Édition internationale

La Thaïlande sous pression énergétique, entre urgence et adaptation

Prix planchers, troc avec l'Iran, hôpitaux et services publics au pied du mur qui mènent à de nouvelles innovations énergétiques ; en Thaïlande, la crise pétrolière s'installe et force à l'adaptation.

Jerrican sur terre aride et soleilJerrican sur terre aride et soleil
Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 18 mars 2026

En Thaïlande, le manque de carburant ne se limite plus à une hausse des prix à la pompe, déjà très contraignante pour les Thaïlandais. Désormais, la hausse des prix se généralise et, pour stabiliser l'économie, la ministre du Commerce Suphajee Suthumpun a placé une sélection de 59 produits dits « de base », tels que les nouilles instantanées ou le lait, sous surveillance stricte afin d'éviter une flambée incontrôlée des prix ou d'éventuelles arnaques. La ministre a également exhorté le public à ne pas acheter par peur du manque, affirmant que des stocks inutiles pourraient aggraver la situation.

 

« Mission du jour » : sauver le service public

Des services essentiels comme les hôpitaux publics ou la collecte des ordures sont enrayés. Côté santé, les hôpitaux peinent à maintenir leurs réserves de carburant utilisé pour alimenter les générateurs d’électricité de secours.

 

Illustration hôpital générateur

 

L'inquiétude est d'autant plus présente que le risque de coupure de courant grandit. « Les pluies estivales arrivent à cette période de l'année et peuvent provoquer des pannes de courant. Si nous ne sommes pas préparés, le personnel médical et les patients de l'hôpital en seraient affectés. » À l'hôpital de Khon Buri, un électricien du nom de Julaporn Ratchatok a été chargé de récolter lui-même de l'essence auprès des stations-service environnantes, pour renflouer au plus vite les cuves. Avec l'ambulance, il cherche, jusqu'à ce qu'une station-service Bangchak accepte de fournir à l'hôpital 460 litres de diesel.

Côté ramassage des ordures, la collecte a été suspendue dans certaines zones, faute de diesel pour alimenter les camions. Une conséquence de la crise qui ne suscite pas de grande inquiétude dans l'immédiat mais qui pourrait, avec le temps et l'accumulation, faire naître des risques sanitaires concrets, notamment dans les zones urbaines denses.

 

Le commerce à l'ancienne

Sur le plan international, Bangkok explore des solutions plus atypiques pour contenir la crise. Un accord de troc avec l'Iran est actuellement à l'étude, visant à sécuriser les cargos qui transitent entre le royaume et la république islamique, afin d'échanger des produits alimentaires contre des produits quasi-vitaux pour la Thaïlande, comme les granulés de plastique ou les engrais. Un mécanisme qui peut sembler être un dernier recours mais qui illustre la situation compliquée dans laquelle la Thaïlande s'enfonce.

 

Dans l'adversité, l'idée

Peu à peu et comme souvent, la crise agit comme un révélateur des fragilités structurelles des pays. En Thaïlande, guère besoin de crise pour deviner la première de ces fragilités : la dépendance énergétique. Cette dépendance aux énergies importées accélère cependant certaines dynamiques d'adaptation et certains secteurs tentent de tirer parti de la situation.

 

Ramassage de canne à sucre

 

Dans la société thaïlandaise, la canne à sucre est transformée en carburant ou, plus précisément, en bioéthanol. Cette transformation se fait par un processus de fermentation et de distillation des sucres contenus dans la plante et cette méthode permet de produire un biocarburant utilisé pur ou mélangé à l'essence traditionnelle. Ainsi, la demande en canne à sucre, notamment pour la production d'éthanol, est en forte hausse. Cette alternative énergétique, déjà exploitée dans le pays, pourrait offrir une réponse partielle à la dépendance aux carburants fossiles, tout en réduisant la pollution urbaine.

 

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