Édition internationale

À Davos, la Thaïlande est venue se présenter peut-être un peu trop belle

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances thaïlandais était au Forum économique mondial, en Suisse, pour présenter les atouts de son pays. Une vision un peu idyllique…

Ministre des Dinances thaïlandais à DavosMinistre des Dinances thaïlandais à Davos
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 23 janvier 2026


En ouverture du Forum économique mondial de Davos 2026, en Suisse, le vice-Premier ministre et ministre des Finances thaïlandais a présenté les « Nouvelles voies de croissance » pour son pays. Ekniti Nitithanprapas a tenu à souligner la neutralité géopolitique de la Thaïlande, espérant ainsi attirer les investisseurs dans quatre secteurs cibles.

Du 19 au 23 février, la délégation « Team Thailand », également composée du ministre du Commerce, de représentants du ministère des Affaires étrangères et de chefs d'entreprise thaïlandais, s’est évertuée à envoyer un signal clair à la communauté internationale : la Thaïlande est prête à devenir un nouveau pôle économique au sein de l'ASEAN.

 

La Thaïlande serait devenue un « havre de paix » pour les investisseurs

Depuis la Suisse, le ministre thaïlandais des Finances a accordé une interview exclusive au quotidien Krungthep Turakij, entretien au cours duquel il a évoqué la vision qu'il a présentée lors de la session « Nouvelles voies de croissance dans l'ASEAN ». Il a déclaré qu'au milieu d'une tempête de conflits géopolitiques mondiaux, la Thaïlande est devenue un « havre de paix » pour les investisseurs, grâce à sa neutralité géopolitique, un avantage qui soutient le potentiel de la Thaïlande en tant que base de production pour les exportations vers la Chine, les États-Unis et l'Europe.

 

Quatre industries stratégiques thaïlandaises

Concernant les opportunités d'investissement, celui qui est vice-Premier ministre par intérim jusqu’aux élections du 8 février 2026, a déclaré que la priorité était donnée à quatre industries stratégiques dans lesquelles la Thaïlande se distingue et a suscité un intérêt particulier de la part des investisseurs :

  • L'électronique intelligente, en particulier l'industrie des circuits imprimés, qui comprend actuellement plus de 200 projets d'investissement d'une valeur totale de 300 milliards de bahts.
  • L’industrie alimentaire et biotechnologique, notamment les aliments pour animaux de compagnie et les solutions biotechnologiques.
  • Les véhicules électriques (VE).
  • Les services de bien-être, services liés à la santé, utilisant le soft power de la santé publique pour créer de la valeur économique.

Il a ajouté qu'il y avait également eu des discussions avec UpLink, la branche de promotion des start-up du Forum économique mondial, sur la co-organisation d'un événement pour présenter le potentiel des startups thaïlandaises, en particulier dans les quatre secteurs cibles mentionnés.

 

Des défis urgents pour maintenir la compétitivité

Ekniti Nitithanprapas a reconnu que, bien que la Thaïlande attire l'intérêt des investisseurs, des défis majeurs doivent être relevés de toute urgence pour maintenir la compétitivité :

  • Dans l’électricité verte, accélérer les investissements dans les énergies propres pour répondre aux règles du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne.
  • Dans le perfectionnement et la requalification, améliorer les compétences des travailleurs thaïlandais dans le domaine du numérique et de l'IA pour concurrencer des rivaux tels que le Vietnam.
  • Accélérer les négociations d'accords de libre-échange (ALE), en particulier avec l'Union européenne, en notant que la Thaïlande n'a actuellement d'ALE qu'avec 17 pays, ce qui, selon lui, est encore trop peu.
  • Élaborer rapidement une réforme réglementaire afin d’améliorer les règles et les procédures qui ont constitué des obstacles, afin de faciliter les investissements.

 

Instabilité politique et économique

Et l’instabilité politique intérieure dans tout ça ? Le ministre bientôt sortant a affirmé  que, même si la Thaïlande a actuellement un gouvernement intérimaire pendant la période électorale, les fondamentaux de l'économie thaïlandaise restent solides. Le secteur privé continue d'investir et de nombreux partis politiques partagent un intérêt pour les politiques visant à renforcer la compétitivité nationale, à saisir les opportunités offertes par le changement mondial et à améliorer durablement la qualité de vie des citoyens. Soyons honnêtes, les soubresauts et soucis profonds de l’économie thaïlandaise ne nous obligent pas à le croire sur parole.

Tirant toujours la couverture dans un sens qui l’arrange bien, il a ajouté que ce qui est visible à Davos, c'est que les règles mondiales ont considérablement évolué en raison des conflits géopolitiques, affaiblissant les cadres multilatéraux tels que les Nations-Unies (ONU), l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), autant d’opportunités majeures pour l'ASEAN…

 

Le rôle international élargi de la Thaïlande

Ekniti Nitithanprapas a conclu cet entretien en évoquant le calendrier international  de la Thaïlande pour 2026. Son pays présidera l'Accord-cadre sur économie numérique de l'ASEAN (DEFA) afin de façonner les règles numériques et la gouvernance de l'IA. La Thaïlande se prépare également à accueillir les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, en octobre 2026, autour du thème « Nouveaux horizons : autonomiser les populations et renforcer la résilience », afin de démontrer son potentiel en tant que centre financier régional.

Ses rencontres privées à Davos peuvent également aiguiller sur ses priorités : intégrer l’OCDE et attirer des capitaux hongkongais pour investir dans les centres de données, la logistique et les technologies de pointe.

 

 

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