Édition internationale

L’hôpital Ramathibodi de Bangkok bascule dans la télémédecine : urgence ou tournant ?

La crise pétrolière liée à la situation au Moyen-Orient pousse l'un des plus grands hôpitaux publics de Bangkok à accélérer sa mutation numérique.

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Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 20 mars 2026


 

À partir du 23 mars 2026, l'hôpital Ramathibodi de Bangkok ne fonctionnera plus tout à fait comme avant. Dans un communiqué publié le 19 mars sur son site internet, l'établissement annonce des changements concrets : une augmentation de ses consultations en télémédecine et une limitation des ordonnances délivrées aux patients externes à deux mois maximum. La raison avancée est claire. La situation au Moyen-Orient contraint tous les secteurs à économiser les ressources, y compris le secteur de la santé. Pour les patients dont le prochain rendez-vous dépasse ce délai, l'hôpital leur remettra une ordonnance anticipée et les médicaments pourront être reçus par courrier ou récupérés sur place. Derrière l’urgence de la situation, Ramathibodi accélère, amplifie et formalise ce qui était déjà en marche.

 

Un pays qui s'y prépare depuis longtemps

 

La Thaïlande ne découvre pas la télémédecine sous la pression d'une crise pétrolière. Le ministère de la Santé publique a adopté dès 2017 une feuille de route nationale pour la santé numérique, renforcée en 2024-2025, avec un accent mis sur les maladies non transmissibles et la santé mentale. Des plateformes comme Doctor Raksa, Chiiwii ou MorDee permettent depuis plusieurs années à des millions de Thaïlandais de consulter un médecin à distance. Les hôpitaux privés de Bangkok (Bumrungrad, Bangkok Hospital, Samitivej) proposent leurs propres services de télésanté depuis longtemps, souvent en plusieurs langues, pour une clientèle internationale habituée au confort numérique.

Le pays a d'ailleurs une ambition claire sur ce terrain : devenir le premier pôle médical d'Asie. Un plan stratégique gouvernemental, initié pour la période 2016-2025, y consacre quatre axes : bien-être, services médicaux, enseignement et produits de santé. Et la Thaïlande a de quoi se montrer sérieuse puisque l’OMS la classe au 47e rang mondial des systèmes de santé, première nation d'Asie du Sud-Est. Le pays compte 58 hôpitaux accrédités internationalement, le chiffre le plus élevé de la région.

 

L'inégalité, le vrai problème

 

Mais voilà où les choses se compliquent. Si Bangkok concentre des infrastructures médicales comparables aux meilleurs centres occidentaux, les zones rurales rencontrent des difficultés. Personnel insuffisant, équipements limités, pas de spécialistes. La télémédecine était déjà présentée comme une réponse à ces disparités, à condition que les connexions suivent et que les patients sachent s'en emparer. C'est donc là que l'annonce de Ramathibodi prend une autre dimension. En normalisant les consultations à distance dans un hôpital universitaire de référence, l'établissement envoie un signal à l'ensemble du système.

 

La crise comme catalyseur

 

Il y a quelque chose d'assez thaïlandais dans cette façon d'avancer. Pas de grande déclaration, pas de plan en fanfare, une réunion technique, un avis publié, et des changements effectifs dans quatre jours. La contrainte, ici énergétique, sert de prétexte pour franchir un palier que le système hésitait à franchir seul. La Covid avait déjà joué ce rôle d’accélérateur entre 2020 et 2022. La crise du Moyen-Orient pourrait en faire autant en 2026.

Reste la question du long terme. Une fois les tensions géopolitiques apaisées, les habitudes prises resteront-elles ?

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