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Rencontre avec le galeriste Thibault Drouet d’Aubigny

Par Sabrina Zuber | Publié le 06/01/2020 à 14:30 | Mis à jour le 07/01/2020 à 17:23
Photo : Courtesy of Zainal Yahya
Thibault Drouet d’Aubigny, galerie Chan + Hori Contemporary

Thibault Drouet d’Aubigny, Directeur de la galerie d’art Chan + Hori Contemporary, reçoit lepetitjournal.com pour la première fois dans sa galerie située à Gillman Barracks. Plutôt novices dans le secteur de l’art contemporain, notre envie de découvrir les coulisses de ce milieu si énigmatique s'aiguise au fil de l'entretien...

 

Lepetitjournal.com :  merci de nous recevoir dans cette belle galerie au cœur de Gillman Barracks. Après des études de droit et finance en France, vous vivez depuis 4 ans à Singapour, où vous avez travaillé successivement pour l’ArtScience Museum et aujourd’hui comme directeur de galerie. Racontez-nous votre parcours.

Thibault Drouet d’Aubigny : Le goût des belles choses m’a été transmis par mon grand-père paternel, collectionneur et amateur d’art mais au moment de poursuivre mes études après le BAC, je me suis orienté vers le droit des affaires en vue de devenir avocat fiscaliste. Ma passion pour l’art a resurgi plus tard et fait voler en éclat une carrière toute tracée. Je reprends mes études et m’inscris à l’IESA (école internationale des métiers de la culture et du marché de l'art) permettant de combiner études de l’art et stages professionnalisant.  J’ai travaillé par la suite comme directeur de galerie (Chahan Gallery) puis décorateur (Tino Zervudachi & Associés) supervisant des projets résidentiels en Grèce, au Monténégro et en Suisse.  Ce goût pour les voyages, l’envie de nouvelles découvertes et l’amour d’une épouse ayant résidé à Hong Kong nous ont conduit en famille à Singapour où j’ai travaillé au sein du département des expositions à l’ArtScience Museum. C’est en 2017 au cours de la préparation de Art From the Streets réalisée en collaboration avec la galeriste Magda Danysz que j’ai rencontré Khai Hori, associé et directeur artistique de la Galerie Chan + Hori Contemporary, ancien conservateur en chef des collections du Singapore Art Museum et plus récemment numéro 2 du Palais de Tokyo. De cette rencontre est née une amitié et ce n’est que deux ans plus tard que m’a été proposé la direction de Chan + Hori Contemporary. Ce qui me plait dans cette galerie est que nous sommes multicartes, innovants et toujours en mouvement. Nous organisons 10 expositions par an mais à côté nous avons également une activité de services. Nous avons conçu en 2019 une exposition itinérante Entwine : Maybank Women Eco-Weavers meet Southeast Asian Artists présentée au National Museum of Singapore. Nous avons inauguré à East Coast Park, en présence de Grace Fu, ministre de la culture Crossing Shores de l’artiste Singapourien Speak Crytic, une sculpture de 4 x 3 mètres commandée par le Public Art Trust dans le cadre de Singapore Bicentennial.

Chan + Hori Contemporary
Speak Cryptic, Crossing Shores, 2019. Image courtesy of Weixiang Lim and Chan Hori Contemporary.

Singapour semble consacrer une place particulière au marché de l’art. D’abord avec la création de ce quartier, puis avec les nombreuses éditions de foires internationales, de Suntec City au Marina Bay Sands, puis l’ouverture en 2015 de la National Gallery entièrement consacrée aux artistes asiatiques. Votre opinion à ce propos ?

En cinquante ans, Singapour a assis son pouvoir économique et se rêve désormais en plaque tournante des arts et de la culture de toute l’Asie du Sud‐Est.

Sur le plan institutionnel nous avons vu consécutivement la rénovation du Asian Civilisation Museum et du National Museum of Singapore en 2006 ; la création de l’ArtScience Museum en 2011 et l’ouverture de La National Gallery of Singapore en 2015. Ce musée complète l’offre du Singapore Art Museum en proposant sur 64 000 m2 la plus grande collection au monde d’œuvres d’art des XIXe et XXe siècles provenant de l’Asie du Sud‐Est. Il ne faut pas oublier non plus la  biennale d’art qui existe, depuis 2006 et la présence de nombreux événements artistiques tels le Singapore Night festival, i light ou encore l’action du Public Art Trust qui amène l’art au plus près des Singapouriens en érigeant des sculptures d’artistes internationaux et régionaux en plein centre-ville.

Sur le plan du commerce de l’art, Singapour a inauguré en 2012 à Gillman Barracks, dans d’anciens baraquements militaires. C’est un site dédié à l’art contemporain, accueillant 12 galeries d’art ; 600 000 personnes sont venues visiter la Singapore Art Week en 2018, et fin novembre la galerie Sud-Coréenne The Columns nous a rejoint. En matière de foires d’art contemporain, Singapore possède trois salons : Affordable Art Fair qui vient de fêter ses 10 ans, proposant de l’art à moins de 15 000 SGD, S.E.A Focus dédiée à l’art de l’Asie du Sud Est, et bientôt Art Singapore, qui ouvrira fin 2020 avec de nombreuses galeries internationales.

Je pense donc que Singapour à un rôle certain à jouer dans la région par son emplacement géographique, ses infrastructures uniques et le fait que Singapore est très occidentale dans son fonctionnement et sa culture ; tout le monde parle anglais. 

 

Votre galerie se concentre aussi en majorité sur les artistes singapouriens, ceux qui sont déjà reconnus ainsi que des artistes émergents. Est-ce que vous trouvez un langage commun ou un fil conducteur parmi eux, un “Singaporean touch” ?

Singapour a mis en place un système éducatif qui repose sur le Lasalle College of the Arts et la Nanyang Academy of Fine Arts (NAFA). Depuis 2006, la School of the Arts (SOTA), forme des jeunes à l’art dès le secondaire sans compter la mise à disposition de bourses et ateliers d’artistes par le National Art Council.

Les artistes Singapouriens sont des artistes urbains, contrairement aux autres créateurs de la région, davantage marqués par les traditions rurales. Beaucoup d’entre eux utilisent des matériaux industriels ou bien recyclent des éléments trouvés dans la ville. Il y a l’idée que tout peut se transformer en art.  J’ajouterai que les artistes singapouriens voyagent pour se former, se confronter, et mieux comprendre les rouages du monde institutionnel, et du marché de l’art. Ruben Pang est allé en 2015 à Jaffa en Israël effectuer une résidence d’artiste chez le collectionneur Serge Tiroche, et Speak Cryptic ira au Salamanca Arts Centre en Tasmanie, Australie en janvier 2020.

Lors de notre exposition Singapore Utopia, 15 artistes Singapouriens donnèrent leur vision de ce qu’est être Singapourien 200 ans après l’arrivée de Sir Thomas Stamford Raffles. La question de l’identité nationale et les sujets sociaux-culturels furent abordés sans tabou (le vivre ensemble, la sexualité, etc.)

D’une manière plus générale il existe un véritable attrait pour l’art singapourien. Singapour fut l’invité d’honneur au Grand Palais pour l’édition 2015 de Art Paris, et nous sommes actuellement en discussion avec l’ambassadeur de Singapour à Paris, et Alessandra Fain, directrice de Asia Now, pour organiser un pavillon Singapourien pour l’édition 2020.

Chan + Hori Contemporary
Who Needs An Achor in Space, Ruben Pang, Mondamin, 2019, Image courtesy of the artist.

 

J’ai appris que la galerie est membre du VADA, le Visual Arts Development Association. Pouvez-vous nous en dire plus ?

VADA (Visual Art Development Association) est une association à but non lucrative ayant pour mandat de soutenir et développer la scène artistique Singapourienne à travers :

  • UNTAPPED (Make art. Show art. Get collected) est un programme invitant des artistes Singapouriens (moins de quatre années de pratique professionnelle) à postuler à une exposition de groupe. Pour ce faire des mécènes fournissent le financement initial du projet, et en retour ils ont la possibilité d’acquérir une œuvre. Cette année VADA a été partenaire de l’Affordable Art Fair et 75% des œuvres ont été vendues.
  • Le Prix d'art Chan-Davies a été introduit en 2015 par Angie Chan et Nick Davies (les cofondateurs de Chan + Hori Contemporary) et récompense chaque année deux étudiants de Lasalle College of the Arts pour permettre d’éclore une nouvelle génération d’artistes. Chaque Lauréat reçoit 15 000 SGD et se voit offrir une exposition solo chez Chan + Hori Contemporary dans les 12 mois suivant la remise du prix. L’artiste singapourienne Desiree Tham, lauréate du prix 2019 a exposé pour la première fois à l’étranger à Asia Now Paris.

Il est à noter que VADA est indépendante de Chan + Hori Contemporary. Si l’équipe contribue gracieusement au projet, les artistes primés ne seront pas forcément des artistes exclusifs de la galerie.

 

La Galerie Hori + Chan participera à la Singapore Art Week en janvier. Des anticipations sur votre programme ?

La Singapore Artweek qui aura lieu du 11 au 19 janvier 2020 est le point culminant de notre programme.

L’exposition Pre-Heaven (16 Janvier-16 février) de l’artiste Ruben Pang (né en 1990 à Singapour) célébrera une décennie de pratique artistique avec 14 nouvelles peintures et 3 sculptures s'inspirant d'une variété de sources, notamment du folklore, du paganisme et du taoïsme.

S.E.A Focus (16 au 19 janvier, Gillman Barracks). Chan + Hori Contemporary présentera des dessins originaux de l’artiste Lugas Syllabus (né en 1987, Indonésie), en conversation avec des sculptures du maître céramiste Ahmad Abu Bakar (né en 1963, Malaisie).

Atypical Singapore (17 – 19 janvier). Exposition itinérante réalisée dans le cadre de la campagne globale Passion Made Possible du Singapore Tourism Board présentera la diversité de la scène artistique contemporaine Singapourienne à travers les œuvres de 7 artistes : Daniel Yu, Gerald Leow, Speak Cryptic (Farizwan Fajari), Amanda Tan, Eugene Soh, Angie Seah and Muhammad Izdi. Cette exposition multiforme (performances, sculptures, peintures et réalité augmentée) ayant circulé en Russie, au Myanmar, en Inde et en Thaïlande reviendra à Singapour au National Design Center.

Enfin, la Biennale d’Art de Singapour se déroulera jusqu’au 22 mars. La galerie est fière d’avoir deux artistes représentés : Sharon Chin et Dusadee Huntrakul.

 

Avez-vous un rêve dans le tiroir ?

Être à Singapour permet de sortir de sa zone de confort et de rencontrer des personnalités passionnantes et enrichissantes auprès desquelles j’apprends chaque jour. Mon objectif est de pouvoir continuer à découvrir toujours plus d’artistes de Singapour et d’Asie du Sud-Est, et de contribuer à accroitre leur visibilité en Europe.

Un autre rêve : avoir un projet professionnel avec une agence spatiale, un sujet que j’ai longtemps étudié lors de la préparation de l’exposition The Universe and Art en 2017 à l’ArtScience Museum. Les différentes agences internationales s’associent à des artistes pour susciter l’intérêt sur leurs programmes spatiaux. Plusieurs expositions ont déjà eu lieu sur Mir ou la Station Spatiale internationale. J’aimerai avoir la possibilité de pousser encore plus loin cette collaboration artistique et pourquoi pas exposer des artistes du Sud-Est Asiatique, en orbite à 400 km de la terre.

 

En conclusion de notre longue conversation Thibault prononce une dernière phrase qui me semble bien correspondre à sa personnalité et à sa nature curieuse. “La chance est une petite plume, qu’il faut être capable de saisir au vol”.

 

Galerie d’art Chan + Hori Contemporary 

Gillman Barracks, 6 Lock Rd, #02-09, Singapore 108934

 

 

 

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Sabrina Zuber

Sabrina Zuber

Sabrina est musicienne-comédienne. Elle dirige la compagnie Bellepoque, qui crèe et produit des spectacles de musique et de théâtre, le programme Resonates with à la National Gallery, et la boutique-école de danse Danza Attitude.
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