Le Père Arro, qui va bientôt fêter ses 95 ans, a débarqué à Singapour il y a 69 ans. Il avait tout juste 26 ans. Lepetitjournal.com l’a interviewé pour découvrir sa vie riche en rebondissements et recueillir les réflexions qu’elle lui a inspirées.


Père Arro, vous avez débarqué à Singapour comme missionnaire des Missions Étrangères de Paris, il y a près de 70 ans. Qu’est-ce qui vous avait amené ici ?
Né en 1931 dans une famille catholique à Bordeaux, j’ai rejoint la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) quand j’étais au lycée à Bordeaux et à Bayonne. Cet engagement m’a donné l’idée de devenir missionnaire. A 17 ans, j’ai passé mon baccalauréat en philosophie au lycée catholique de Bayonne, où j’ai entendu parler des Missions Étrangères de Paris (MEP), qui depuis le 17ème siècle ont contribué à l’évangélisation de nombreux pays d’Asie. L’année suivante, je suis rentré dans leur séminaire à Paris. Après plusieurs années d’études théologiques à Paris et à Rome, et le service militaire, j’ai été ordonné prêtre des MEP en 1955. L’année suivante, j’ai reçu ma nomination pour Singapour, que je n’ai rejoint qu’en 1957 après 7 mois passés en Angleterre pour apprendre un peu d’anglais et un long voyage en bateau autour de l’Afrique. A l’époque, le diocèse de Singapour englobait le sultanat de Johor Bahru et l’état de Malacca.
Dans le cadre de votre mission, vous avez exercé plusieurs métiers. Comment cela est-il arrivé ?
A mon arrivée, dans le taxi qui m’amenait du port à la résidence de l’évêque, j’ai appris que je devais apprendre le chinois. J’ai ainsi passé 2 ans dans une école de langues pour adultes à Kuala Lumpur. A mon retour à Singapour, fin 1959, j’ai été nommé assistant du prêtre en charge de la paroisse Sainte Bernadette. La satisfaction de pouvoir enfin exercer les fonctions de prêtre en paroisse a été de courte durée. Dès le mois de juillet 1960, j’ai dû partir au séminaire de Penang pour remplacer un professeur qui avait dû rentrer en France pour raisons de santé : pendant un an et demi, j’ai enseigné en latin la théologie à des étudiants venant de divers pays d’Asie du Sud-Est. A mon retour à Singapour, je suis revenu à la paroisse de la Sainte Famille à Katong.
On m’a demandé d’enseigner au séminaire nouvellement ouvert à Singapour, fonction que j’ai assurée pendant 23 ans jusqu’en 2005.
Mais, dès 1963, j’ai été de nouveau appelé à Penang, où je suis cette fois resté 5 ans. Pendant les vacances je m’occupais de l’apostolat des jeunes. Cela m’a conduit à devenir aumônier des JEC et responsable du catéchisme à Singapour quand j’y suis revenu fin 1968, en plus de mes fonctions d’assistant à l’église du Sacré Cœur. Au total, je n’ai passé que 24 ans comme curé et assistant de paroisse, notamment à Notre Dame du Perpétuel Secours. Puis j’ai servi à Saint-Michel, et Sainte-Thérèse. En plus de mes responsabilités paroissiales, on m’a demandé d’enseigner au séminaire nouvellement ouvert à Singapour, fonction que j’ai assurée pendant 23 ans jusqu’en 2005.
Vatican 2 a été une expérience extraordinaire, où nous avons dû revoir en profondeur notre approche pastorale et théologique, pour prendre en compte davantage les besoins des fidèles. Dans ce cadre, je me suis engagé vers 1980 dans Marriage Encounter et Engaged Encounter, weekends destinés à aider les couples mariés ou fiancés à mieux vivre leurs relations suivant l’évangile.
Être missionnaire est-ce toujours tenter de convertir des « Gentils » au Christianisme ? Comment vivre cela dans une société multireligieuse comme Singapour ?
Tout d’abord, la pratique religieuse est très vivante à Singapour. Contrairement à la France, les églises sont pleines le dimanche. Les grosses paroisses voient passer 5000 fidèles par weekend. De plus, les fidèles sont actifs, les messes sont très vivantes. Cette pratique religieuse n’est pas propre à l’Église. Toutes les religions sont très suivies par les Singapouriens, qui y voient une valeur sociale, un signe d’appartenance à un groupe, dans lequel ils se sentent à l’aise. Venir à l’église le dimanche devient ainsi normal. Rappelons que la religion faisait partie des renseignements demandés dans les anciennes cartes de débarquement à Singapour. A l’entrée des domiciles, la religion des occupants est souvent affichée.
Dans ce contexte, nous offrons un mode de vie basé sur l’évangile. Les gens viennent vers nous quand ils ont eu un contact rapproché avec les valeurs chrétiennes, par exemple après avoir étudié dans un établissement catholique. Ceux-ci sont très appréciés et leur audience va bien au-delà de la communauté chrétienne. Les baptêmes d’adultes sont nombreux à Singapour : 1250 pour Pâques cette année.
Comment avez-vous vu évoluer Singapour depuis votre arrivée ?
J’ai vu grandir Singapour. En 1972, la paroisse de Notre Dame du Perpétuel Secours allait de Jalan Eunos à Changi Point et comptait beaucoup de terrains vagues. Il y avait encore beaucoup de kampongs accessibles seulement par des chemins de terre. Au débouché de ceux-ci sur la route principale, les arrêts de bus étaient garnis de bicyclettes.
Pour survivre, Singapour doit toujours avoir une longueur d’avance sur ses voisins
J’ai vu s’élever beaucoup de villes nouvelles, Bedok, Tampines, Queenstown, Toa Payoh, … Je faisais le tour des nouveaux immeubles et tapais à la porte des foyers chrétiens, aisément identifiables grâce aux signes affichés à l’entrée. Je me présentais et je présentais la paroisse. Les gens appréciaient, car ils se sentaient accueillis. Ces villes nouvelles faisaient des paroisses jeunes. Les mentalités diffèrent suivant les communautés. Pour survivre, Singapour doit toujours avoir une longueur d’avance sur ses voisins. Le pays cherche à avoir ce qu’il y a de mieux en allant identifier les meilleurs exemples à l’étranger et en accueillant des spécialistes de divers pays. Cela demande des efforts constants de productivité qui finissent par créer des tensions. La méritocratie risque de demander trop aux gens.
Quelle est votre relation avec la communauté française de Singapour ?
Très limitée en fait. En tant que missionnaires, nos principaux contacts sont avec les communautés locales. J’ai cependant quelques amis français et je participe occasionnellement à certaines cérémonies de la communauté francophone.
J’ai passé l’essentiel de ma vie à Singapour. C’est là où j’ai tous mes amis. En France je me considère comme un visiteur.
N’avez-vous jamais pensé à revenir en France pour y finir vos jours ?
J’ai passé l’essentiel de ma vie à Singapour. C’est là où j’ai tous mes amis. En France je me considère comme un visiteur. A Singapour, nous avons la chance d’avoir une maison de retraite très bien équipée pour les prêtres. Je la partage avec trois autres, indiens et chinois. Cela est une bonne représentation de la diversité singapourienne !
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