São Paulo et ses fleuves : une histoire d’eau et de bas

Par Vincent Bosson | Publié le 23/03/2022 à 11:02 | Mis à jour le 23/03/2022 à 11:02
Photo : Le fleuve Pinheiros à São Paulo / Vincent Bosson
Le fleuve Pinheiros à São Paulo

Le mois de mars, c’est l’occasion de célébrer la journée mondiale de l’eau (le 22), et nous proposons de conter une brève histoire des fleuves de la mégalopole pauliste. Si vous vous êtes déjà baladé le long des fleuves et rivières de São Paulo, vous êtes soit un spéléologue averti, soit un promeneur téméraire. En effet, l’aménagement urbain a façonné la région en faisant disparaître la plupart des artères vitales d’une ville qui souffre d’un manque d’eau chronique, transformant son or bleu en un égout à ciel ouvert. 

 

La fondation de São Paulo : le fleuve Tamanduateí

C’est sur les marges du fleuve Tamanduateí, sur les terres du cacique Tibiriçá et de sa tribu, que les colons portugais ont posé les premières pierres de la ville. Cet endroit, appelé Piratininga par les Indiens, offrait une grande disponibilité de nourriture. Pendant la saison des pluies, qui dure de septembre à mars, les fleuves Tietê et Tamanduateí voyaient leur lit considérablement élargi. Avec le retrait des eaux, des milliers de poissons étaient piégés dans de petits lagons peu profonds, facilitant ainsi la pêche ; les poissons restants séchaient au soleil. D'où l'origine du nom de ces terres - piratininga, qui en tupi signifie poisson séché et du nom Tamanduateí - lieu de nombreux fourmiliers, qui y proliféraient en mangeant les fourmis attirées par les poissons en décomposition. Ainsi, c'est la grande disponibilité de la pêche, du gibier qui a attiré les hommes en ces lieux.

Fleuve Pinheiros avec des déchets sur ses rives
Fleuve Pinheiros avec des déchets sur ses rives / Vincent Bosson

São Paulo sous les eaux et des fleuves pollués

Comme le rapporte la géographe Isabel Gouveia, dans la revue Confins, entre les années 1870 et 1880, le fleuve Tamanduateí était encore un lieu de loisirs très fréquenté des paulistes. Il y avait même une île, appelée « l’île des amoureux », qui se situaient près de l'actuelle rue 25 de Março et où se trouvaient des kiosques de boissons et de nourriture. Après plusieurs inondations, l'île a été abandonnée et a cessé d'exister au début du 20e siècle, lorsque la deuxième rectification du fleuve Tamanduateí a eu lieu.

Résultat d’une urbanisation croissante, l’imperméabilité des sols a provoqué des inondations importantes. Aussi, étant donné que les déchets ménagers et industriels étaient déversés dans le fleuve, ses eaux sont devenues impropres à la consommation, véhiculant des maladies.

 

Les mêmes eaux qui étaient autrefois si attrayantes sont devenues source d’angoisse et même de mort.

Les pouvoirs publics ont commencé à dévier, canaliser et enterrer leurs rivières et, en parallèle, à développer le traitement des eaux usées et à réaliser de gigantesques piscines de retenue. Le fleuve Tamanduateí est, en outre, le plus grand égout à ciel ouvert de São Paulo.

Source du ruisseau Ipiranga
Source du ruisseau Ipiranga au Jardin Botanique / Vincent Bosson

Le "Riacho Ipiranga"

Le Riacho Ipiranga a connu le même sort, malgré la création d’un espace pour protéger ses sources d’eau, dès le début du XIXe siècle, où se trouve l’actuel Jardin Botanique de São Paulo. Un couloir vert en projet relierait le Parc de l’Indépendance, afin de récupérer les marges et le lit du ruisseau.

 

Le fleuve Pinheiros

Quant au fleuve Pinheiros, dont le cours a été inversé afin de profiter de la hauteur des mores du littoral pauliste et produire de l’électricité au XIXe siècle, il fait également pâle figure. L’État de São Paulo a néanmoins investi beaucoup d’argent au cours de ces dernières années. Le gouverneur João Doria a notamment lancé le programme "Novo Rio Pinheiros" qui vise à revitaliser le fleuve en réduisant les eaux usées déversées dans ses affluents, d'améliorer la qualité de l'eau et à aménager des parcs et pistes de loisir.

 

Mais les poissons ne sont pas toujours revenus et des quartiers de la ville souffrent encore d’inondations, de problèmes érosions et d’approvisionnement d’eau.

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Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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