Édition internationale

Thaïlande-Royaume-Uni : un pacte commercial pour naviguer dans un monde fracturé

Anutin Charnvirakul a appelé mercredi 1er avril 2026 à un accord de libre-échange avec Londres, sur fond de guerre commerciale américaine et de choc pétrolier au Moyen-Orient.

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Écrit par Baptiste PICOT
Publié le 3 avril 2026


 

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul profite d’une réception marquant les 170 ans de relations diplomatiques entre Bangkok et Londres pour lancer un appel à la conclusion d’un ALE (accord de libre-échange) bilatéral. La Thaïlande et le Royaume-Uni ont déjà élevé leurs relations au rang de partenariat stratégique en mars 2024, puis signé en septembre de la même année un accord commercial renforcé simplifiant les procédures douanières et facilitant l’accès aux marchés dans des secteurs comme la haute technologie, les services numériques et la santé. Pour Anutin Charnvirakul, ce cadre reste insuffisant. « Nous devrions viser encore plus haut », déclare-t-il devant l’ambassadeur britannique Mark Gooding et les invités de la soirée.

 

L’ASEAN sous pression tarifaire

 

Depuis avril 2025, l’administration Trump bouleverse le commerce mondial en imposant des droits de douane dits « réciproques » à la quasi-totalité de ses partenaires. La Thaïlande est visée à 36%, le Vietnam à 46%, le Cambodge à 49%. Face à cette pression, des négociations bilatérales s’ouvrent rapidement avec Washington. Très vite, l’unité régionale vole en éclats. Faute de réponse commune, chaque pays négocie seul avec les États-Unis. Le Vietnam ouvre la voie en proposant une suppression totale de ses droits sur les produits américains. L’Indonésie obtient un tarif ramené à 19% en échange d’un accès quasi total à son marché. Le Cambodge tente de faire pression diplomatiquement pour éviter une taxation trop lourde. La Thaïlande suit une stratégie similaire : augmentation des importations américaines et réduction de certaines barrières non tarifaires. Résultat, là aussi, un taux fixé à 19%. Cette course aux concessions montre rapidement ses limites. Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis invalide le fondement juridique de ces tarifs. L’administration Trump réagit en instaurant une taxe mondiale de 15% sur une nouvelle base, tout en lançant de nouvelles enquêtes commerciales. Les pays ayant négocié se retrouvent exposés à de nouvelles mesures, sans garantie de stabilité.

 

L’Europe entre concession et résistance

 

À l’inverse de l’Asie du Sud-Est, l’Europe mise sur une réponse collective, sans éviter les concessions. À l’été 2025, Bruxelles et Washington s’accordent sur un cadre commercial qui fixe autour de 15% les droits de douane sur une large partie des exportations européennes. Dans le détail, les termes restent flous et évolutifs. L’Union européenne accepte une ouverture accrue de son marché, sans que l’équilibre précis des concessions ne soit toujours clairement établi. L’accord permet de contenir l’escalade, sans réellement la régler. Il est critiqué en interne et reste soumis à des ajustements réguliers. Les menaces de nouvelles mesures américaines persistent, entretenant une incertitude durable.

 

Ormuz, le second choc

 

Sans lien de cause à effet avec la guerre commerciale américaine, une autre crise s’abat sur une économie mondiale déjà sous tension. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lancent des frappes aériennes coordonnées contre l’Iran. En réponse, les Gardiens de la Révolution annoncent la fermeture du détroit d’Ormuz. Le trafic des pétroliers chute d’abord de 70% avant de tomber pratiquement à zéro. Le détroit représente le passage de 20% de l’approvisionnement pétrolier mondial. Le Brent dépasse 100 dollars le baril le 8 mars 2026 pour la première fois depuis quatre ans, atteignant jusqu’à 126 dollars au pic de la crise. Pour l’Asie du Sud-Est, le choc est particulièrement brutal. Le continent asiatique représente 84% des exportations de pétrole brut transitant par le détroit. Contrairement au Japon, à la Chine ou à la Corée, les pays d’Asie du Sud-Est disposent de réserves stratégiques limitées pour absorber un blocage prolongé. La Thaïlande, importatrice nette d’énergie, se retrouve ainsi prise en tenaille : droits de douane américains instables d’un côté, approvisionnement énergétique menacé de l’autre. Ce que les analystes décrivent comme une double exposition inédite depuis la stagflation des années 1970.

 

Ce que cela change sur le long terme

 

Dans ce contexte, la demande d’Anutin Charnvirakul prend tout son sens. La Thaïlande négocie déjà un ALE avec l’Union européenne, avec un objectif de conclusion mi-2026 après plusieurs cycles de discussions. Elle cherche aussi à diversifier ses partenaires vers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique latine. Le Royaume-Uni reste un partenaire secondaire, classé 22e, avec 2,6 milliards de dollars d’échanges au premier semestre 2025. Les exportations thaïlandaises concernent surtout le poulet transformé, les véhicules, les machines et les bijoux. Pour Londres, l’enjeu est similaire. Depuis le Brexit, le pays renforce sa présence en Asie-Pacifique, notamment à travers un accord régional incluant déjà plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. Un accord avec la Thaïlande permettrait de compléter ce dispositif. Dans un contexte de tensions commerciales et énergétiques, ce rapprochement prend une dimension stratégique.

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