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LFV - Professeurs résidents, mais pour combien de temps ?

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 22/02/2018 à 00:00 | Mis à jour le 05/03/2018 à 12:01
Lycée Français de Varsovie, péril en la demeure

En plein mois de février, la neige et son froid complice cernent le quartier de Sadyba et la sortie du Lycée Français de Varsovie, René Goscinny, n’incite pas à une pause entre collègues. Alors quand une bonne poignée de professeurs décide de braver le mercure polaire en s’aventurant devant les grilles de leur établissement, on se dit qu’il doit bien se passer quelque chose d’assez anormal…

 

Une grève, des confusions

 

Le LFV, comme les quelques 492 autres lycées français à travers le monde, vit en effet une situation plus que critique. Une crise interne qui couve actuellement dans l’AEFE*, l’Agence qui chapeaute les établissements français à l’étranger (EFE), menace les postes des enseignants résidents. En effet, ces derniers, titulaires de l’Education Nationale, bénéficient d’un statut qui prévoit un détachement accordé tous les trois ans. Mais alors que pendant de nombreuses années le contrat a été renouvelé par tacite reconduction, voilà que l’Etat français souhaite rapatrier aujourd’hui nombre de ces enseignants. En cause, notamment, un manque d’effectifs dans les académies de France qui apprécieraient le retour au pays de certains professeurs de l’AEFE. Pour ne rien arranger à ce tableau, l’AEFE fait face à des dépenses toujours plus importantes et prévoit des coupes budgétaires. La situation a été jugée assez grave pour que les syndicats majoritaires des professeurs à l’étranger, le SNES-FSU, appellent à des grèves générales la semaine du 5 février.

 

« Nous avons effectivement fait une première grève dès début décembre, contre les coupes budgétaires et les départs annoncés de certains collègues », explique une première enseignante, en poste depuis 30 ans au lycée à Goscinny et menacée de départ. « Nous avons cependant vite arrêté, car le message véhiculé passait peu et qu’on se mettait les parents d’élèves à dos. » Pas question, en revanche, de cesser la mobilisation : une pétition, qui a recueilli plus de 150 signatures dès la première semaine, a été lancée par une professeur suppléante. « Aujourd’hui, on privilégie un mouvement qui soit plus visible et qui ne dérangera pas la scolarisation des élèves ; nous portons des gilets réfléchissants en revendiquant l’arrêt de la mise à mort de l’AEFE », précise-t-elle.

 

Les professeurs résidents, en partie à la charge de l’État, pourraient bien ne pas être les seuls à voir leur poste menacé. C’est tout le système des établissements français à l’étranger qui semble changer de peau. Ainsi, la coupe budgétaire de 33 millions d’euros annoncée en début d’année fait aussi craindre d’éventuels départs de professeurs expatriés, qui ont un coût individuel deux fois plus élevé pour l’État que leurs homologues résidents.

 

Mais le proviseur du Lycée, Louis-Albert Mensdorff-Pouilly et le Conseiller des Affaires Culturelles de l’Ambassade de France, Stanislas Pierret, appellent au discernement et à la sérénité. « Il ne faut pas tout mélanger, comme ce fut le cas dans la pétition. Il y a, d’un côté, les coupes budgétaires, et de l’autre le redéploiement des professeurs, explique le premier. Aujourd’hui, l’AEFE est un peu victime de sa réussite puisque le réseau continue de grandir alors que les dépenses de l’État ont atteint leurs limites. L’agence nous a donc demandé de faire remonter de l’argent pour contribuer au dynamisme mondial du réseau. Ce problème de coupes budgétaires n’en est donc pas un, puisque cela montre que l’AEFE est une marque qui attire toujours plus. »

 

 

L’AEFE « victime de son succès »

 

L’AEFE, qui coûte déjà un milliard d’euros annuel à l’État, ne pourrait donc plus compter sur une enveloppe toujours plus grosse de la part de la France. Mais s’agit-il pour autant de désengagement de l’État ?

 

« Concrètement, l’État semble vouloir se désengager en transformant notre modèle public en un modèle privé : on va remplacer les professeurs expatriés et résidents, par des professeurs locaux, qui sont à la charge de l’établissement », estime ainsi un autre professeur.

 

Le son de cloche est nettement plus nuancé à l’Ambassade : « Cela m’étonnerait que l’AEFE, cet outil majeur d’influence culturelle et diplomatique, soit laissé à l’abandon par l’Etat, surtout après le discours de Macron à la Sorbonne, rassure le Conseiller Culturel. Si elle ne peut pas disparaître, elle doit en revanche évoluer, car son coût continue de grimper, d’où les turbulences de ces derniers temps. Il y a des solutions à trouver. » L’occasion est également donnée de tordre le cou aux préjugés sur les professeurs locaux : « Aujourd’hui, quatre professeurs résidents ont déjà reçu leur validation. Quatre sont encore en attente, mais cela ne veut pas dire qu’ils partiront. Si d’aventure c’était le cas pour les quatre, les postes ne seraient évidemment pas supprimés pour autant. S’il n’y a pas de candidats résidents sur les postes à pourvoir suite à nos appels d’offres à venir, nous installerons des locaux, qui seront tout à fait à même de prendre les postes. D’ailleurs, pour l’établissement, un résident représente le même coût qu’un local, puisqu’un poste de résident fait remonter une partie du salaire sur l’AEFE. Que les familles se rassurent, leurs frais de scolarité, tout comme la qualité de l’enseignement, ne bougeront donc pas l’année prochaine, comme on peut l’entendre. »

 

Une observation que ne semble pas partager le corps enseignant, pointant du doigt des droits d’écolage en forte hausse. « Les frais de scolarité grimpent depuis quelques temps déjà : on est passé de 66 % des frais couverts par l’État, à seulement 40 %. Le reste, ce sont les familles qui le prennent à charge », explique un autre professeur résident.

 

La fin d’un cycle ?

 

« Pour les académies, nous ne sommes que des petits soldats de plomb à rappeler au poste une fois que nous devenons essentiels. Cela ne peut pas marcher comme ça, il faut prendre en compte que nous avons construit une vie ici, à Varsovie », surenchérit pour sa part la doyenne du groupe des enseignants. Et qu’importe que le renouvellement des contrats tous les trois ans ne soit pas automatique selon le statut juridique des professeurs : « cette pratique existe depuis bien avant l’AEFE, poursuit-elle. Je suis ici depuis 30 ans, je n’avais auparavant jamais eu de difficultés à obtenir que mon détachement soit renouvelé. Quand une pratique devient coutumière comme c’est le cas ici, nous estimons qu’elle devient affaire de droit. »

 

« Nous sommes sur une fin de cycle, concède de son côté le proviseur. Il faut que les nouvelles générations de professeurs considèrent dès à présent, même si ce n’est pas simple, qu’elles ne passeront pas leur vie ici, à Varsovie. C’est un raisonnement qu’on pouvait avoir il y a vingt ans. » Une nouveauté qui offre des éléments de satisfaction, selon le Conseiller Culturel. « Partir n’est pas une punition : c’est bon pour le système car cela permet de l’aérer, d’offrir aux autres enseignants la possibilité de travailler à l’étranger. Les professeurs sur le départ pourront de leur côté rafraîchir leurs acquis pédagogiques, qui doivent être actualisés en ces temps de réformes sur l’enseignement. »

 

La fracture entamée entre les professeurs et leurs académies d’origine, le bouleversement du système des établissements à l’étranger et le sentiment d’un désengagement de l’État à vitesse grand V ressenti par les professeurs restent cependant des symptômes qui ne trompent pas. Une professeur du LVF appelle l’État à « jouer cartes sur table », quand Stanislas Pierret affiche de son côté sa sérénité lorsqu’il s’agit de présenter l’AEFE : « L’excellence et les bas prix sont là, garantis par la fluidité de notre corps enseignant au sein du réseau. C’est cela la vérité : nous garantissons un modèle français public partout dans le monde. »

 

Un modèle qui, à l’heure où il est dressé comme pilier diplomatique et culturel par Emmanuel Macron, gagnerait d’un accord entre les enseignants et leurs ministères d'origine.

 

 

*AEFE : Agence des Etablissements Français de l’Etranger, réseau regroupant les lycées français en gestion directe, conventionnés, et partenaires à l’étranger. L’Agence est sous la responsabilité du Ministère des Affaires Etrangères.

 

Hervé Lemeunier des Graviers (lepetitjournal.com/Varsovie) - Jeudi 22 février 2018

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2 Commentaire (s)Réagir
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Bob jeu 22/02/2018 - 16:46

« L’excellence et les bas prix sont là, garantis par la fluidité de notre corps enseignant au sein du réseau. C’est cela la vérité : nous garantissons un modèle français public partout dans le monde. » Ok pour que le statut des résidents qui se sont installés à l'étranger de fait alors que leur statut exigeait normalement un passage à l'étranger temporaire évolue. Mais qu'on parle de bas prix (en moyenne approx. 5 000€ /6 000€ par an par enfant pour être scolarisé dans le réseau AEFE) montre à quel point les proviseurs et les conseillers culturels sont hors-sol ! Et sur le 'modèle français public', la gouvernance archaïque de l'AEFE doit évoluer pour permettre aux parents de prendre pleinement leur part dans la gouvernance des établissements puisqu'ils en sont les principaux financeurs ! Malgré les cris d'orfraie de ces messieurs, la plupart des établissements de l'AEFE sont des établissements privés ! (seulement 74 établissements en gestion directe qui sont 100% publics, face à 153 établissements conventionnés et 265 établissements partenaires)

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Robert dim 22/04/2018 - 10:01

Mon salaire mensuel net s'élève à 2 000 PLN (env. 500 EUR) et vous parlez de 5 000/6000 EUR par an par enfant! Où vivez-vous ? Sur la lune? Il faut connaître la réalité économique du pays d’accueil, Monsieur. Pourquoi financer les établissements scolaires pour l’élite vivant aux dépens d'autres ?

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