Édition internationale

Andrea, la liberté au bout de la ligne : portrait d’une passionnée en Andalousie

Alors que l'Andalousie célébre la Virgen del Carmen, sainte patronne des marins, nous sommes allés à la rencontre d'Andrea, femme de 34 ans au parcours de vie singulier qui réécrit les règles d'un milieu traditionnellement très masculin, armée de sa passion, de sa résilience et d'une philosophie de vie profondément liée à la mer.

Andrea Carlos ZamoraAndrea Carlos Zamora
Andrea Carlos Zamora et sa prise du jour. (frenchbpm)
Écrit par Lola POGRZEBA
Publié le 16 juillet 2026

Une vie guidée par l'eau : du Guatemala à la Méditerranée

Née au Guatemala, Andrea s'initie très jeune à l'art de la ligne aux côtés de son père, avant de s'envoler seule pour la France à l'âge de 15 ans. C’est en région parisienne, le long de la Seine, qu'elle perfectionne sa technique en eau douce. Devenue mère célibataire, elle doit alors jongler entre ses études, sa passion dévorante et des emplois exigeants, travaillant notamment au Parlement européen.

« C'est vraiment la pêche qui nous a sauvées », confie-t-elle avec émotion, évoquant cette période intense.

En quête d'un cadre de vie plus paisible et sécurisant pour élever sa fille, loin du stress parisien, elle choisit de s'installer à Malaga. C’est là que se produit le véritable coup de foudre pour le grand large. « Je suis tombée amoureuse de la mer », raconte-t-elle simplement. Cette transition s'est pourtant accompagnée d'un apprentissage exigeant, marqué par des sorties s'étalant parfois de 5 heures du matin à 22 heures, et la gestion difficile du mal de mer : « Le mal de mer, ça, c'est terrible ! » s'en amuse-t-elle aujourd'hui.

Sous la protection de la Virgen del Carmen : une connexion spirituelle

Pour la jeune femme, les flots ne sont pas qu’un simple terrain de jeu, c'est un espace thérapeutique et de transmission. « C'est ma thérapie. Je me vide complètement, j'oublie tous les problèmes », explique Andrea. Ce besoin de connexion fait écho aux traditions locales de sa terre d'adoption. Récemment, elle a participé au concours de pêche de la Virgen del Carmen, organisé par la fédération locale au port de Fuengirola.

Cette figure, célébrée chaque 16 juillet, est centrale pour les marins en Andalousie. Bien que non croyante, elle décrit l’émotion intense qui submerge les équipages lors de cette compétition :

Pêcher en son nom, c'est très spirituel. Dans tous les bateaux, il faut avoir une image de la vierge pour que l'embarcation ne sombre pas. Même si tu ne crois pas en Dieu, tu pleures

Combattre les préjugés dans un monde d'hommes

Andrea
Andrea à bord de son bateau (frenchbpm)

Se faire une place en tant que femme dans cette discipline sportive relève parfois du parcours de combattante. Andrea ne cache pas avoir été confrontée à de nombreux préjugés, notamment sur les réseaux sociaux où sa visibilité et ses sponsors attisent parfois des jalousies masculines.

« Tout le monde me dit : ton copain pêche et toi tu fais les photos », regrette-t-elle. L'ironie veut pourtant que ce soit elle qui enseigne les rudiments de la pêche à son compagnon. Elle se souvient aussi de l'exigence disproportionnée de certains médias, qui lui avaient demandé des vidéos pour « prouver vraiment » sa légitimité avant de l’interviewer.
 

Elle se rappelle notamment d'une proposition d'émission qu'elle a catégoriquement refusée :

Ils m'ont dit que j'étais parfaite, mais qu'il fallait que je mette une mini-jupe et un décolleté. J'ai dit non, je suis là pour parler de pêche, pas d'autre chose

Bien qu'il n'existe pas encore de collectifs de femmes dans ce domaine en Andalousie, cette dernière souligne la bienveillance qui règne entre les rares pratiquantes:

Ce qui est beau dans la pêche avec les femmes, c'est qu'il n'y a pas de compétition. Comme on est très peu et énormément critiquées, on s’entraide beaucoup

Pêche éthique en Andalousie : un charter pionnier à Fuengirola

Forte de son expérience, Andrea s'apprête désormais à lancer une entreprise de charter privé à Fuengirola à bord de son bateau. Loin des offres de tourisme de masse, sa démarche se veut avant tout éducative et respectueuse de l'environnement, basée sur le principe du No-Kill (attraper et relâcher le poisson). Elle transmet d'ailleurs déjà cette philosophie de préservation à sa fille, qui l'accompagne régulièrement en mer.

Face à la surpêche, le port limite drastiquement l'attribution de nouvelles licences, mais la dimension éthique de son projet et la présence d'une femme à la tête de l'activité ont pleinement convaincu les autorités, ce dont elle se réjouit :

Mon concept est complètement différent de tout ce que les autres proposent

Cette trentenaire ambitionne également d'introduire la pêche à la mouche en mer, une technique inédite dans le sud de l'Espagne, ce qui ferait d'elle une pionnière dans la région.

Depuis toujours, Andrea transmet sa passion et son mode de vie à sa fille (frenchbpm)
Depuis toujours, Andrea transmet sa passion et son mode de vie à sa fille (frenchbpm)

Pour clore ce parcours hors norme, c'est par l'écriture qu'Andrea a choisi de transmettre sa passion. Elle a condensé toute sa vision dans un magnifique livre dédié à la philosophie de la pêche. Cet ouvrage intime, façonné entièrement à la main, sera présenté au public lors des prochaines compétitions d'août et de novembre. Une belle manière de rappeler que, bien au-delà de la technique ou des prises, cette activité est avant tout une thérapie, un art de vivre et un moment de partage avec la nature.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.