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Super Bowl LX : entre Bad Bunny et Turning Point USA, deux Amériques face à face

Entre le show de Bad Bunny au Levi’s Stadium et le contre-événement conservateur lancé par Turning Point USA, dimanche 8 février, la grande messe du football américain devient le théâtre d’un affrontement culturel et politique révélateur des fractures américaines. Décryptage avec Tristan Cabello, maître de conférences à l’université Johns Hopkins.

Levi's StadiumLevi's Stadium
Le Super Bowl est aussi une arène politique dans l'Amérique de Donald Trump, plus fracturée que jamais.© Tyler Caisse Levi's Stadium
Écrit par Laurent Garrigues
Publié le 3 février 2026

 

Dimanche 8 février, le Super Bowl LX ne se résumera pas à la confrontation sportive entre les Seattle Seahawks et les New England Patriots à Santa Clara, dans la Baie de San Francisco. Ce qui devrait être la grande fête annuelle du football américain s’apprête à devenir également un moment de tension culturelle, où l’influence de la musique, de l’identité et de la politique s’entrelacent autour du « Halftime Show », l’un des temps forts les plus regardés avec près de 100 millions de téléspectateurs. En effet, cette année, le spectacle, prévu au Levi’s Stadium de Santa Clara, aura pour tête d’affiche Bad Bunny, superstar portoricaine du reggaeton et du rap latino. C’est une première historique : aucun artiste latino et hispanophone n’avait jamais été choisi en solo pour ce rôle majeur.  

Dimanche 1er février, lors des Grammy Awards à Los Angeles, Bad Bunny est devenu le premier chanteur à remporter le Grammy de l'album de l'année pour un disque en espagnol, au cours d'une cérémonie où il a pris la parole avec force pour dénoncer la politique migratoire brutale de Donald Trump (lire l'article ici).  « Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes américains », a lancé le chanteur, exhortant à ne pas se laisser  « contaminer » par la « haine ». Des propos qui ont fait le tour du monde.

 

Un contre-événement politique de Turning Point USA à la mi-temps

 

Avec Bad Bunny, la NFL a misé sur la célébration de la diversité culturelle. Mais le choix de Bad Bunny est loin de faire l’unanimité. La combinaison de sa musique majoritairement en espagnol, de sa popularité mondiale et de prises de position parfois critiques envers certaines politiques américaines a déclenché une vague de réactions chez les conservateurs. Donald Trump a qualifié ce choix de « terrible », tout en annonçant qu’il ne viendrait pas à l’événement, déclarant que la distance était « juste trop grande ».

De son côté, Turning Point USA (TPUSA), l’organisation politique fondée par Charlie Kirk - assassiné le 10 septembre dernier lors d'un meeting sur le campus de l'université d'Utah Valley - a annoncé son propre spectacle de mi-temps nommé « The All American Halftime Show ». TPUSA a présenté sa production comme une célébration des valeurs qu’elle considère comme fondamentales : foi, famille et liberté, en réaction à ce qu’elle décrit comme une orientation trop progressiste de l’univers médiatique autour du Super Bowl. Les artistes annoncés à ce jour pour ce spectacle alternatif sont Brantley Gilbert, Gabby Barrett, Lee Brice, Kid Rock, mais aucun lieu n’a pas été rendu public. Plusieurs plateformes, allant de YouTube à des chaînes conservatrices comme Daily Wire+, Real America’s Voice ou One America News ont été citées comme de potentiels diffuseurs. 

« Cela montre une fracture. D’un côté, une Amérique vécue, majoritaire dans les stades, les villes, les écrans, mais encore largement dépossédée du pouvoir politique. De l’autre, une minorité idéologique très structurée, dotée de ressources, qui a compris qu’elle perdait la bataille culturelle et cherche donc à durcir la bataille politique », analyse Tristan Cabello, maître de conférences et directeur associé du Master of Liberal Arts à l’université Johns Hopkins (Maryland).

 

« Une tentative de réaffirmer une identité nationale blanche et conservatrice »


L’affrontement entre ces deux spectacles est révélateur des tensions profondes qui traversent la société américaine, alors que ces derniers jours, le pays fait face à une vague de manifestations contre l’ICE, la police de l’immigration de Donald Trump. « Le Super Bowl met face à face deux visions du pays qui ne se croisent plus, souligne encore Tristan Cabello. Le “Halftime Show” avec Bad Bunny incarne une Amérique populaire, racisée, bilingue, issue des migrations, devenue centrale dans la culture de masse malgré son exclusion politique persistante. »

Le contre-événement organisé par Turning Point USA ne relève pas d’un simple désaccord esthétique. « Il s’agit d’une réaction organisée contre cette transformation sociale, une tentative de réaffirmer une identité nationale blanche et conservatrice face à une réalité démographique et culturelle qu’elle ne contrôle plus » souligne Tristan Cabello. Une guerre culturelle qui se jouera aussi sur les écrans de télévision et les réseaux sociaux.

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