Centre Pompidou Málaga : «Le geste et la matière», un parcours international à travers l'expressionnisme abstrait
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant artistique est apparu à Paris, qui misait sur l'abstraction, le geste et la matière. L'exposition retrace l'évolution de la nouvelle peinture de 1945 à 1965 et son impact sur les artistes d'Europe, d'Amérique et d'Asie.


Une rupture avec les courants précédents
Le Centre Pompidou Málaga présente l’exposition temporaire « Le geste et la matière. Abstractions internationales (1945-1965) », qui met en lumière le développement international de l’expressionnisme abstrait sur deux décennies. L’exposition dont les commissaires sont Christian Briend et Anne Foucault sera visible jusqu’au 7 septembre prochain.
Après la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant artistique est né à Paris, misant sur l'abstraction, le geste et la matière. Le traumatisme du conflit et la révélation des techniques d'extermination massive ont poussé les artistes à rompre avec tout ce qui avait précédé, dans l'intention de « repartir de zéro, comme si la peinture n'avait jamais existé ».
Paris, la capitale du monde artistique
À la fin de l’année 1945, Paris redevint, pour un temps, le centre du monde artistique, même si elle devait désormais partager la vedette avec New York. La capitale française devint la grande vitrine de l’abstraction, portée par un solide réseau de galeries et une nouvelle génération de critiques d’art. Elle attira aussi bien des artistes européens, souvent chassés de leur pays par des régimes autoritaires, que des créateurs venus des États-Unis et d’Asie. L’exposition rassemble ces aspects qui ont marqué le développement de l’expressionnisme abstrait.

« Un autre art »
Sous le terme « autre art », le critique Michel Tapié a réuni en 1952 des artistes qui rejetaient tant les éléments figuratifs que les formes géométriques. Des créateurs tels que Jean Fautrier et Wols ont ouvert la voie à cette nouvelle peinture, tandis que Georges Mathieu a développé une œuvre fondée sur des taches, des coulures et des empâtements de couleur appliqués directement sur la toile.
Après la guerre, New York s’imposa comme un puissant pôle artistique et intellectuel, même si les jeunes artistes américains continuaient de se tourner vers Paris. Jackson Pollock, figure centrale de l’« Action Painting », a organisé sa première exposition européenne au Studio Facchetti en 1952, où ses compositions « all-over » et sa technique du « dripping » ont fait sensation et ont profondément marqué des artistes tels que Georges Mathieu et François Arnal. De la même manière, Joan Mitchell et Sam Francis ont exploré la relation physique avec le support, travaillant sur des toiles de grand format et transformant la peinture en un espace performatif d’une gestuelle intense.
L’une des sections phares est « Le noir est une couleur », qui rassemble des artistes abstraits, tels que Pierre Soulages ou André Marfaing, qui ont recouru à la sobriété et à la solennité du noir. S'inspirant de la musique, Gérard Schneider a utilisé des coups de pinceau vigoureux, tandis que Hans Hartung a transposé sur la toile ses encres sur papier. Le contraste entre le blanc et le noir pouvait également insuffler un sentiment de gravité, voire de tragédie, comme dans l’œuvre d’Antonio Saura, qui évoquait le souvenir de la grande peinture baroque espagnole.

Asie/Occident
L'exposition met également en lumière l'attrait qu'exerçait Paris sur les jeunes artistes japonais dans les années 1950.
![Kazuo Shiraga, Chizensei Konseimao [Planète Nature], juillet 1960. Huile sur toile, 161,5 x 130 cm.© Kazuo Shiraga, tous droits réservés. Photo © Centre Pompidou,MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Finline-images%2FIMG_3652.png&w=3840&q=75)
En 1957, le voyage au Japon du critique Michel Tapié en compagnie de Georges Mathieu a renforcé les liens entre la scène parisienne et le mouvement Gutai, un groupe d'avant-garde comptant des figures de proue telles que Kazuo Shiraga. De son côté, la peinture de l’artiste chinois Zao Wou-Ki a atteint une synthèse raffinée entre la gestualité abstraite et la tradition paysagère d’Extrême-Orient, qui allait de pair avec l’influence de la calligraphie et de la spiritualité orientale sur des artistes occidentaux tels que Jean Degottex et Mark Tobey.
Enfin, le parcours montre comment, tout au long des années 1950, un réseau international de galeries et de critiques a favorisé l’expansion de l’abstraction gestuelle jusqu’à en faire le langage commun dans toute l’Europe. Dans certains contextes, comme dans l’Espagne franquiste ou la Pologne communiste, cette esthétique a été perçue comme un espace de résistance face aux dogmes culturels dominants.
Au milieu des années soixante, on a commencé à percevoir des signes d'épuisement de ce langage pictural, coïncidant avec le retour à la figuration sous l'impulsion du Pop Art aux États-Unis et l'émergence de nouveaux mouvements artistiques. L'exposition se termine par la peinture de Michel Parmentier, qui a fait le pont entre le langage gestuel et les approches plus radicales et minimalistes de l'abstraction.
Artistes présentés dans l'exposition
Afro (Afro Basaldella) ; François Arnal ; Camille Bryen (Camille Briand) ; Jean Degottex ; Jean Fautrier ; Sam Francis ; Simon Hantaï ; Hans Hartung ; Toshimitsu Imai ; Tadeusz Kantor ; André Marfaing ; Georges Mathieu ; Manolo Millares (Manolo Millares-Sall) ; Joan Mitchell ; Ernst Wilhelm Nay ; Michel Parmentier ; Jackson Pollock ; Judit Reigl ; Key Sato ; Antonio Saura ; Gérard Schneider (Gérard Ernest Schneider) ; Kazuo Shiraga ; Pierre Soulages ; Mark Tobey ; Wols (Alfred Otto Wolfgang Schulze) ; Zao Wou-Ki.
Cinq sections de l'expressionnisme abstrait
En tissant des liens entre plusieurs courants majeurs de l’histoire de l’art du XXe siècle, tels que l’informalisme, l’action painting américain ou le gutai japonais, les quarante peintures (souvent de grand format) de l’exposition « Le Geste et la Matière » sont réparties en cinq sections :
Un « Art Autre » reflète le concept d’« informalisme » défendu par le critique Michel Tapié à partir de 1950.
Échanges transatlantiques évoque les relations entre les scènes artistiques de Paris et de New York.
Le noir est une couleur rassemble des artistes qui se limitent au noir, en mettant particulièrement en avant les mouvements plus ou moins contrôlés du pinceau.
Asie/Occident met en lumière la production de peintres d’origine asiatique, inspirés par cette nouvelle esthétique. Les artistes occidentaux, quant à eux, se montrent tout aussi réceptifs à la calligraphie qu’à la spiritualité de l’Extrême-Orient.
Enfin, Une diffusion européenne montre que l’abstraction gestuelle est en train de devenir rapidement un langage commun, partagé à grande échelle.
Informations pratiquesFini le7sept.
Jusqu'au 7 sept. à 21:37
Adresse
Pasaje Doctor Carrillo Casaux s/n.
Málaga
29016 Malaga
Horaires
Le Centre Pompidou est ouvert les : Lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche 9h30 - 20h (y compris les jours fériés) Le centre sera ouvert les mardis fériés et les veilles de jours fériés. Fermé tous les mardis, le 25 décembre et le 1er janvier. L'entrée du public est autorisée jusqu'à 30 minutes avant la fermeture du musée.






