Ballon d’Or 1991, meilleur buteur mondial la même année, Jean-Pierre Papin a porté les couleurs de l’Olympique de Marseille, de l’AC Milan et du Bayern Munich, mais à Łódź, cette année, ce sont les couleurs de la France, qu’il a endossées, aux côtés de Christian Karembeu, Robert Pirès et d’autres « copains », pour soutenir l’événement caritatif, Match des Légendes. JPP parle aujourd’hui de football avec le recul de celui qui a connu les sommets comme les blessures. Longtemps cible de prédilection des « Guignols de l’info », il n’a pourtant rien d’un guignol : sincère, engagé aux côtés de sa fille autiste Emily, depuis 1996, avec l’association « Neuf de Cœur », sans détour, droit dans ses bottes, Jean-Pierre Papin prend son rôle très à cœur.


Bénédicte Mezeix-Rytwinski, Lepetitjournal.com Varsovie : C’est la première fois que vous participez au match des Légendes en Pologne. Pourquoi avez-vous accepté de participer à cet événement caritatif ?
Jean-Pierre Papin : Déjà pour se retrouver avec les copains, histoire de se rappeler de bons souvenirs et puis pour en créer d’autres. Et surtout, c’est un événement caritatif destiné à la jeunesse. Moi, j’en fais régulièrement dans l’année, donc j’ai répondu présent pour le Match des Légendes. Même si je ne peux plus jouer, car je me suis fait mal au genou l’année dernière : tous les sports de contact et de course, dommage, mais je ne peux plus… Donc je reste sur le banc, mais je suis là pour le soutien.
Malgré tout, quelle place le football garde-t-il dans votre vie ?
Je travaille à la radio, je suis encore ambassadeur de l’OM - Olympique de Marseille : je fais plein de choses en lien avec le foot.
L’OM, ça a été 6 ans dans ma carrière qui ont tout déclenché. Donc, obligatoirement, c’est un club qui m’a profondément marqué, et qui reste dans mon cœur. Avec l’OM, on est allé en Coupe d’Europe, parce qu’on a respecté les ambitions du président, Bernard Tapie : on a gagné la coupe.
Le président pouvait avoir de l’ambition, mais nous, les joueurs, on en avait aussi sous les crampons, parce qu’on savait que si lui, il voulait gagner la Coupe d’Europe, il fallait qu’on soit absolument des champions. On a d’abord eu du mal à trouver une vraie équipe, puis, une fois que l’équipe a été formée, on a été champions tout le temps !
« Mes qualités, en fait, c’est que je suis un vrai finisseur ! » Jean-Pierre Papin
Finalement, comment définiriez-vous les valeurs et les qualités qui étaient les vôtres en tant que joueur ?
Mes qualités, en fait, c’est que je suis un vrai finisseur ! J’allais très vite, je courais longtemps et je courais tout le temps (rires). Donc, pour les défenseurs, c’était compliqué. Mais au foot on ne joue pas tout seul. La chance que j’ai eue aussi, c’est d’avoir des coéquipiers qui ont été incroyables, des joueurs de haut niveau et, quand tout le monde joue sa partition, mais en groupe, c’est beaucoup plus facile et très efficace.
Vous parlez très justement d’une partition collective. Est-ce qu’on sait encore la jouer dans le football d’aujourd’hui ? On a parfois l’impression que les individualités prennent le pas sur le jeu...
Oui, alors c’est vrai qu'aujourd’hui, on retient plus souvent les coups individuels. Mais, si on veut retenir un très bel exemple, prenons celui de cet été : l’Espagne a joué sa partition à onze, voire à vingt parce qu’il faut compter les remplaçants aussi… Nous, on n’en est pas encore à ce niveau-là.
« Par contre, on a les meilleurs éléments individuels de toute l’Europe, mais on n’est pas encore assez collectif. » Jean-Pierre Papin
Justement, si l’on revient aux jeunes joueurs, comment les choses se passent-elles pour eux, aujourd’hui ?
Les jeunes joueurs, c’est compliqué, parce qu’ils sont tous accros aux réseaux sociaux. Moi, j’étais à l’OM, il y a deux ans et on leur interdisait de publier des photos qu’ils prenaient dans les vestiaires ou à l'intérieur du centre d'entraînement. Et à chaque fois qu’il y en avait un qui le faisait quand même, il se faisait sanctionner. Les réseaux sociaux sont vraiment dangereux, parce qu’à partir du moment où il y a une info qui sort, qu’elle soit vraie ou pas, c’est fini, on est mort et ça, les jeunes joueurs ne s’en rendent pas compte.
Oui, et internet a une mémoire extraordinaire : on peut essayer d’effacer certaines choses, mais internet, lui, n’oublie jamais…
Ce sont surtout les réseaux sociaux qui représentent un danger. Il faut vraiment être prudent avec tous ces sites qui donnent des infos et où il y a 50.000 personnes qui interagissent, qui laissent des commentaires, des messages, parfois avec de faux profils ou masqués… donc en plus c’est impossible de répondre quand ils sont masqués… Bref, quand une info sort, même si elle est fausse, c’est fini quoi !
Dans les années 90, vous aviez une trentaine d'années, il n’y avait pas internet ni de réseaux sociaux, mais le programme de Canal+, Les Guignols de l’info, avec votre marionnette surnommée « Patator » qui épelait son nom « PAP1 », ne vous ont pas épargné…
Oui, Les Guignols ont été durs, ça n’a pas été facile à vivre, mais ils m'ont vraiment rendu populaire ! Mais je n'étais pas leur seule cible : ils ont même fait élire un président de la République, vous voyez (rires) [NDLR Mangez des Pommes, Jacques Chirac] . Vous vous souvenez, « Mangez des pommes ! » avec Jacques Chirac et Edouard Balladur, qui lui envoyait des missiles, des couteaux dans le dos et tout ?
Quand on y réfléchit, la télé a vraiment un pouvoir incroyable. Et même si les gens ne font pas attention, ça rentre dans le crâne, on l’entend, on y pense… ça suffit des fois à construire une image.
Oui, à force, cela peut finir par devenir une vérité aux yeux des autres, même si l’on sait soi-même ce qu’il en est. Vous êtes par ailleurs engagé dans le caritatif depuis 1996, notamment avec l’association Neuf de Cœur, créée autour de votre fille Emily. Est-ce que cet engagement passe aussi par le football, à travers des matchs ou d’autres événements ?
J’ai créé en 1996 l’association « Neuf de Cœur » pour ma fille Emily : quand elle était petite, elle était atteinte d’autisme à 100%. Elle a aujourd’hui 36 ans et on s’en est sorti ensemble, franchement, on ne sait pas comment, mais on l’a fait. Emily vit maintenant dans notre monde et nous, on a gagné notre pari, donc on essaie de transmettre aux autres le moyen, peut-être, d’arriver à la même chose.
La cyclo, qu’on fait chaque année à côté de Cluse, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui aujourd’hui fête sa 18e édition, est le seul événement que « Neuf de Cœur » organise à 100%.
Maintenant, moi, je vis ma vie, je donne un maximum aux enfants via l'association, afin de les aider à essayer d’avoir une vie meilleure.
Au-delà de la dimension caritative de l’événement, qu’est-ce que cela vous fait de retrouver tous ces anciens coéquipiers et joueurs, ici en Pologne ?
On a tous été adversaires, mais, aujourd'hui, on est tous très contents de jouer ensemble et de partager cette joie, nos comportements qui sont exemplaires… Non seulement il y a de très bonnes attitudes entre nous, mais aussi avec les équipes polonaises ou peu importe qui joue.
Nous, ce qu’on veut, c’est transmettre aujourd’hui qu’on est tous amis, y’a plus d'adversaires, on fait les matchs, on joue l’un contre l’autre pendant 80 minutes, et à 100%, si on peut…
Et franchement, c’est vraiment important de pouvoir encore le faire, parce que quand on a 50-60 ans, ça commence à être vraiment compliqué… (rires). Mais en fait, on a passé un très bon moment, on l’a fait pour une bonne cause et tout le monde est content.
💡JPP, l’homme de coeur
Actuellement président de la Commission fédérale de la Coupe de France depuis 2014 et entraîneur de football, Jean-Pierre Papin est considéré comme un buteur et un attaquant hors pair, détenteur du Ballon d’Or 1991.
Membre éminent de l'Équipe de France dont il a été capitaine, dans les années 1990, puis de l’AC Milan et du Bayern Munich, il s’est notamment illustré lors de la Ligue des Champions de 1994, de la Coupe de l’UEFA en 1996 ou encore, lors du Championnat de France en 1989, 1990, 1991 et 1992 au sein de son club favori : l’Olympique de Marseille.
Jean-Pierre Papin continue de s’engager sur le plan caritatif, fondateur avec sa femme de l’association Neuf de Coeur en 1996 qui lutte contre les troubles autistiques chez les enfants. Il participe également à plusieurs événements sportifs caritatifs comme la Cyclosportive, en partenariat avec Neuf de Coeur.


























