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UKRAINE – Entre manigances et désillusion, reste t-il un espoir ?

Les élections du 7 février prochain en Ukraine laisseront à celui qui l'emportera un énorme challenge politique économique et financier à relever, en partie dû à l'ancien chef d'Etat Viktor Ioutchenko. Ce dernier sorti au premier tour fait par la même occasion une croix sur une quelconque résolution de son affaire d'empoisonnement

Depuis le 17 janvier on sait que le pro-russe Viktor Ianoukovitch (photo AFP) - 35,36 % des suffrages exprimés - devra affronter la Premier ministre Ioulia Timochenko - 25 % des votes - au second tour de la présidentielle en Ukraine le 7 février prochain. L'ancien chef de l'Etat, Viktor Ioutchenko s'est vu relégué en 5e position, totalisant à peine 5,51 % des voix. Le héros de la "Révolution orange"de fin 2004 paye son impopularité au terme de 5 ans de gouvernance.

Elections : une situation politique tendue
Le vainqueur de la Présidentielle pourrait bien regretter son élection tant ce sera un challenge de relever ce pays déstabilisé politiquement, en proie à la corruption et la crise économique, sous perfusion financière du Fonds monétaire international (FMI) depuis plus d'un an.
L'Ukraine demeure écartelée entre russophiles, pro-atlantistes, et pro- européens. Le président Iouchtchenko avait tourné le dos à Moscou, mais les deux candidats devraient revenir à un équilibre subtil des rapports de force. Si la porte de l'adhésion européenne n'est pas ouverte pour l'instant, l'Europe a aussi tout intérêt à la stabilisation du pays en raison de sa position stratégique pour le transit gazier. En revanche, l'adhésion à l'OTAN n'est au programme pour aucun des deux candidats.
Mais c'est surtout de l'intérieur que le pays devra se stabiliser. Si le premier tour, du point de vue des observateurs extérieurs s'est bien passé, le thème des fraudes électorales reste éminemment sensible, après que la justice a invalidé le scrutin présidentiel de 2004 et la victoire proclamée de Ianoukovitch, ouvrant la voie à l'arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko.

L'affaire de l'empoisonnement s'enlise
Il lui faudra aussi ranimer la foi d'Ukrainiens désabusés par la politique, cinq ans à peine après les immenses espoirs suscités par la Révolution orange. L'affaire de l'empoisonnement de Viktor Iouchenko avait aussi secoué l'opinion. Et cinq ans après les faits, on n'est guère plus avancé. Selon la théorie la plus répandue, de la dioxine lui aurait été administrée lors d'un dîner dans la datcha de Volodymir Satsiuk, le chef-adjoint du SBU (service de sécurité ukrainien). Seuls le chef du SBU Ihor Smetchko et un milliardaire qui avait organisé le rendez-vous David Jvania, y participaient. Il aura fallu ensuite six mois avant que l'enquête de démarre. Deux personnes sont officiellement recherchées : Ihor Smetchko et son ex-adjoint, Volodymir Satsiuk. Tous deux vivraient actuellement en Russie.

Seuls des témoins volontaires ont été entendus et une commission d'enquête parlementaire a même mis en doute l'existence de l'empoisonnement. Le Dr Olga Bogomoletz, qui fut le médecin personnel de Viktor Iouchtchenko aussitôt après les faits est pourtant convaincue du contraire, avec à l'appui de ses déclarations de nombreuses analyses menées dans des laboratoires occidentaux. Oleg Ribatchouk, l'ex-directeur de campagne du président, s'étonne de n'avoir été entendu que quatre ans après les faits. Concernant les rumeurs sur la volonté du président même d'enterrer l'affaire, il est formel, il n'y a jamais eu de demande de sa part.

Une fois que l'ancien héros aura quitté le pouvoir, il est à craindre que l'enquête s'enlise définitivement, laissant une fois de plus un goût amer de suspicion et de désengagement dans la bouche des Ukrainiens.

Laetitia Gueugnon (www.lepetitjournal.com) vendredi 5 février 2010

Voir aussi
La Croix : En Ukraine, l'empoisonnement du président Iouchtchenko demeure inexpliqué
Le Monde : En Ukraine, Ianoukovitch et Timochenko s'affronteront pour la présidence

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