un départ à zéro. « J’ai l’impression de devoir réapprendre tout. Capter la culture. Travailler avec les Américains. La relation est complètement différente des Français, chose que j’avais déjà expérimentée. » À LA, Joséphine Bouchereau fait appel à une agence de talents, Celestine Agency, pour décrocher des contrats : « Business is business. C’est très dur de se vendre soi-même. C’était indispensable de passer par un agent. Je fais le make-up, l’agence deale l’argent.»

Ses objectifs, pour la suite de l’aventure à Los Angeles ? « J’espère continuer à vivre de mon art », répond-t-elle instinctivement, prête à « pousser la limite toujours plus loin ». « Je n'ai pas d'enfants, je suis encore jeune, c'est maintenant. » Elle rêverait de devenir la maquilleuse attitrée d’une célébrité sur la durée et de signer à nouveau un contrat avec une marque de cosmétiques - française ou américaine. L’essentiel, pour elle, est de ne pas perdre son identité. Cette subtilité du regard et du geste, qui signe sa French Touch à Los Angeles.

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