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Manuella Leclercq : Les liens que l’on tisse ici sont solides

Par Shirley SAVY-PUIG | Publié le 13/10/2017 à 14:10 | Mis à jour le 23/10/2017 à 15:24
« Les liens que l’on tisse ici sont solides, pas superficiels. »

Manuella Leclercq est originaire de Lille. Arrivée à Valence il y a 12 ans pour ses études lors de son Erasmus, elle y est restée par amour. Amour de la ville tout d’abord, puis amour de son conjoint et père de ses deux enfants. Ensemble, il ont lancé un Guide des Plages de Valence et Manuella nous les a fait découvrir tout cet été au travers de sa chronique hebdomadaire. Chaleureuse et pétillante, elle nous parle du Valence qu’elle a connu et de celui de maintenant. Un Valence qu’elle aime profondément.

Lepetitjournal Valence : Pouvez-vous me raconter comment vous êtes arrivée à Valence ?

Manuella Leclercq : Ce n’est pas très original, je suis arrivée en Erasmus. Au départ j’avais fait la demande pour aller en Andalousie parce que j’avais déjà vécu à Cadiz pendant six mois dans le cadre de mes études. J’avais fait mes deux stages en Andalousie, dans une entreprise d’insonorisation acoustique. Ce fût un vrai choc culturel : être dans une petite ville de province andalouse, dans un monde d’homme alors que je n’avais que 19 ans, c’était une vraie claque ! Mais j’ai beaucoup appris. En repartant je me suis dit que si je pouvais comprendre les Gaditanos [NDLR : habitants de Cadiz], je pouvais comprendre n’importe quel espagnol !

J’ai poursuivi mes études universitaires en LLCE (Langue, Littérature et Culture Etrangère) et en Maitrise j’ai refait une demande d’Erasmus. Je voulais retourner en Andalousie, mais j’ai été envoyée à Valence car mon mémoire portait sur la femme entre la IIe République et le début du Franquisme. J’étais vraiment très déçue parce que je ne connaissais pas. Je ne voulais plus partir. J’ai surtout contacté des amis Andalous qui m’ont fait un portrait de Valence qui était effroyable.

Que vous ont dit les Andalous à propos des Valenciens ?

Ils m’ont dit que c’était tous des gitans ou des toxicomanes (rires) ! Je suis donc arrivée à Valence en août 2005. La ville était déserte et je me demandais où j’étais tombée. J’avais réservé mon auberge de jeunesse sur Internet. Il faut se rappeler qu’en 2005, l’internet était beaucoup moins développé que maintenant ! Je me suis donc retrouvée en plein dans le Barrio Chino. Quand je suis arrivée, il faisait une chaleur infernale, il n’y avait personne dans les rues. En face de l’auberge il y avait une bande de toxicomanes qui se shootaient dans un terrain vague. Je sonnais à la porte avec tout mon barda sur moi pour rentrer le plus vite possible. Depuis ma fenêtre je voyais le terrain vague et je me suis demandée où j’avais bien pu atterrir !

Mais très vite finalement, j’ai découvert le reste de Valencia et j’ai vite changé d’avis. C’était une très belle ville avec un gros potentiel. Je n’ai été déçue ni par la ville, ni par les Valenciens et leur accueil est sûrement ce qui m’a fait rester. Ils sont très chaleureux.

On parle souvent des Andalous qui sont peut-être plus exubérants mais les Valenciens sont plus sincères.Valence pour moi c’est la ville idéale

Je suis restée une année de plus et pendant mon Master 2, j’ai fait une demande pour être assistante de conversation dans un village de Castellón.

Et après ?

Après, je me suis installée petit à petit. Je me sentais de plus en plus chez moi. On s’en rend compte lorsque l’on rentre de France et que l’on a l’impression d’être à la maison. J’ai ensuite rencontré le futur père de mes enfants et cela m’a définitivement décidé à rester ici. Je travaillais dans une académie de langue où je m’amusais beaucoup.

Cela va donc faire 12 ans que vous êtes ici. Vous sentez-vous intégrée ?

Je me suis senti intégrée dans la ville très tôt, bien avant de rencontrer mon conjoint. Les gens ici sont très fiers de leur pueblo, de leurs traditions. Ils n’hésitent pas à nous inviter à manger une paella avec leur famille le dimanche. Les liens que l’on tisse sont solides, pas superficiels. En tout cas c’est la sensation que cela me donne ... ou alors j’ai eu beaucoup de chance !

Vous avez vu la ville changer. Comment la trouvez maintenant par rapport à votre arrivée ?

L’évolution a été fulgurante. Les Valenciens peuvent témoigner que même les plages de la Malvarrosa et de la Patacona étaient des dépotoirs où les gens venaient jeter leurs machines à laver et leurs vieux pneus. C’étaient des repères pour les toxicomanes. Il y a eu une évolution considérable qui continue encore aujourd’hui. Le Carmen et le Barrio Chino se sont aussi améliorées. Il y a encore des zones un peu sensibles comme la Zona Cero du Cabanyal mais ce sont des quartiers qui vont s’améliorer petit à petit.

Quelles sont les choses qui vous ont surprises au quotidien dans le caractère des Valenciens ou de la ville que vous n’avez pas retrouvé ailleurs ?

La fusion entre l’ancien et le moderne, que ce soit dans la ville ou dans les gens. On peut retrouver par exemple des Falleros jeunes et moins jeunes. En France, le côté traditionnel fait tout de suite « vieille France ». Ici, il y a une osmose entre l’histoire et la modernité. Dans la ville c’est flagrant : la Cité des Sciences, le Carme, la Marina et j’en passe.

Je pense que la plus grosse révolution cela va être l’annell Cyclista (l’anneau cyciste). C’est bon pour la ville. Il y a encore des choses à améliorer, il provoque des bouchons et c’est ce qui fait râler les gens mais cela va se tasser avec le temps. Ces gros changements ne peuvent être que positifs pour Valence. C’est la ville idéale pour ça.

Vous avez lancé, avec votre conjoint, un guide des plages de la province de Valence. Comment vous est venue l’idée ?

Cela trottait dans la tête de mon conjoint depuis un bon moment. Il a le pied marin et il adore la mer. Il navigue et quand il était jeune, il était animateur de voile à Alcossebre. La mer c’est vraiment son truc, il ne pourrait pas vivre sans. Il y a beaucoup de plages dans la région qui sont méconnues. A Valence, on a tendance à aller au Cabanyal, à la Malvarrosa, au mieux à la Patacona. Et puis il y a beaucoup de touristes ou d’expatriés qui ne vont pas prendre la voiture, partir à l’aventure sans savoir où ils vont mettre les pieds.

Nous l’avions sorti en papier afin de pouvoir l’avoir toujours sur soi, dans son sac, la boite à gant, etc. Mais cela coûte cher. Le format numérique est beaucoup plus pratique, plus économique et la diffusion est bien plus importante.

Et quelle est votre plage préférée à tous les deux ?

Alors pour se baigner Canet sans hésiter. C’est calme mais il y a aussi beaucoup d’activités. Il n’y a pas trop de touristes et on a pied vraiment très loin. Les enfants peuvent jouer dans l’eau sans soucis. Mais pour ce qui est du paysage et des promenades, je dirais El Saler même si pour se baigner, c’est sans les enfants car il y a pas mal de courant. On peut y aller en vélo, il y a une piste cyclable qui part de la Cité des Sciences en plus.

Si on parle de toute la Communauté Valencienne, je sais que les gens aiment beaucoup les plages du sud comme celle de Dénia avec la zone de las Rotas ou Javéa. Mais il ne faut pas oublier que le Nord regorge de très belles plages également. On a un faible pour Alcossebre et les plages de la Serra d’Irta : c’est le paradis ! Mais il ne faut pas le dire (rires).

Manuella sur la plage de la Sierra d'Irta (Castellón)
Manuella sur la plage de la Sierra d'Irta (Castellón)

 

Après quasiment 12 ans à Valence, que retenez-vous de votre expérience ici ? Est-ce que vous vous voyez rentrer en France ?

Maintenant que j’ai fondé une famille ici, c’est difficile. Quand je suis arrivée à Valence, je fuyais les français comme la peste. Je ne savais pas pour combien de temps j’étais là, donc je voulais profiter de la ville à 100%, je voulais connaitre la ville, les gens, leur façon de vivre, leur culture. Donc j’étais très fermée vis à vis des français. Et au fil du temps c’est le contraire. Quand je me suis rendue compte que cela faisait 10 ans que j’étais ici, la France à commencer à me manquer. La France me manque et je ne lis plus qu’en Français, j’écoute beaucoup plus de musique française.

Quand je suis arrivée à Valence, je fuyais les français comme la peste. Je ne savais pas pour combien de temps j’étais là, donc je voulais profiter de la ville à 100%, je voulais connaitre la ville, les gens, leur façon de vivre, leur culture

Avec vos enfants, vous parlez en français. Est-ce que vous souhaitaient qu’ils apprennent le valencien également ?

Bien sûr. Je les ai envoyés au lycée français pour qu’ils baignent dans une culture française mais je veux qu’ils baignent aussi dans une culture espagnole et valencienne. Je veux qu’ils connaissent le valencien car cela fait partie de leur patrimoine culturel. Si la langue française va leur ouvrir les portes des Universités françaises par exemple, le Valencien leur ouvrira des portes pour travailler ici. Dans la fonction publique, c’est obligatoire notamment.

SI vous deviez faire un bilan de ces 12 années passées à Valence, avez-vous des regrets ?

Je ne regrette rien. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies ici. C’est marrant parce que cela fonctionne comme les quartiers. Au fil de mes déménagements, j’ai l’impression d’avoir été dans une ville différente. J’ai vécu du côté de Blasco Ibañez, puis Plaza del Cedro, ensuite Suquer, Benimaclet. C’est un petit village en fait. Pour moi cela correspond à des étapes, à des phases, des condensés de vies. J’ai vécu plein de choses.

Si vous aviez un top 5 des choses représentatives de Valence, lesquelles donneriez-vous ?

Les Fallas forcément ! Mais elles deviennent aussi une fête musée. Quand je suis arrivée il y a 12 ans, on pouvait encore les vivre. Maintenant il y a beaucoup trop de monde. D’autres lieux typiques ce sont le marché central, la Plaza de la Virgen et tout le centre historique, le Turia et l’Albufera. Mais il y a tellement de choses à voir, j’ai tellement de restaurants qui me viennent à l’esprit que je m’y perds.

Et pour ceux qui souhaitent vivre l’aventure de l’expatriation, à Valence ou ailleurs, que leur conseillez-vous ?

Pour des expatriés, je recommande de lire Nancy Houston, une écrivaine canadienne expatriée en France et qui a écrit un livre qui s’appelle Nord Perdu suivi d’un essai Douze Frances. Dans Nord Perdu elle explique bien tous les stades par lesquels passe l’expatrié. On perd le Nord, on est incompris et ensuite la découverte d’un pays et de ses différentes facettes. Dans Douze Frances elle dresse 12 petits portraits de la France. Donc elle explique le déracinement puis l’enracinement avec l’appropriation de la langue, de la culture mais  toujours avec cet état de flottement que peut vivre l’expatrié qui n’est plus de là-bas mais pas d’ici. C’est un peu le revers de la médaille du biculturalisme.

 

Vous êtes expatriés ou vous connaissez un expatrié remarquable, qui a vécu des expériences exceptionnelles, qui s'implique dans la vie locale valencienne ou francophone, qui est un artiste, un sportif ou un entrepreneur admirable ? Envoyez-nous vos propositions d'interviews à l'adresse suivante : valence@lepetitjournal.com

 

 

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Shirley SAVY-PUIG

Responsable d'édition - Parisienne de naissance mais Valencienne d'adoption depuis sa plus tendre enfance, cette touche-à-tout aime mettre en lumière la culture espagnole et les personnalités francophones de talent.
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