Le 16 mars 2026, lors de sa 1.000e réunion, la Commission de régulation de l'énergie thaïlandaise a ouvert une consultation publique sur trois scénarios tarifaires pour la période de mai à août 2026.


Le 16 mars 2026, lors de sa 1.000e réunion, la Commission de régulation de l'énergie thaïlandaise, l'ERC, a ouvert une consultation publique sur le tarif variable de l'électricité. Trois scénarios sont sur la table pour la période de facturation de mai à août 2026, trois façons différentes d'ajuster la facture des consommateurs dans un contexte énergétique mondial particulièrement tendu.
La guerre entre les États-Unis et l'Iran perturbe le transport pétrolier dans le détroit d'Ormuz et fait grimper le prix du gaz naturel liquéfié à près de 20 dollars par million de BTU. C'est un choc direct pour la Thaïlande : le gaz naturel représente 60% des combustibles utilisés pour produire de l'électricité dans le pays. Le prix moyen du gaz devrait bondir de 23% sur la période mai à août. La demande d'électricité, elle, va augmenter de 7.2% sur la même période à cause de la chaleur. Le tout dans un contexte de baht fragilisé qui renchérit encore les importations. À cela s'ajoute une dette ancienne. L'EGAT, l'Autorité de production d'électricité de Thaïlande, et PTT, le géant pétrolier d'État, ont absorbé une partie des coûts énergétiques lors des crises précédentes pour éviter une envolée des factures domestiques. Résultat : un coût cumulé impayé de 35.928 millions de bahts. Cette dette est le cœur du problème. Les trois scénarios proposés ne font que refléter trois façons différentes de la traiter.
Le tarif FT, mode d'emploi
Le tarif de base de l'électricité en Thaïlande est fixé à 3.78 bahts par unité. Ce qui varie tous les quatre mois, c'est le tarif FT, pour Fuel Tariff. L'ERC le calcule en fonction des coûts réels des combustibles, du taux de change et des paramètres énergétiques du moment. Il s'ajoute au tarif de base pour former le prix final payé par le consommateur. Ce prix est aujourd'hui de 3.88 bahts par unité. Derrière les trois scénarios, une seule vraie question : quelle méthode choisir pour rembourser les 35.928 millions de bahts de dette énergétique sans faire exploser la facture des ménages ?
Cas 1 : la vérité des coûts, sans filtre
Le premier scénario applique la formule FT sans atténuation. Le tarif FT monte à 80.60 satangs (centimes de baht) par unité. Le prix final atteint 4.59 bahts par unité hors TVA, soit une hausse de 18% par rapport au niveau actuel. L'EGAT est remboursée intégralement et immédiatement de ses 35.928 millions de bahts de créances. Le consommateur absorbe tout. C'est le scénario le plus honnête financièrement. C'est aussi le plus douloureux.
Cas 2 : l'EGAT prend sa part
Le deuxième scénario vient de l'EGAT elle-même. Le tarif FT tombe à 29.66 satangs par unité. Le prix final se fixe à 4.08 bahts par unité, soit une hausse de 5%. L'EGAT accepte de continuer à porter sur ses livres les 35.928 millions de bahts de coûts cumulés impayés. Elle ne demande pas à être remboursée maintenant. La dette reste entière et sera récupérée sur les prochaines périodes tarifaires. Les réserves de l'ERC restent intactes.
Cas 3 : l'ERC puise dans ses réserves
Le troisième scénario est le plus construit. Le tarif FT descend à 16.23 satangs par unité. Le prix final se stabilise à 3.95 bahts par unité, soit une hausse de moins de 2%. Pour y parvenir, l'ERC mobilise 9.472 millions de bahts de recettes excédentaires pour amortir directement la facture des consommateurs. L'EGAT continue de porter la dette accumulée. C'est l'option la moins douloureuse à court terme. Mais les réserves utilisées aujourd'hui ne seront plus disponibles demain.
Les Thaïlandais invités à participer au choix
Ces trois scénarios ne sont pas de simples calculs techniques. Ils incarnent trois visions différentes de la régulation énergétique. Le Cas 1 défend que les coûts réels doivent être répercutés intégralement. Le Cas 2 soutient que l'opérateur public peut encore absorber une partie du choc. Le Cas 3 repose sur l’État, qui dispose d'outils pour protéger les consommateurs en période de turbulences.
Pour ne pas arbitrer seule entre les entreprises publiques et les ménages, l'ERC a ouvert une consultation publique. Ménages et entreprises sont invités à voter sur le site de l'ERC jusqu'au 31 mars 2026 et le nouveau tarif sera annoncé le 1er avril. En parallèle, l'ERC réduit ses achats de gaz et augmente les importations d'hydroélectricité depuis le Laos, qui passeront de 13.7% à 18% de l'approvisionnement total. Le choix appartient désormais aux Thaïlandais : payer tout de suite ou plus tard.












