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Les MOOC offrent des opportunités incroyables pour les expatriés

Par Clémentine de Beaupuy | Publié le 27/11/2017 à 13:30 | Mis à jour le 05/12/2017 à 03:18
Photo : Cécile Dejoux, enseignante-chercheuse (c) CNAM
cecile dejoux CNAM

 

Cécile Dejoux, professeur au CNAM, a monté un MOOC français- Massive Open Online Course -, du manager agile au leader designer  qui a rencontré un vif succès : 1er MOOC de France en nombre d’auditeurs, 145.000 personnes  inscrites sur 4 saisons, dans 148 pays avec un taux de 21% de personnes qui vont jusqu’au bout. A l’heure où certains décrient cette nouvelle forme d’apprentissage en affirmant que les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées, Cécile Déjoux met en avant cette révolution de la formation et tous les bénéfices pour les apprenants, notamment  pour ceux expatriés. Explications.

 

- Comment expliquez-vous le succès de votre MOOC ?

Il y a plusieurs raisons D’abord, le thème : du manager agile au leader designer  Ce thème s’adresse à tout le monde. Les profils des nos auditeurs nous le confirment : aux chefs d’entreprises qui veulent comprendre la révolution numérique, aux expatriés qui suivent leur conjoint et profitent  pour se former, aux mères de famille qui élèvent des adolescents, aux pharmaciens, aux avocats qui n’ont jamais été formés au management et qui ont 10 personnes à gérer etc.

La seconde raison de ce succès est la communauté qui s’est créée autour de cet apprentissage. Des managers se sont rencontrés, des personnes ont trouvés un emploi. L’échange est facilité par une plateforme lié.

Et  enfin, chaque année, il y a un nouveau thème. Si un auditeur l’a déjà fait l’an dernier, il peut le refaire. Chaque année, ce MOOC permet d’approcher au plus près des thématiques actuelles qui sont au cœur des préoccupations des entreprises.

Pour être à la pointe de ces nouvelles thématiques, nous avons d’ailleurs créé avec Isabelle Galy, une chaire Learning Lab Human Change. Cela nous permet de  mener des réflexions sur l’évolution du travail, du e-learning et d’utiliser tous les outils pour comprendre le monde qui vient.

 

- Pouvez-vous nous donner des exemples de nouvelle tendance que vous observez dans le monde du travail et que l’on retrouve dans vos formations ?  

On évoque beaucoup dans les entreprises la révolution de l’Intelligence Artificielle qui arrive comme une solution d’innovation. Ce sujet a été étudié dans le Learning Lab et est devenu le sujet de notre MOOC. Nous ne sommes pas spécialistes de ces questions d’Intelligence Artificielle mais il nous semblait important que l’on donne aux collaborateurs d’entreprises les clefs pour comprendre. Ces intelligences vont automatiser tout ce qui est possible de faire. Elles vont sans doute remplacer de nombreux emplois. Si l’on veut avoir une valeur ajoutée, il faut acquérir de nouvelles compétences, développer son esprit critique et sa relation aux autres.

Nous concevons donc notre MOOC comme un outil de transmission entre les entreprises et  les scientifiques en allant interviewer les plus grands chercheurs sur ce sujet, et notre équipe qui vulgarise ce savoir pour le transmettre. C’est vraiment une nouvelle façon de faire de l’enseignement. C’est d’ailleurs très intéressant de suivre ce type d'enseignement Online en expatriation, de profiter de ce temps pour se former.  Aujourd'hui, cette démarche est très valorisée dans les parcours professionnels. 

L’objectif d’un MOOC n’est pas d’aller jusqu’au bout mais bien une formation « self-service » : chacun  prend ce qui l’intéresse. Ce qui est recherché dans ce type de formation n’est pas la validation par un diplôme mais de monter en compétences et comprendre le monde qui nous entoure. 

 

Vous êtes ici à Singapour puis Hong-Kong, qu’êtes vous venue chercher ?

Je suis intéressée par toutes les formes de changement dans mon domaine. Singapour se définit comme une Smart Nation et les nouvelles formes d’apprentissage en font parties. Lors de ces déplacements, nous rencontrons 3 types d’acteurs : les entrepreneurs, les investisseurs qui croient et soutiennent ces changements, et les universitaires qui s’interrogent sur les formations de demain. Nous sommes allés à NTU visiter leurs nouvelles salles de cours qui ont remplacées les traditionnels amphithéâtres.

Pour moi, enseignante-chercheuse ces déplacements, sont une nouvelle façon d’enseigner, de diffuser la connaissance  et d’acculturer la formation continue.

 

Peut- on dire que l’outil des MOOC est aussi une façon d’assurer tout au long de sa vie, une formation de qualité ?

Oui, tout à fait. C’est un outil.  D’ailleurs, le CNAM est  totalement dans sa mission. Le CNAM, depuis la révolution française, a vocation à former les adultes à l’initiale. Singapour s’est d’ailleurs engagée récemment dans cette voie de la formation toute au long de la vie. Avant, bien entendu, il y avait comme partout de la formation professionnelle. Ce qui est différent de la formation à tous les moments de sa vie pour tous les métiers. A n’importe quel moment de sa carrière ou de sa vie, tout le monde aura la possibilité de reprendre des études, d’améliorer ses compétences ou de changer de métier.

 

Ce ne sont plus les diplômes long terme qui font la différence  en entreprises, mais les blocs de compétences et il faut s’ouvrir au monde pour le comprendre.

 

 

Pourquoi la formation tout au long de sa vie devient–elle si cruciale ?

D’abord, je pense que cela permet une certaine « gymnastique du cerveau » : il faut toujours apprendre pour garder son cerveau alerte. Je crois que  si vous n’arrivez plus à cultiver votre intelligence, vous pouvez être vite déconnecté.

Aujourd’hui, je ne crois pas qu’un jeune ait  besoin d’un diplôme Bac + +. Cela ne lui donnera pas un emploi. Par contre, si l’université ou les écoles développent des nouvelles compétences comme coder, être créatif, comment travailler avec les autres, apprendre à saisir des opportunités, parler plusieurs langues  etc. Là, il a surement plus de chance sur le marché de l’emploi. Dans le monde du travail, il n’y a plus de certitudes.

Ce ne sont plus les diplômes long terme qui font la différence  en entreprises, mais les blocs de compétences et il faut s’ouvrir au monde pour le comprendre.

Il y a aussi un dernier élément : que l’on soit radiologiste, enseignant, commerçant, restaurateur etc., les métiers changent ou disparaissent. Il faut donc se former pour suivre ces évolutions, notamment auprès des formations qui mettent en avant des méthodologies.

 

 

Il faut que les parents et l’école avec le plan numérique arrêtent de donner aux enfants des tablettes, des ordinateurs et des téléphones avant l’entrée au Collège. D’ailleurs, tous les acteurs dans la Tech n’en donnent jamais à leurs propres enfants !

 

 

Ne pensez vous pas que ce mouvement laisse de côté une partie des personnes, peu formées initialement ? N’y aurait-il pas la nécessité de renforcer la formation initiale également ?

La formation initiale et la formation continue ne s’opposent pas. Bien au contraire. Par contre, pour l’une ou l’autre, il est nécessaire d’avoir l’implication de tous les acteurs. Aujourd’hui, il y a de nombreux appels à projet dans le domaine de la Recherche et de l’Enseignement. Pour schématiser, celui qui remplit bien son dossier, a des chances de l’emporter et d’obtenir des financements.  Je pense qu’il faut retourner ce processus : repérer ceux qui font, qui innovent. Et quand ça marche, mettre des financements pour essaimer ce modèle.  

Par ailleurs, il faut former les enseignants du primaire, du secondaire et des Universités. Après leur formation initiale, les formations continues sont volontaires. Il faut valoriser la pédagogie, multiplier les échanges d’expériences. Et ceux qui le font, doivent être valorisés. Aujourd’hui, qu’un enseignant se forme ou pas, peu importe : le salaire et la progression de carrières restent inchangés.

Pour progresser et proposer des solutions innovantes, il faut appliquer le triptyque : j’observe, je fais, je partage. Le nouveau enseignant-chercheur est dans cette logique.  

 

 

Que pensez-vous également du « tout numérique » dans les écoles. Est- ce un plus pour les élèves ?

C’est un véritable drame. Il faut que les parents et l’école avec le plan numérique arrêtent de donner aux enfants des tablettes, des ordinateurs et des téléphones avant l’entrée au Collège. D’ailleurs, tous les acteurs dans la Tech n’en donnent jamais à leurs propres enfants !

Pour ces acteurs, le numérique est un champ de travail mais pas un outil d’éducation. Il faut que les bases soient acquises : écrire, compter, savoir raisonner. Et valoriser la relation à l’autre.

 

 

 

 

Massive Open Online Course CNAM

 

Pour en savoir plus : sur la plateforme française :

 

«  Du manager agile au leader designer » inscriptions ouvertes - démarrage le 8/02/18 

               -> Les basiques du management

               -> Apprendre à manager avec des méthodes agile

               -> Apprendre à innover avec le design thinking

 

 

«  Manager augmenté par l’IA ? » inscriptions le 8/1/18 - démarrage le 8/4/18

              -> Comprendre ce qu’est l’IA

               -> Evaluer les pratiques actuelles en management

               -> Développer les compétences pour travailler et performer avec les IA, een tant que manager

 

 
 
 
 
 
 

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clémentine de beaupuy

Clémentine de Beaupuy

Co-directrice éditoriale. Diplômée de Sciences-Po, entrepreneuse et hyperconnectée, Clémentine est la spécialiste de tout ce qui touche à la culture, à la société et à la religion. Elle se passionne également pour les sujets liés à l'innovation urbaine.
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