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Mathieu Fréché : "Ce qui unit les gens, c'est leur langue"

Par Shirley SAVY-PUIG | Publié le 02/11/2017 à 21:23 | Mis à jour le 03/11/2017 à 13:53
Mathieu Fréché, un expatrié belge qui vit à Valencia

Né à Bruxelles, Mathieu Fréché a passé toute son enfance à Tournai, une petite ville belge proche de Lille. Professeur de français pour adultes au sein d’une « academia de lengua », ce passionné de cyclisme prend plaisir à parcourir en vélo la région valencienne depuis qu'il l'a découverte en 2006. Portrait de ce sympathique sportif aux réflexions pertinentes.

 

Lepetitjournal Valence : Mathieu vous venez de Belgique où vous avez grandi. Comment êtes-vous arrivé à Valence ?

Mathieu Fréché : J’ai étudié à la Fac de lettres à Namur. Mais le système belge est tellement petit qu’il y a beaucoup d’universités qui n’avaient pas de 2e cycle. J’ai donc dû partir à Bruxelles, ma ville de naissance mais dans laquelle je n’avais jamais vécu. Et là, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour le côté grande ville. Je me suis énormément plu à Bruxelles et j’y ai terminé mes études. Par la suite, j’ai commencé à travailler là-bas. Je m’y suis fait beaucoup d’amis très cosmopolites, non par volonté ou parce que je le recherchais, mais parce que c’est ainsi que cela fonctionne dans une ville internationale.

Mais au fond de moi, j’avais toujours eu un côté un peu aventurier. Je n’ai pas pu faire Erasmus quand j’étais étudiant. Je ne voulais pas forcément le faire, je me plaisais bien à Bruxelles, mais je voulais partir à l’étranger. Si je ne l’avais pas fait, je pense que j’aurais manqué quelque chose. Le choix de Valence c’était par hasard, ce n’est pas que j’étais fasciné par la ville avant de venir, ni au début d’ailleurs (rires).

Mais était-ce le choix d’un pays hyspanophone avant tout ?

Oui, parce que je considérais que l’espagnol était une langue importante. Il y avait donc l’aspect d’apprentissage de la langue, ce n’était pas simplement pour vivre à l’étranger. Et puis je connaissais l’Espagne parce ma sœur y avait vécu également. Le choix de Valence est lié à sa taille : pendant mes dernières années d’études à Bruxelles, j’avais vraiment apprécié le coté grande ville. J’ai donc sélectionné les trois plus grandes villes d’Espagne, Madrid, Barcelone et Valence. Par la suite, je me suis dit que tant qu’à aller en Espagne, autant être à proximité de la plage, que cela serait triste de ne pas en profiter. En réfléchissant à Barcelone, j’ai eu peur de ne pas apprendre l’espagnol, que tout se fasse en Catalan, même si je me suis rendu compte après que cette peur n’était pas justifiée, que Barcelone est très « espagnolisée » et qu’il y a tellement d’étrangers que la langue espagnole s’impose forcément. Mais c’était l’argument qui a fait que je ne suis pas allé à Barcelone. Et puis à l’époque, l’Espagne était encore en plein boom économique

C’était en quelle année ?

En 2006. Et la région qui symbolisait ce boom économique c’était Valence même si ce n’est pas pour ça que je suis venu.

En Belgique, il y avait l’office du tourisme de Valence qui faisait énormément de campagnes pour attirer des gens sur la région. Je me rappelle que cela m’avait donné envie de venir.

Donc vous arrivez à Valence en 2006. Que découvrez-vous ? Est-ce que la ville répond à vos attentes ?

Le climat, la météo, tout cela, oui, vraiment, c’était ce que je cherchais. Pour la langue c’était la même chose : en 2 mois j’étais parfaitement bilingue. En Belgique, j’avais participé à des cours optionnels mais cela ne m’avait rien appris. Pour vous situer un peu mon niveau, je me rappelle que la première fois où j’avais eu rendez-vous à la mairie, on m’avait demandé ma « dirección » et je pensais qu’on me demandait qui était mon directeur. J’avais donc des notions mais rien de plus. Etant donné que je suis professeur de langue et que j’ai toujours été dans les lettres, je n’ai pas pris de cours : je me suis acheté quelques petits livres de grammaires et comme c’est mon domaine, j’étudiais l’espagnol chez moi. C’est allé très vite du coup. Mais je n’ai pas de mérite car c’est ma compétence.

En revanche, je dois dire que le premier jour, en sortant de la gare, je me suis baladé dans les rues et j’ai été déçu au début. Je me suis dit que Valence ressemblait plus à un village qu’à une grande ville en ce qui concerne le comportement des gens, etc. Je n’ai pas du tout remarqué le coté effervescent d’une grande ville que je pensais trouver. J’ai donc mis un peu de temps à m’adapter de ce côté-là, je crois que j’ai mis deux ans. En plus, j’étais allé faire du tourisme à Barcelone et cette ville m’avait émerveillée. Au début, j’avais donc des regrets mais je ne voulais pas changer, je voulais persévérer ! Je ne souhaitais pas tomber dans la facilité. J’avais également vu qu’à Barcelone il y avait énormément de français et par conséquent, je savais que cela ne serait pas une vraie expérience à l’étranger. Attention, je ne dis pas que venir à Valence soit un exploit, mais il y avait quand même des choses où il fallait s’adapter.

MAthieu Fréché savoure sa vie en expatriation à Valencia

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous dans cette adaptation ?

Se faire des amis. Les gens d’ici sont très simples. Ce que j’aime chez les Espagnols, qui n’est pas présent chez les Francophones, c’est ce côté très abordable sans distance, sans formalités, très sympas et très gentils. Mais je me suis rendu compte que cela ne les intéressait pas de se faire des amis étrangers. Ils sont bien dans leur univers valencien et c’est très difficile de se faire de vrais amis. Attention, encore une fois, je ne veux pas généraliser, mais ils n’ont pas trop la curiosité de l’étranger, ni de voyager à l’étranger également. Ce que je comprends tout à fait puisqu’ils ont un pays extraordinaire, un climat fantastique, des liens très forts avec leur famille et leurs amis. Je conçois qu’ils n’aient pas la nécessité d’aller chercher ailleurs ce qu’ils ont chez eux. Mais pour un étranger, cela peut créer une certaine difficulté d’intégration.

Comment avez-vous essayé de passer à travers cela ?

Déjà, c’était de bien parler la langue et la première année, je n’ai travaillé qu’avec des espagnols. Cela aide énormément à comprendre la culture.

Que faisiez-vous ?

La première année, j’ai travaillé dans des hôtels. Je ne voulais pas commencer comme professeur de français parce que je souhaitais approfondir la langue. Et puis j’étais arrivé en cours d’année scolaire, donc c’était trop tard pour rentrer dans les académies de langues.

Selon vous, comment peut-on apprendre l’espagnol plus facilement ?

En tant que professeur de langue, je pense que la grammaire reste indispensable : il faut se mettre devant les tableaux des verbes et les étudier. Mais le facteur décisif, c’est de se mélanger avec des espagnols, pas simplement une heure par semaine,mais avec des amis natifs, ou bien au boulot, plusieurs heures, plusieurs fois par semaine. C’est le seul moyen.

D’ailleurs, je ne comprends pas comment il est possible de vivre en Espagne et de ne pas être immergé. Je connais des Anglais qui habitent ici depuis 10 ans et qui ne parlent toujours pas espagnol. J’ai vraiment du mal à comprendre cela.

Et depuis votre installation à Valence en 2006, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ? Avez-vous vu une évolution, un changement de la ville ?

Je trouve qu’il y a beaucoup plus d’étrangers qui habitent à Valence qu’au moment où je suis arrivé. Beaucoup de Valenciens, d’Espagnols mais aussi d’étrangers sont également partis avec la crise. Depuis les deux dernières années et notamment la nouvelle municipalité, il y a des changements dans la ville qui me correspondent plus. Mais à part le coté économique, c’est resté la ville que c’était au départ.

Parlons de votre passion pour le cyclisme. Vous en faisiez déjà en Belgique ?

J’en faisais déjà beaucoup en Belgique. Je n’ai jamais été fanatique mais oui, j’en faisais. Je pratiquais l’athlétisme également.

Est-ce que votre arrivée à Valence a développé cette pratique cycliste ?

Alors au début, je n’avais pas mon vélo, donc je faisais de l’athlétisme, de petites courses avec de bons résultats. Par la suite, j’ai fait venir mon vélo de Belgique et je me suis inscrit à un club de cyclistes. Ce qui a changé par rapport à la Belgique, c’est bien évidemment le climat et surtout la montagne. La région valencienne est un pays de moyenne montagne qui aide à la pratique du cyclisme. Mais bon j’en faisais déjà en Belgique, cela fait partie de l’ADN local !

Mais attention, je ne fais pas de compétition ! Le club dans lequel je suis est dirigé par un gars qui a beaucoup voyagé, donc il y a pas mal d’étrangers dans ce club, des sud-américains et des allemands, mais la majorité des membres est espagnole.

Avec le club, je m’entraine une fois par semaine. Je ne suis pas fan de ce côté « ne vivre que pour ça », faire attention à son alimentation, cela ne m’intéresse pas du tout. Parfois c’est une fois, deux fois ou rien. Je n’ai pas envie de m’enfermer là-dedans.

Qu’est-ce que vous apprécié lorsque vous faites du vélo ici ?

C’est découvrir des coins que l’on ne verrait pas si on ne faisait pas de vélo. Mais c’est quelque chose que j’aimais déjà en Belgique. Après, avec un certain niveau, on peut aller de plus en plus loin et par conséquent trouver des lieux encore plus éloignés.

Quels sont vos parcours préférés dans la région valencienne ?

Il y en a énormément !  Je dessine beaucoup de parcours mais les cyclistes d’ici connaissent déjà tout. Dès que l’on sort de Valence, on est tout de suite entouré par la montagne, c’est pourquoi les cyclistes connaissent très bien la géographie de la région. Le fait de faire du vélo me permet de recommander des endroits à faire en famille. Par exemple, je pense au parc Naturel de Benifassa, entre Taragone et Teruel, pas très loin de Valence donc. Et puis il y a toute la région de Benidorm et de Javea qui est plus connue pour ses plages et dont les terres sont pourtant très réputées chez les cyclistes.

MAthieu Fréché fait du vélo dans la région de Valencia

Revenons à Valence : dans quel secteur habitez-vous ?

J’habite à Burjassot mais le centre-ville de Valence me manque. Les transports entre Burjassot et Valence fonctionnent assez mal. Je préfèrerais aller dans le quartier de Campanar ou vers l’avenida del Puerto, l’avenida Tarongers … Tant qu’il y a des bars de quartier, je suis content ! (rires)

Qu’est-ce qui fait, selon vous, l’essence de Valence ? Qu’appréciez-vous ou conseilleriez-vous à des amis de passage ?

Les Fallas, pour moi c’est un incontournable ! La Tomatina en revanche, je trouve cela ridicule. De même, d’un point de vue architectural, je conseillerais plutôt Grenade que Valence. Mais par contre, Valence a pour elle sa situation, entre terre et mer, le fait que ce soit une ville à la fois petite et grande, une très grande gastronomie et bien entendu son climat. Je dirais plutôt que c’est un ensemble de choses.

Vous vous voyez vivre encore longtemps ici ?

Bonne question ! (rires) J’ai toujours eu l’impression que je n’allais pas rester longtemps à Valence et en fin de compte, cela fait 11 ans que je suis là. J’ai voulu bouger à Barcelone mais bon, c’est une ville bien plus chère et il y a trop de Français. Je ne dis pas cela contre les Français, mais je pense que je ne me sentirais pas à l’étranger. Mes options seraient de rentrer à Bruxelles, ou bien à Gand qui est une ville sympa. Et pourquoi pas l’Amérique Latine également ! Rien n’est fermé.

Apprendre l’espagnol cela vous ouvre sur tout un continent !

A tous ceux qui se posent des questions sur l’expatriation en général et qui souhaiterais quitter leur pays pour venir s'installer à Valence, que leur conseilleriez-vous ?

Je ne me considère pas comme expatrié. Pour moi, l’Europe c’est tellement petit. Et surtout l’Europe n’a qu’une seule culture. Nous avons plusieurs langues mais une seule culture. Entre Français et Belges, c'est encore plus flagrant. Je n’ai pas l’impression d’être un aventurier ou d’avoir un quelconque mérite car venir ici, ce n'est pas comme si j’étais parti vivre au Sénégal ou au Mexique.

Toutefois, je conseillerais de ne pas venir l’air de rien, d'être bien préparé. J’ai des amis qui ont l’impression que c’est une folie de venir vivre ici mais je pense qu'il ne faut pas hésiter. Cependant, il faut avoir préparé son départ et connaître les possibilités pour les travail, pour le logement. Je lis aussi dans les groupes Facebook de francophones de la région, des gens qui recherchent un médecin ou un dentiste qui parleraient français. Il ne faut pas s’inquiéter de ces aspects-là parce que cela va freiner l’envie de venir.

Il faut savoir se débrouiller tout seul, c’est cela qui va aider à s’intégrer.

Et vous, que vous a appris cette expérience à l'étranger ?

Quand j’étais en Belgique, nous avions toujours cette impression que les français souffraient d'un complexe de supériorité. En arrivant à l’étranger et du fait que nous parlons la même langue, je me suis rendu compte que nous avions un nombre incroyable de choses en commun dont je ne réalisais pas l’existence.

Plus que le pays, ce qui unit les gens dans une même culture, c’est leur langue.

Ce que j’ai appris à l’étranger, c’est que la nationalité, que ce soit pour les amis ou le boulot, ne doit absolument pas intervenir. Quand on habite à l’étranger, généraliser c’est ridicule. Il y a bien certains traits culturels, c’est vrai, mais il y a surtout les traits personnels et chaque personne est différente. Que ce soit en positif ou négatif. 

 

Vous êtes francophone ou vous connaissez un francophone remarquable, qui a vécu des expériences exceptionnelles, qui s'implique dans la vie locale valencienne, qui est un artiste, un sportif ou un entrepreneur admirable ? Envoyez-nous vos propositions d'interviews à l'adresse suivante : valence@lepetitjournal.com

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Shirley SAVY-PUIG

Responsable d'édition - Parisienne de naissance mais Valencienne d'adoption depuis sa plus tendre enfance, cette touche-à-tout aime mettre en lumière la culture espagnole et les personnalités francophones de talent.
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