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Exposition exceptionnelle sur le Dit du Genji au musée national de Kyoto

Néophytes comme connaisseurs, l’exposition « Tale Of Genji : Radiant Culture of the Japanese Imperial Court » vous séduira par l’ampleur des richesses exposées autour de l’œuvre de Murasaki Shikibu, le Dit du Genji souvent considéré comme le premier roman psychologique de la littérature, un chef d’œuvre de la littérature japonaise datant de l’ère Heian. L’exposition a débuté le 6 octobre et continue jusqu’au 29 novembre 2026 au Musée national de Kyoto, avec une rotation de certaines œuvres.

Le dit de GenjiLe dit de Genji
Écrit par Hélène Grison
Publié le 5 novembre 2026

Une autrice à la cour impériale

L’autrice du Dit du Genji est Murasaki Shikibu (973-1025), elle vit à l’époque Heian considérée comme l’âge d’or de la cour impériale de Kyoto. L’époque de Heian fait suite à l’époque de Nara.

Murasaki Shikibu est de la famille puissante des Fujiwara, aristocrates fonctionnaires, qui détient effectivement le pouvoir exécutif grâce à une politique matrimoniale habile qui oblige chaque fils d’empereur à épouser une femme du clan Fujiwara. Murasaki Shikibu écrit ce roman alors qu’elle sert comme dame d’honneur à la cour de Kyoto. Autrice renommée dès son époque, elle composera aussi des poèmes sur la splendeur de la cour impériale à Kyoto et rédigera un journal intime.

Le Dit du Genji : un chef d’œuvre littéraire précurseur

Écrite aux environs de l’an 1000, le Dit du Genji est une œuvre extrêmement complexe, recueil de 54 livres et de poèmes, équivalent de 1300 pages en version traduite. Présentant plus de 200 personnages, l’histoire principale est le destin tumultueux du prince Hikaru Genji.

Fils d’empereur mais non destiné à régner, riche, fin d’esprit et habile politique, extrêmement beau et séducteur, le Genji multiplie les rencontres et les maîtresses. Son personnage évolue dans le faste et la chute, dans la lumière et dans l’exil, dans la sagesse et l’excès, dans la fidélité et l’infidélité, dans les amours contrariés et les amours condamnables. Le roman présente de très beaux personnages féminins : des femmes belles, fortes, fines et raffinées, mais aussi simples et plus effacées. Murasaki Shikibu a su incarner ainsi la femme dans ses multiples facettes : amoureuse, épouse, maîtresse, mère, jeune fille et enfant. Cette œuvre est considérée comme le premier roman psychologique du monde car Murasaki Shikibu s’attache à écrire une histoire des jeux de pouvoir et de séduction mais surtout à décrire des personnages, leurs émotions et leurs monologues intérieurs. La nature, le changement des saisons et l’impermanence des choses sont prégnantes dans toute l’œuvre également.

Dès la parution de l’ouvrage, des artistes développent une iconographie extrêmement riche du Dit du Genji en peinture, puis en sculpture, puis en arts décoratifs, en estampes et enfin en manga.

Cette œuvre est clé dans l’imaginaire du Japon depuis plus de 1000 ans et continue d’irradier les artistes japonais contemporains.

Des chefs d’œuvres artistiques autour de cette œuvre littéraire unique

L’exposition au musée national de Kyoto présente des chefs d’œuvres exceptionnels.

- Le Teikabon (littéralement : la version du poète Teika)

Si l’original du roman a disparu, de nombreux scribes ont repris au cours du temps le Dit du Genji. L’exposition présente le Teikabon, une version manuscrite du Dit du Genji corrigée et fixée au XIIIe siècle par Fujiwara no Teika, poète et lettré. Du 3 au 15 novembre 2026, les cinq fascicules encore conservés du Teikabon seront présentés ensemble pour la première fois.

- Les rouleaux narratifs illustrés du Dit du Genji 

Le Genji monogatari emaki est un rouleau illustré du XIIe siècle classé trésor national, il est représenté pendant toute l’exposition, mais par une scène différente.  (Pour les connaisseurs : 6 au 18 octobre : « Kashiwagi I », chapitre 36 ; 20 octobre au 1er novembre : « Suzumushi II », chapitre 38 ; 3 au 15 novembre : « Hashihime », chapitre 45 ; 17 au 29 novembre : « Yadorigi III », chapitre 49.)

Ces rouleaux narratifs illustrés alternent image et texte, à savoir des compositions raffinées représentant des moments clés du roman et des textes en calligraphie élégantes.

Les traits des personnages sont stéréotypés : leurs yeux sont un trait horizontal, le nez est en forme de crochet, et la bouche est constituée d’un point rouge. Le visage est ainsi réduit à une formule graphique appelée hikime kagibana (littéralement « un trait pour l’œil, un crochet pour le nez »).

Quant aux décors, ils sont rendus à travers la technique des toits enlevés appelée Fukinuki yatai (littéralement toits arrachés) : les scènes prennent place dans des intérieurs de palais japonais, organisées par des cloisons, et sont vues du dessus, comme si le toit avait disparu. L’ensemble est d’une extrême finesse et d’une remarquable beauté, traduisant la cour raffinée de l’époque Heian.

- Des paravents, des rouleaux et des manuscrits remarquables

L’exposition présente un nombre impressionnant de rouleaux, manuscrits, paravents avec des albums illustrés. Toutes ses œuvres sont des compositions raffinées réalisées avec minutie et une recherche esthétique remarquable.

Se distinguent les paravents de Tosa Mitsuyoshi et de Tawaraya Sōtatsu, et en particulier le paravent aux éventails épars selon le concept ōgi-nagashi : le paravent donne l'impression visuelle d'un ensemble d'éventails anciens flottants et dispersés à la surface de la feuille d'or. Sur chaque éventail des épisodes du Dit du Genji sont présentés. Le paravent constitue pour les connaisseurs une véritable synthèse visuelle du roman, chaque éventail évoquant un épisode emblématique du récit.

- Des objets d’arts décoratif exceptionnels

L’exposition montre aussi des objets magnifiques, notamment une bibliothèque portative en bois laquée destinée à contenir les volumes Dit du Genji ou encore un jeu de mémoire traditionnel japonais, Kai-awase, réalisé à partir de coquilles de palourdes géantes, recouvertes de feuilles d’or et illustrées des 54 chapitres du Dit du Genji.

Le Dit du Genji une source d’inspiration inépuisable pour beaucoup d’artistes.

 L’exposition distingue l’impact sur la création littéraire, poétique, artistique mais aussi théâtrale, en mettant en valeur les pièces du théâtre No s’inspirant du Dit du Genji.

 

Pour aller plus loin

- Toutes les informations sur l'exposition :

https://www.kyohaku.go.jp/eng/

- Découvrir Itarô Yamaguchi un maître tisserand japonais du XXe siècle. Originaire du quartier de Nishijin à Kyoto, figure majeure de l'art textile traditionnel, il a tissé une réinterprétation intégrale des rouleaux narratifs peints du Dit du Genji (Genji Monogatari emaki).

- Ecouter un podcast dédié à Murasaki Shikibu

https://www.maisondumochi.fr/magazine/le-podcast-tsukimi-episode-32-murasaki-shikibu-dame-de-cour-et-ecrivaine-au-xie-siecle/

- Lire l’épopée de Genji en manga :  Asaki Yume Mishi de Waki Yamato et en version condensée Le Dit du Genji de Sean Michael Wilson et Inko Ai Takita

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