

N'était-ce pas sacrilège de mettre dans les mains d'Hollywood l'adaptation du célèbre reporter en culotte courte ? Même avec aux manettes deux formidables conteurs, Steven Spielberg et Peter Jackson ? Mille milliards de mille sabords, LePetitJournal.com devait tout de suite en avoir le c?ur net, ces marins d'eau douce, grands escogriffes et saltimbanques étaient-ils dignes du mythe Tintin
Tintin et le Secret de la licorne ne sortira que fin décembre aux Etats-Unis après sa sortie en Europe, en Asie et dans le reste du monde où le reporter à la mèche rebelle est beaucoup plus célèbre
Les aventures de Tintin ont fait le tour du monde au sens propre comme au figuré et ont été écrites par Hergé sur près de cinquante ans de 1929 à 1976. Ironie du sort, c'est par un des pays où elles ont eu le plus de mal à percer que va naître cette super production, Tintin et le Secret de la Licorne. Malgré les efforts répétés de Hergé, les Etats-Unis ont en effet été très longtemps hermétiques au reporter à la fameuse houpette, la faute à une culture Comics très éloignée de la bande-dessinée belge et européenne. En Chine, en revanche, Tintin est un vrai succès, depuis sa première édition officielle en 2001 ? après des contrefaçons qui avaient depuis longtemps déjà séduit les lecteurs - 4 millions d'exemplaires se sont vendus (215 millions à travers le monde depuis 1934).
Une BD au succès planétaire mais qui ne perce pas au pays des Comics
Mais si ce projet voit le jour aujourd'hui, c'est du fait de la volonté de deux poids lourds du cinéma international, Peter Jackson (le néo-zélandais, réalisateur de la Trilogie du Seigneur des Anneaux et de King Kong) et Steven Spielberg. Le premier est un fan de la première heure, le second a découvert Tintin en 1981, en lisant une critique française du premier opus d'Indiana Jones, Les Aventuriers de l'Arche Perdue, qui faisait le rapprochement entre les deux personnages.
C'est d'ailleurs bien la mondialisation qui a permis un tel projet, les producteurs ayant décidé de le sortir en Europe et dans le monde entier avant les Etats-Unis. Pari audacieux vu d'Hollywood mais probablement judicieux, le buzz étant nécessaire pour rendre ce projet attractif auprès des familles américaines, abreuvées de films d'animations ou de super-héros. En France, le film a déjà dépassé les 5 millions d'entrées, dans le monde, les 200 millions de dollars de recettes. Même si les yankees ne lui réservent pas un grand succès, la rentabilité du film est donc déjà largement assurée. 
Teenteen & Snowy, alias Tintin et Milou
A mi distance entre Tintin et Indiana Jones, une belle prouesse technologique et un spectacle familial
Mais revenons en au film. Il emprunte à trois épisodes, Le crabe aux pinces d'or pour la rencontre entre Tintin et le capitaine Haddock, Le secret de la Licorne et une partie de Rackham Le Rouge qui servira également de trame au prochain opus réalisé par Peter Jackson. Le film commence magistralement avec un magnifique générique qui rappelle celui de Catch me if you can, du même Spielberg. Avec un traitement 2D, il nous laisse imaginer ce qu'il aurait pu faire avec un traitement plus classique et plus proche du dessin d'Hergé. Mais force est de reconnaître qu'après quelques secondes d'acclimatation, le choix de la motion capture, avec ces personnages reconstitués à partir du jeu de véritables acteurs est une véritable réussite. Ici, contrairement à de nombreux projets utilisant ce procédé, le spectateur n'a pas l'impression d'un décalage entre le comportement des personnages et le décor animé. C'est grâce à une caméra utilisée pour la première fois au monde par Spielberg sur ce film, lui permettant lors du tournage des scènes avec les comédiens d'avoir directement sur un écran de contrôle tout le décor dont ils font partie et ainsi d'ajuster beaucoup plus précisément leur placement et leur jeu. Si la fluidité de la mise en scène est donc une réussite et si le jeu des comédiens « animés » est dans l'ensemble très fin, deux petites déceptions sur l'aspect technique : le personnage principal n'est pas et ne peut être Tintin et il est difficile d'oublier complètement pour les tintinophiles les traits dessinés par Hergé ; et les regards de Tintin et du Capitaine Haddock sont étonnamment peu expressifs, peinant ainsi à transmettre l'émotion des personnages.

Le Capitaine Haddock aura de multiples raisons d'être assoiffé durant ces aventures
Quant à l'aventure proprement dite, véritablement à mi-distance entre Indiana Jones et Tintin, elle est rondement menée et s'adresse à un public familial venu déguster du grand spectacle bon enfant comme Spielberg le maîtrise si bien. Paradoxalement, c'est d'ailleurs presque plus lorsque Spielberg se concentre sur les personnages, de Haddock à Milou (Snowy) et aux Dupond et Dupont (Thomson & Thompson) que le spectacle prend son véritable envol, les scènes d'action étant parfois un peu trop conventionnelles. Mais la poursuite en side-car (avec le Capitaine Haddock à la place de Sean Connery) et la mèche de Tintin dépassant de l'eau sont respectivement d'amusants clins d'?il à Indiana Jones et la dernière croisade et aux Dents de la Mer. Reste que la plume d'Hergé perd beaucoup à la traduction et que les logorrhées du Capitaine Haddock n'ont pas la même saveur et le même exotisme, même si Andy Serkis, le Gollum du Seigneur des Anneaux, endosse le costume du capitaine avec brio.
Pari aux trois-quarts réussi donc qui ne satisfera sûrement pas complètement les inconditionnels nostalgiques de Tintin mais qui est assurément un beau spectacle Grand Ecran pour les 7 à 77 ans.
Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), vendredi 25 novembre 2011
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