Entre fascination et incompréhension, le dating à l’américaine déroute souvent les Français installés aux États-Unis. Codes, conversations obligatoires, règles tacites et paradoxes modernes : aimer à l’américaine demande une véritable adaptation culturelle. Décryptage d’un terrain miné.


Pour Patrick*, 45 ans, divorcé, en matière de relations amoureuses, « il y a une vraie différence de culture » aux États-Unis, où il est installé depuis plus de vingt ans. « On ne connecte pas de la même manière, et sur le long terme, ça devient très difficile ». Une difficulté qu’Amandine, 36 ans, résume sans détour : « Dater un Américain ? Plus jamais ! »
Le dating à Los Angeles peut donner l’impression d’un grand n’importe quoi. Sauf si, comme le conseille Charlotte York, dès le tout premier épisode de « Sex and the City », on accepte de « play by the rules ». Mais encore faut-il les connaître... Et même si certaines références ont plus de vingt ans, elles restent étonnamment d'actualité. Les applications de rencontre ont accéléré la cadence, mais les règles, elles, n’ont pas changé. Voilà celles qu'il faut connaître avant de se lancer.
Le FaceTime avant le rendez-vous
Si la rencontre se fait via une application, un appel vidéo est souvent exigé. Histoire de vérifier la vibe, la voix, et que personne ne ment sur ses photos (ndlr, cela nous est arrivé et c’est très déstabilisant).
Le hug
Quand on se rencontre, pas de bise, pas de contact prolongé. Une étreinte rapide, codifiée, presque professionnelle. La chaleur viendra plus tard, ou pas. Nota bene : on peut se fréquenter depuis plusieurs semaines (voire mois) et continuer à se dire bonjour par un hug tant que la relation n’est pas officiellement définie. C’est déroutant, parfois glaçant, mais parfaitement normal aux États-Unis.
Le rendez-vous galant façon entretien d’embauche
Parcours professionnel, ambitions, lifestyle, red flags : tout y passe. On se vend, on s’observe, on coche des cases. Comme le dit, bien crûment, l'un des personnages du film « La vérité si je mens 2 » : « Une date, ça veut dire que tu crois que tu vas niquer, mais en fait tu niques pas…»
La conversation d’exclusivité
Avant cette discussion officielle, chacun fait… ce qu’il veut. Se voir, se revoir, voir ailleurs, tout est permis. Pour les monogames convaincus, c’est souvent un cauchemar. Et selon Patti Stanger, star de l'émission de télé-réalité américaine « The Millionaire Matchmaker », la règle d’or serait le « no sex without monogamy ». Règle confirmée par Alexandra, 37 ans, mariée à un Américain, qui apporte une nuance essentielle : « En France, les rapports physiques n’impactent pas autant le destin d’une relation. Ici, si tu es intime trop tôt, beaucoup d’hommes arrêtent de te voir. »
La conversation « boyfriend / girlfriend »
Et oui, on peut être exclusif sans être officiellement ensemble. Une zone grise émotionnelle qui laisse beaucoup de cœurs sur le bas-côté. Conseil de survie : ne jamais vendre la peau de l’ours avant qu’il ne vous ait officiellement demandé d’être son ou sa partenaire. Jason, 28 ans, un Américain ayant vécu à Paris puis à Lyon, confirme que les Français abordent la relation avec beaucoup plus de romantisme : « J’ai vécu une très jolie histoire avec un Parisien. Il n’y avait pas tout ce questionnement : on était ensemble, tout simplement. » Son conseil aux Frenchies ? « C’est vrai que le dating ça ne devrait pas être aussi compliqué. Mon conseil c’est d’oser prendre les devants et affirmer le statut d’une relation avec quelqu’un qui vous plaît, sans avoir à marcher sur des œufs. »
Le dating comme « numbers game »
Rosalie, 40 ans, vit à Los Angeles depuis neuf ans et vient d’épouser un Américain. Contrairement à la norme locale, elle a choisi une stratégie à contre-courant avec un rendez-vous à la fois. Là où beaucoup d’Américains abordent le dating comme un numbers game, multipliant les options pour maximiser les chances, Rosalie a privilégié la sélection. « Trop de choix empêche de choisir », résume-t-elle. Peur de passer à côté de mieux, impression qu’une meilleure option est toujours à portée de swipe, c’est le serpent qui se mord la queue. Quand elle tombe sur le profil de son futur mari, le déclic est immédiat. Match, appel, rendez-vous. Puis un scénario très américain : exclusivité au bout d’un mois, rencontre de la famille à deux mois, statut officiel après six mois (avec la fameuse conversation) et mariage deux ans plus tard.
Trop de règles, trop de choix… et beaucoup de solitude
À force de protocoles, de conversations obligatoires et d’options infinies, le dating à l'américaine semble parfois dérégler nos instincts les plus fondamentaux. Les applications promettent la connexion, elles délivrent souvent de la solitude. Épidémie de solitude masculine, ras-le-bol féminin, relations tièdes ou mal engagées. Pendant ce temps, les ventes de sex-toys explosent et Vogue s’interroge : « Is having a boyfriend embarrassing now? » I couldn’t help but wonder… Pour reprendre la phrase culte de Carrie Bradshaw, l'héroïne de « Sex and the City ». Et si, au fond, le vrai courage aujourd’hui n’était pas de savoir dater, mais d’oser à nouveau la vulnérabilité ? Quitter les règles pour retrouver le lien. À l’américaine ou à la française ? Ou simplement, en humains. LePetitJournal.com ouvre le débat. La parole est à vous…
*Les prénoms ont été modifiés.




















