La Thaïlande inaugure un service de train frigorifique vers la Chine et durcit ses contrôles qualité à l’export de durian. Deux annonces, une obsession : ne pas perdre Pékin.


Le marché chinois du durian pèse 7,5 milliards de dollars. Plus de 90% des exports mondiaux y atterrissent, et la Thaïlande en est le premier fournisseur, devant le Vietnam. À Pékin, un fruit de six kilos peut se vendre jusqu'à 200 yuans, soit environ 950 bahts. Sur un tel terrain, le moindre point de marché compte.
Trois jours pour Kunming, cinq pour Chengdu
Un nouveau service ferroviaire frigorifique relie, depuis début mai, le port thaïlandais de Laem Chabang à Kunming en Chine, via le Laos. La ligne n’est pas nouvelle, mais les wagons sont désormais réfrigérés à 13°C. Le trajet prend trois jours pour Kunming, cinq pour Chengdu, contre environ une semaine par les routes habituelles. Les pertes de marchandises durant le trajet devraient passer de 10% à 3%. People's Daily anticipe plus de 200.000 tonnes acheminées cette année.

Les prix des durians importés en Chine ont chuté de 30% grâce a l’augmentation de l’offre. La ligne Chine-Laos, déjà opérationnelle depuis 2021, fait partie des Nouvelles Routes de la Soie ; les deux pays s'étaient partagé les 5,9 milliards de dollars de construction. Bangkok s'y branche aujourd'hui avec ses fruits.
Une tonne et demie marquée à la peinture rouge
Au départ de la chaîne, les standards se durcissent. Des inspecteurs thaïlandais ont contrôlé plusieurs centres de tri à Chanthaburi, à l’est de la Thaïlande. 350 cartons démontés, 7 tonnes recontrôlées, 529 fruits déclassés, les autorités n’ont rien laissé passer. La cause : un taux de matière sèche insuffisant. Le seuil minimum pour le Monthong, variété phare de l'export thaïlandais, est fixé à 32%. En dessous, le fruit est considéré comme non-mûr.
La tonne et demie saisie à été marquée à la peinture rouge pour empêcher sa réinjection dans la filière. L'opérateur a, lui, reçu un avertissement formel. En cas de récidive, sa licence d'export peut être suspendue de 30 à 90 jours, voire révoquée.
La pression vient du marché chinois qui ne veut plus de fruit moyen. JD Fresh, branche fruits du géant du e-commerce JD.com, a publié un nouveau standard de sélection pour les Monthong issus d'arbres d'au moins dix ans. Les critères éliminent, selon l’entreprise, 99 fruits sur 100.
La Thaïlande joue sur les deux fronts : accélérer ses exports pour gagner du marché, resserrer ses contrôles pour ne pas le perdre. La concurrence vietnamienne et la fermeté des distributeurs chinois ne laissent pas le choix.












