Dans le cadre de la campagne des élections consulaires 2026, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la 7e circonscription des Français établis hors de France en Pologne. Eric Salvat se présente pour la liste ASFE - Défendre et accompagner les Français de Pologne.


En quoi votre parcours en Pologne nourrit-il votre candidature et que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Éric Salvat : Je suis arrivé en Pologne au milieu des années 90. Durant 5 ans, j’ai contribué à la mise en place de dispositifs d’aide européens auprès des collectivités territoriales, dans le cadre du programme PHARE-STRUDER, destiné à accompagner la pré-adhésion de la Pologne à l’Union européenne.
En 2000, j’ai fait le choix de m’y installer durablement afin de poursuivre cette aventure exceptionnelle. J’ai alors créé une entreprise spécialisée dans les services marketing, à destination des grandes enseignes françaises de distribution qui commençaient à s’implanter dans le pays. Parti avec des moyens modestes – une voiture et un ordinateur – j’ai parcouru la Pologne pour développer mon réseau et mon activité. Dix ans plus tard, mon entreprise comptait plus de 100 collaborateurs, en Pologne et dans les pays voisins.
Cette expérience a constitué une formidable école de terrain. Elle m’a permis de mieux comprendre les réalités locales, mais également de rencontrer une société polonaise fantastique, avide de changements et de nouveaux espoirs.
Parallèlement, j’ai côtoyé de nombreux Français et Françaises aux profils variés, confrontés aux défis concrets de la vie à l’étranger. C’est là que j’ai découvert le lien franco-polonais. Le vrai. Celui qui touche directement nos compatriotes installés durablement en Pologne.
N’oublions pas que ces relations s’inscrivent dans une histoire commune particulièrement forte entre nos deux pays. C’est ce qui m’a poussé à m’engager bénévolement en faveur du rayonnement de la France en Pologne. Comme me l’a confié un ambassadeur en poste à Varsovie : « L’action des Français sur le terrain est un prolongement extraordinaire de la présence de l’État français à l’étranger. »
Convaincu de notre capacité collective à faire vivre cette présence, j’ai pris la présidence de l’Alliance française de Łódź, que nous avons profondément développée, notamment en doublant le nombre d’étudiants en deux ans. Nous avons également relocalisé l’établissement au cœur de la ville, dans le complexe de Manufaktura, contribuant ainsi à accroitre sa visibilité et son attractivité. Aujourd’hui, cette Alliance demeure une structure dynamique et reconnue.
Six ans plus tard, en 2016, j’ai poursuivi cet engagement en développant l’Union des Français de l’Étranger (UFE) à Varsovie. Avec une équipe de bénévoles, nous avons fédéré plus de 200 membres et ouvert des antennes dans cinq grandes villes de Pologne.
En 2021, j’ai rejoint l’Alliance Solidaire des Français de l’Étranger (ASFE), sous les couleurs de laquelle j’ai été élu conseiller des Français de l’étranger. Fidèle à mes engagements, j’ai œuvré à la défense des intérêts de nos compatriotes en Pologne, avec un bilan fondé sur des actions concrètes.
Être conseiller des Français de l’étranger, c’est avant tout être à l’écoute, accompagner, informer et défendre les droits de nos compatriotes au quotidien.
Votre liste est-elle soutenue par un parti ou une organisation politique ? Si oui, lequel / laquelle ?
L’ASFE (Alliance Solidaire des Français de l’Étranger) est aujourd’hui la première organisation indépendante représentant les Français établis hors de France, avec des membres présents dans plus de 180 pays à travers le monde.
Elle rassemble plus de 26.000 adhérents, dont plus de 300 membres en Pologne, et compte 80 élus ainsi que plus de 115 représentants locaux dans le monde.
L’ASFE est représentée par trois sénateurs, sur les douze sièges du Sénat dédiés à la représentation des Français établis hors de France.
L’ASFE est une organisation trans partisane, qui ne dépend d’aucun parti politique. La diversité des sensibilités politiques de ses trois sénateurs en est une illustration concrète. Cela n’entrave en rien leur action, car les statuts de l’ASFE sont clairs : elle se consacre exclusivement à la défense des intérêts des Français de l’étranger.
Il convient également de souligner que l’ASFE est financièrement autonome, ce qui lui garantit une totale liberté dans la mise en œuvre de ses actions et de ses projets, au service de nos compatriotes.
Quelles mesures concrètes proposez-vous, quels sont les grands axes de votre programme ?
Notre programme s’articule autour de trois priorités, au service des Français de toute la Pologne.
- 1 Informer et rapprocher les Français sur l’ensemble du territoire
Nous souhaitons renforcer les liens entre compatriotes, y compris en dehors de Varsovie, en développant des réseaux et des groupes d’entraide franco-polonais, favorisant l’intégration de tous, quelles que soient les générations.
Nous poursuivons également l’organisation de webinaires d’information sur des sujets essentiels (droits sociaux, santé, retraite). En cinq ans, une dizaine de rencontres ont rassemblé à chaque fois près d’une centaine de participants.
L’ASFE met régulièrement à jour des notes pratiques sur la vie à l’étranger, accessibles à tous. Exemple d’une question que beaucoup se posent : peut-on conserver sa carte vitale en Pologne ? La réponse est disponible ici.
- 2 Favoriser l’emploi des Français en Pologne sur le long terme
Nous soutenons l’entrepreneuriat via la reconnaissance d’un statut spécifique pour les Français de l’étranger, leur garantissant des droits sociaux et une protection en cas de retour en France. L’ASFE a présenté un projet de loi au parlement, visant à créer un tel statut.
Nous lancerons dès 2026 la première bourse à l’emploi dédiée aux Français de Pologne, ouverte aussi bien aux jeunes diplômés qu’aux professionnels expérimentés. Déjà initiée dans plusieurs pays par l’ASFE, cette initiative a démontré son efficacité.
- 3 Accompagner les enfants français scolarisés hors du système français, notamment en régions
Nous encouragerons la participation des parents français dans les établissements scolaires où le français est enseigné.
Il est aussi important de mieux détecter et prévenir les situations de harcèlement scolaire, en particulier chez les enfants issus de couples binationaux, souvent plus exposés et parfois insuffisamment accompagnés. Nous allons porter le projet d’une cellule de signalement pour remonter ces informations aux organismes concernés.
Quel est, selon vous, le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Il n’y a pas de réponse unique à cette question. La communauté française en Pologne évolue : de plus en plus de compatriotes choisissent de s’y établir durablement, soit pour bâtir un projet familial ou développer une activité professionnelle à long terme. Ils constituent aujourd’hui la majorité d’entre eux.
Dans ce contexte, le principal défi concerne les conditions d’un éventuel retour en France, notamment pour les familles qui en expriment le souhait. Trois enjeux majeurs se dégagent :
- L’accès aux droits sociaux : il est essentiel de garantir un accès immédiat aux soins, sans période de carence, en cas de retour en France. De même, un accompagnement doit être prévu afin de faciliter l’ouverture et la portabilité des droits, notamment en matière de retraites (régime universel) et de protection sociale.
- L’intégration des enfants dans le système éducatif français : les élèves ayant suivi une partie de leur scolarité dans le système polonais peuvent être pénalisés, notamment dans le cadre des procédures d’admission sur Parcoursup, où des inégalités de traitement persistent par rapport aux élèves issus du système français.
- La fiscalité du patrimoine immobilier en France : les règles actuelles sont devenues défavorables pour les Français établis à l’étranger et méritent d’être réexaminées afin de rétablir davantage d'équité.
L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger - AEFE pilote et coordonne le réseau des écoles françaises à l’étranger, dont le Lycée Français de Varsovie. Quelle est votre position, quelles sont vos propositions, suite à la baisse de l’aide de l’État ?
Lors de son conseil d’administration du 18 décembre 2025, l’AEFE a adopté une série de mesures présentées comme indispensables pour faire face à un déficit prévisionnel de 59 millions d’euros. Quelques mois plus tard, la situation apparaît radicalement différente. L’exécution budgétaire pour l’année 2025 révèle un excédent de 3 millions d’euros. Ce retournement soulève des questions majeures sur la fiabilité des prévisions initiales.
Comment expliquer un tel écart entre les estimations et la réalité ? Cette divergence interroge non seulement la sincérité des hypothèses budgétaires, mais aussi la qualité de l’information transmise aux administrateurs et aux parlementaires. Elle remet également en cause les conditions dans lesquelles des décisions structurantes ont été prises, dans un contexte d’urgence désormais contesté.
Il y a des conséquences directes pour les familles : augmentation des frais de scolarité, pression accrue sur les budgets familiaux, fragilisation de l’équilibre financier de certains établissements. Au-delà de l’impact économique, cette situation génère incompréhension et inquiétude parmi les familles, qui s’interrogent sur la gouvernance de l’AEFE et la transparence de ses décisions.
Face à ces incertitudes, des éclaircissements sont indispensables. Il est notamment demandé d’expliquer les raisons de l’écart entre le déficit annoncé et l’excédent constaté, de détailler les méthodes de prévision budgétaire utilisées, d’identifier d’éventuelles failles dans l’élaboration des hypothèses et, enfin, de préciser si les mesures adoptées en décembre 2025 seront maintenues, suspendues ou révisées.
L’ASFE insiste sur la nécessité de garantir une information financière transparente, sincère et accessible à tous.
Le Plan stratégique de développement du Lycée Français de Varsovie (LFV) constitue-t-il un axe prioritaire de votre programme, et le cas échéant, comment comptez-vous vous y inscrire concrètement ?
Oui, ce plan constitue un axe prioritaire. Le Lycée Français de Varsovie joue un rôle central dans le rayonnement de la France en Pologne et dans l’accompagnement des familles françaises. Notre objectif est de soutenir un développement équilibré et durable de l’établissement, autour de plusieurs priorités : garantir l’accessibilité financière pour les familles, préserver la qualité pédagogique et l’attractivité du modèle éducatif français, mais aussi accompagner les projets d’extension ou de modernisation nécessaires à l’accueil des élèves dans de bonnes conditions.
Il est aussi essentiel de renforcer le dialogue entre les familles, l’établissement et les autorités de tutelle. Concrètement, nous nous engageons à relayer les besoins du terrain auprès des instances décisionnelles, à soutenir les initiatives locales et à veiller à ce que les orientations stratégiques restent en adéquation avec les attentes des familles.
Qui sont vos colistiers ? Quelles compétences et expériences vos colistiers apportent-ils à votre projet ?
Notre liste ASFE rassemble six colistiers aux profils complémentaires, tous engagés au service de la communauté française en Pologne :
- Eric SALVAT : entrepreneur engagé depuis 15 ans dans les relations franco-polonaises, Eric a largement contribué à renforcer les échanges et le rapprochement entre les deux pays. Il a organisé plus de 300 rencontres franco-polonaises rassemblant plus de 20.000 personnes durant des évènements réalisés à Varsovie et en région.
- Béatrice FAURIEZ : Installée depuis 19 ans en Pologne, 11 ans résidant dans la Tricité (Gdańsk, Gdynia, Sopot), je suis Béatrice Fauriez, une femme de terrain, Franco-Polonaise et mère de deux enfants. Chef d'entreprise dans le transport et la logistique depuis 11 ans, j'ai une connaissance concrète des enjeux de notre pays d’accueil. Très active au sein de notre communauté auprès du Consulat, de la CCIFP et de l’Alliance française, je souhaite aujourd'hui mettre mon expérience au service des Français de Pologne. Mon engagement : être votre voix et un soutien de proximité pour chacun d'entre vous.
- Jonathan LEGER : habite à Poznań, Jonathan dirige avec RFE un réseau majeur d’appui aux entreprises et aux francophones, désirant développer leurs projets en Pologne. Il anime activement cette communauté et œuvre au développement des synergies entre ses membres. Il sera également en charge de la bourse franco-polonaise de l’emploi.
- Roksana JACQUET réside depuis de nombreuses années à Łódź, où elle s’investit activement dans de nombreux projets associatifs franco-polonais au service de la communauté française. Engagée bénévolement, elle a contribué au redressement durable d’une école primaire associative polonaise en y réintroduisant l’enseignement du français et en obtenant la création, à l’échelle de la voïvodie de Łódź, d’un concours de langue française pour les élèves du primaire, véritable levier de promotion du français auprès des jeunes générations.
- Édouard BOUCHER : installé à Cracovie avec sa famille, Édouard dispose d’une expérience internationale et d’une expertise reconnue en matière d’énergie et d’innovation. Très impliqué dans la French Tech locale, il contribuera à repenser l’accueil des Français en Pologne.
- Aline VIVIAND : enseignante-chercheuse à l’université de Wrocław, Aline est spécialiste des enjeux culturels et linguistiques franco-polonais. Elle vit près de Wałbrzych, où elle œuvre, à travers son ONG, au dialogue interculturel et au développement de l’entraide citoyenne.

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