La guerre israélo-américaine contre l'Iran menace l'approvisionnement pétrolier thaïlandais. Bangkok dévoile un plan d'urgence en trois phases. Le pays est déjà en phase 2.


La guerre israélo-américaine contre l'Iran perturbe les marchés mondiaux du pétrole et fait peser une menace réelle sur l'approvisionnement énergétique de la Thaïlande. Face à cette pression, le gouvernement a présenté mardi 31 mars un dispositif d'urgence gradué en trois phases. Nuttaa Mahattana, porte-parole du Centre de surveillance de la situation au Moyen-Orient, en a détaillé la logique : phase 1, ralentissement des expéditions maritimes à impact limité ; phase 2, fermeture du détroit d'Ormuz pendant plus d'un mois avec maintien partiel des approvisionnements en brut ; phase 3, arrêt complet des importations depuis la région. Déjà en phase 2, les autorités ont diversifié leurs sources d'importation, gonflé le mélange de biocarburants et restreint les exportations aux seuls usages essentiels. Six raffineries tournent à 110% de leur capacité normale. À ce stade, tout va encore à peu près bien.
Le pire reste sans doute à venir
La phase 3 supposerait la fermeture simultanée des deux étranglements vitaux du commerce pétrolier mondial. Ormuz contrôle la sortie du Golfe persique. Bab el-Mandeb, entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, commande l'accès à la mer Rouge et au canal de Suez. Si les deux se ferment, le pétrole du Golfe n'a plus de route vers l'Asie. Le ministère de l'Énergie a précisé ce que cela signifierait pour la Thaïlande : hôpitaux et ambulances servis en priorité, consommation d'électricité sous contrôle, stations-service aux horaires réduits et centres commerciaux contraints de baisser le rideau plus tôt.
Un gouffre de 42 milliards
Le fonds pétrolier, qui sert de tampon entre les marchés mondiaux et le portefeuille des Thaïlandais, se délestait déjà de 1,5 milliard de bahts par jour au 31 mars. Son déficit cumulé atteignait 42,1 milliards de bahts. Le prix de référence du pétrole raffiné à Singapour a touché 238 dollars le baril. Le diesel est passé à 40,74 bahts le litre contre 38,94 bahts quelques jours plus tôt. Pour combler le déficit, le gouvernement veut autoriser le fonds pétrolier à emprunter davantage : le plafond légal serait relevé de 40 à 150 milliards de bahts via décret royal. L'État se porte garant. Les finances publiques le permettent encore, la dette du pays restant sous le seuil légal autorisé. C'est d'ailleurs un mécanisme connu : en 2022, lors de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, le même principe avait été activé et le fonds avait absorbé environ 120 milliards de bahts de pertes pour contenir les prix à la pompe. Pour les 13,4 millions de titulaires de cartes d'aide sociale, le ministère des Finances propose un supplément mensuel de 100 bahts, soit 1,3 milliard de bahts au total. La mesure devrait figurer parmi les premiers dossiers du nouveau gouvernement la semaine prochaine.












