M. Dreyfuss : "Combattre l'idée d'un conflit éternel entre les juifs et musulmans "

Par Anne-Claire Voss | Publié le 27/04/2022 à 15:04 | Mis à jour le 28/04/2022 à 14:34
L’histoire entre le Judaïsme, l’Islam et la France fait l’objet d’une exposition au Musée de l’Histoire de l’immigration à Paris nommée Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours

L’histoire entre le Judaïsme, l’Islam et la France fait l’objet d’une exposition au Musée de l’Histoire de l’immigration à Paris nommée Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours. Une exposition qui tente de combattre les préjugés, et de raconter à ses spectateurs l’histoire entremêlée et méconnue de ces deux peuples.

 

Boris Taslitzky, Le Bon Samaritain II, 1960, huile sur toile, 130 × 162 cm. © Collection particulière.
Boris Taslitzky, Le Bon Samaritain II, 1960, huile sur toile, 130 × 162 cm. © Collection particulière

 

Le spectateur découvre à travers une scénographie chronologique au Musée de l’Histoire de l’immigration, le destin entremêlé des juifs et des musulmans en France et dans les pays du MaghrebSur les murs se raconte l’évolution des relations entre ces deux communautés. Mathias Dreyfuss, co-commissaire de l’exposition Juifs et musulmans, de la France coloniale à nos jours avec Benjamin Stora et Karima Dirèche, confie : « Nous voulions montrer en partie que l’histoire des juifs et des musulmans est étroitement liée à l'Histoire de la France contemporaine, y compris dans sa dimension migratoire. Nous essayons de combattre, à travers cette exposition, cette image d'un conflit éternel entre juifs et musulmans. Il y a une réelle construction historique, souvent oubliée. »

 

Un retour historique inédit sur le conflit israélo-palestinien

Parmi les tensions encore présentes entre les deux communautés, une reste particulièrement sensible : celle du conflit israélo-palestinien. Le Musée de l’Histoire de l’immigration tente alors de donner un regard nouveau et documenté. Ainsi, une des périodes étudiées se concentre entre 1945 et 1967, considérée comme une phase d’indépendance pour les juifs et les musulmans. Deux ans après la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, le plan de partage de la Palestine pour Israël est proclamé par l’ONU. Ce découpage de la Palestine, est perçu par les musulmans notamment Algériens, réclamant à cette époque leur indépendance, comme une nouvelle colonisation. « La date de 1967, avec la guerre des Six jours, est souvent retenue comme un moment pivot. Nous avons décidé d’éclairer un autre phénomène historique relativement peu connu et pourtant essentiel » souligne Matthias Dreyfuss.

 

Joann Sfar, Le Chat du Rabbin, Rentrez chez vous !, tome 10, édition Dargaud, encre et aquarelle sur papier, 2020. © Collection de l’artiste © Adagp, Paris, 2022
Joann Sfar, Le Chat du Rabbin, Rentrez chez vous !, tome 10, édition Dargaud, encre et aquarelle sur papier, 2020. © Collection de l’artiste © Adagp, Paris, 2022

 

Qu’est-ce que le décret Crémieux ?

Le commissaire rajoute : « Le conflit israélo-palestinien est également une conséquence de la Première Guerre mondiale. Le mouvement sioniste commence à pénétrer au Maghreb dès la fin des années 1910-1920. Il y a un moment de bascule important après la Seconde Guerre mondiale, mais nous voulons montrer qu'il y a une étape avant ces tensions. Notre objectif est d’expliquer l’évolution dans le temps des relations judéo-musulmanes. »

 

L'exposition remonte alors même jusqu’au 19e siècle, notamment en 1870, avec le décret Crémieux, accordant la nationalité française aux 35.000 juifs d’Algérie, mais pas aux 3 millions de musulmans qui conservaient alors le statut d’indigène. Une décision qui sera vivement contestée en Algérie, par les colons mais aussi les musulmans, et qui provoquera une vague d’antisémitisme dans le pays.

 

 

À travers la connaissance et la compréhension de cette histoire partagée, de cette mémoire plurielle, cette exposition a pour but de contribuer au vivre ensemble - Sébastien Gökalp, directeur du Musée de l’Histoire de l’immigration

La responsabilité française dans les tensions judéo-musulmanes

Cette exposition démontre aussi un fait simple mais souvent oublié : la part de responsabilité de la France dans ces situations colonialistes. « L’expression frères ennemis, pour désigner les juifs et les musulmans, est finalement révélatrice d’une position paternaliste de la France envers deux peuples qu’elle considère d’une manière condescendante comme ses « enfants » », souligne Mathias Dreyfuss.

 

Découvrir cette histoire commune, dans laquelle la France a eu sa part de responsabilité, voici l’enjeu de cette exposition inédite, dans une période toujours sombre pour les Juifs et Musulmans. Le directeur du Musée de l’Histoire de l’immigration, Sébastien Gökalp, précise : « À travers la connaissance et la compréhension de cette histoire partagée, de cette mémoire plurielle, cette exposition a pour but de contribuer au vivre ensemble. »

Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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