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Thorben Linneberg : Jardinier urbain professionnel à Singapour

Par Leslie Colin | Publié le 08/03/2020 à 17:30 | Mis à jour le 08/03/2020 à 17:30
Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour

Thorben Linneberg est un jardinier urbain danois installé à Singapour. En 2015, il crée sa société Aerospring et développe son propre système de culture en aéroponie, pouvant s’adapter aux espaces les plus réduits. Retour sur la success story d’un entrepreneur heureux et optimiste !

Le parcours de Thorben Linneberg 

Thorben Linneberg est originaire de Ikast, une petite ville danoise. Adolescent, il s’expatrie aux USA, puis en France. De retour au Danemark, il termine ses études en école de commerce. Il travaille pour plusieurs entreprises danoises, au Danemark, en Europe de l’Est, puis en Asie, où il débarque en 1999. Il passe par l’Inde et l’Indonésie, puis s’installe de manière définitive à Singapour, où il obtient le statut de résident permanent (PR) en 2009. C’est dans la Cité du Lion qu’il rencontre Nadine, qui deviendra sa femme en 2017. Curieux de nature et doté d’une grande adaptabilité, Thorben travaille tour à tour dans la distribution et le recyclage d’équipements électroniques, le commerce de matériel de laboratoire et de technologies d’économie de fuel.

Du bricolage au jardinage

Soucieux de consommer des aliments sains, frais et savoureux, Thorben et Nadine sont exaspérés par le prix élevé des légumes Organic, leur manque de goût, et par-dessus tout, l’empreinte carbone que génère leur cycle de vie. Fan de bricolage depuis sa plus tendre enfance, le danois crée, recycle et répare tout lui-même à la maison. Il décide alors de monter son propre jardin sur son balcon. Il s’aperçoit vite que la culture en pots est assez fastidieuse à Singapour, car très consommatrice en eau et peu adaptée aux espaces réduits.

Il choisit donc de se tourner vers un système exempt de terre, et s’intéresse à l’hydroponie versus l’aéroponie : « En s’affranchissant du substrat de culture, on se prive des bactéries du sol qui assurent la dégradation de la matière organique (feuilles, fumier, compost) pour en extraire les éléments nutritifs indispensables à la plante (minéraux). Il convient donc d’apporter cette nutrition racinaire par le biais de l’eau. En hydroponie, les racines de la plante baignent directement dans une solution nutritive contenant les minéraux qu’elle devrait extraire du sol. En aéroponie, les racines de la plante sont à l’air libre et sont humidifiées par pulvérisation de solution nutritive à intervalles de temps réguliers. Ce système a trois avantages par rapport à l’hydroponie : des cultures verticales et donc une économie de place ; une plus faible consommation en eau ; des rendements supérieurs. »

La naissance du projet

Thorben opte donc pour l’aéroponie et met au point en 2012 son premier système constitué de tuyaux en polychlorure de vinyle (PVC) et d’un arrosage automatique assuré par une pompe d’aquarium, elle-même reliée à une cuve d’eau. Les rendements sont tels qu’il n’hésite pas à partager ses récoltes avec ses amis et ses voisins. « Auparavant, lorsque nous allions diner chez des amis, nous emportions une bouteille de vin. Désormais, nous arrivons les bras chargés de légumes et d’herbes fraîches ! ». Jardiner devient pour le danois un véritable un exutoire après une journée de travail au bureau : « Ma femme me trouvait tellement plus heureux quand je m’occupais de mon jardin, qu’elle m’a suggéré d’en faire mon propre business… ».

 

Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour
Récolte de légumes frais par Thorben Linnerberg

 

Pendant 2 ans, Thorben s’essaie à la culture de plus de 75 variétés de plantes comestibles, ce qui lui permet de se forger une réelle expertise technique. Et l’idée soufflée par Nadine finit de germer… En 2015, il quitte son emploi pour créer sa société, Aerospring, et s’y consacrer à 100%. Quelques mois plus tard, sa compagne s’associe à l’aventure. Le couple investit toutes ses économies dans cette entreprise. En tant que fils d’entrepreneurs, Thorben connaît l’ampleur de la tâche qui l’attend et les risques qu’il encourt si le succès n’est pas au rendez-vous…

La conception d’un prototype

Le marché singapourien étant limité, l’entrepreneur est conscient que son système doit pouvoir s’exporter facilement ; pour cela, il doit se présenter sous forme de modules indépendants, assemblables les uns aux autres… à la manière des célèbres petites briques de plastique danoises qui l’ont tant inspiré pendant son enfance ! Thorben s’équipe d’une imprimante 3D afin de développer son prototype. Après 7 mois de recherche et développement, le modèle Aerospring Outdoor est prêt à entrer en production industrielle.

 

Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour
Impression 3D d’un module du prototype

 

Une démarche durable

Pour la production des modules tubulaires, l’entrepreneur établit un partenariat avec une petite société singapourienne située à Toa Payoh : « Je suis fier de produire à Singapour, même si c’est un peu plus cher. D’un point de vue financier et commercial, il est très pratique que la production se fasse ici. » Il abandonne le PVC pour des matériaux plus résistants à la corrosion : la tour est en polycarbonate et acrylonitrile butadiène styrène (ABS) ; le réservoir d’eau est en polyéthylène haute densité (PEHD).

Côté rendements, le système Aerospring Outdoor permet la production de 60 à 80 kg d’aliment par an et consomme très peu d’électricité (environ 3 SGD par an). Aerospring propose également un système indoor, un peu moins performant et plus exigent en énergie.

Le lancement d’Aerospring à Singapour

Douze mois après le lancement de sa société, en l’absence totale de revenus financiers, Aerospring effectue ses 400 premières livraisons de son système outdoor. Thorben commercialise également les plants de légumes et herbes aromatiques, qu’il produit lui-même. Ses clients singapouriens reçoivent donc les plantules avec leur système d’aéroponie, ce qui leur permet d’obtenir leur première récolte très rapidement.

 

Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour
Aerospring Outdoor Systems

 

L’ouverture à l’international

En 2017, Aerospring commence à exporter ses produits vers l’Europe, le Moyen Orient et l’Australie. Thorben fait appel à des distributeurs locaux pour le relayer sur place. Après un an, l’expérience n’est pas concluante et il décide de reprendre le suivi des ventes en direct. Il conserve néanmoins un distributeur en France. En 2018, l’entrepreneur lance sa première campagne marketing aux USA. Aerospring fait alors son entrée sur le plus grand marché hydroponique au monde. Dans le but de créer un réel support technique, Thorben et son épouse créent de nombreux documents vidéo sur leur site internet. La première tournée de commandes est un véritable succès ! Ceci prouve au couple que son business peut parfaitement se gérer à distance.

Le profil des jardiniers urbains

Les clients singapouriens sont plutôt des familles avec de jeunes enfants : « Ce sont principalement les femmes (30 à 45 ans) qui prennent l’initiative de se lancer, puis le projet devient rapidement une activité pédagogique et ludique pour les enfants qui éprouvent eux-aussi du plaisir à jardiner. » En 2016, il s’agissait en majorité de familles d’expatriés (65-70%). Aujourd’hui, c’est l’inverse ! Thorben estime que 65% de sa clientèle est composée de locaux : « Les mentalités sont vraiment en train d’évoluer à Singapour ». Aux USA, les amateurs de jardinage urbain sont dans la même tranche d’âge qu’ici et la gente masculine est plus impliquée.  

 

Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour
Balcon équipé d’un système Aerospring outdoor

 

Un véritable outil pédagogique

En créant Aerospring, l’entrepreneur danois s’est engagé dans une démarche éducative : « Quand on amène les gens à cultiver leur propre alimentation, ils sont parfois « choqués » du résultat : « pourquoi ma roquette est-elle aussi épicée ? est-ce normal ? » Certaines personnes ont besoin de s’habituer aux nouvelles saveurs. Thorben permet à chacun de ses clients d’entrer en contact avec ses pairs et d’échanger par le biais d’un groupe Facebook, qu’il alimente lui-même de conseils techniques comme : l’ajout de sels minéraux pour s’adapter aux spécificités de certaines cultures ; l’ajustement de la concentration en éléments nutritifs, selon la consommation d’eau qui diffère en climat chaud et tempéré ; les méthodes naturelles de lutte contre les pathogènes. Ainsi, Thorben Linneberg est en train de créer une véritable communauté de jardiniers urbains depuis son domicile à Singapour.

L’aboutissement d’un projet de couple

Transformer leur hobby en start-up fut pour Thorben et Nadine un défi de taille : « Travailler en couple est un vrai challenge, je ne le recommande à personne ! Nous avons réussi à surpasser les moments difficiles des débuts. Désormais, nous travaillons de manière plus professionnelle. En fait, c’est Nadine qui mène le business et s’occupe de toute la partie administrative. De mon côté, je gère le développement des produits, la production et les ventes. Nos rôles sont très différents. Je peux admirer ce qu’elle fait et vice versa. »

 

Thorben Linneberg jardinier urbain aeroponie singapour
Thorben et Nadine Linneberg

 

L’opiniâtreté des deux entrepreneurs a fini par porter ses fruits : « En 4 ans, nous avons connu les problèmes typiques de trésorerie et de main d’œuvre que connaissent toutes les start-up au démarrage. Aerospring n’est bénéficiaire que depuis fin 2019, notamment grâce à l’introduction de nos produits sur le marché américain. Les retours clients sont excellents. 2020 s’annonce plutôt bien ! »

En matière de développement, Thorben travaille actuellement sur un nouveau prototype afin de s’adapter aux particularités du marché nord-américain.

Vous pouvez retrouver un portrait de Nadine dans notre Magazine n°10 – Novembre 2017 : Portraits d’européens à Singapour / Nadine, une geek à la main verte

Leslie Colin

Leslie Colin

Agronome et phytothérapeute de formation, Leslie se passionne pour l’écriture depuis quelques années. Elle aime immortaliser ses expériences au travers de ses récits.
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