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Laurent Junique : de TeleDirect à TDCX, trente ans d’entrepreneuriat à Singapour

Arrivé à Singapour au début des années 1990 avec une détermination à toute épreuve, Laurent Junique y a bâti TDCX, devenu en trente ans un acteur mondial de l’expérience client. Aujourd’hui, l’entrepreneur observe une nouvelle révolution : celle de l’intelligence artificielle. Rencontre avec un dirigeant qui revendique l’action, le risque mesuré et l’adaptation permanente.

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Écrit par Adeline Marie
Publié le 19 mai 2026, mis à jour le 24 mai 2026

 

 

Au départ, il y a Singapour, quelques souvenirs d’enfance en Asie, un anglais correct, une envie d’ailleurs et une somme limitée pour démarrer. Les parents de Laurent Junique ont travaillé en Malaisie, à Bornéo, puis en Nouvelle-Zélande et en Australie. Singapour a souvent été une étape sur la route familiale. « J’avais suffisamment voyagé, je me disais : est-ce que je vais faire ma carrière en France, ou est-ce que je vais essayer de prendre un risque ? », raconte-t-il. Or le risque l’a toujours animé. Mais il reste calculé. « Je ne suis pas complètement fou », sourit-il. « Je suis ambitieux, parfois peut-être irréaliste, mais je ne prends pas de risques inconsidérés. »

En 1995, Laurent Junique fonde TeleDirect, qui deviendra TDCX. L’entreprise grandit, traverse les crises, accompagne les mutations du digital et devient un partenaire de référence pour de grands groupes internationaux. Aujourd’hui, TDCX compte plus de 20 000 collaborateurs dans 37 implantations à travers le monde, selon les dernières communications du groupe.  

 

 

Singapour avait déjà une bonne réputation en 1990-1995, mais cette réputation est montée à un autre cran.

 

 

De TeleDirect à TDCX AI : trente ans d’adaptation

L’histoire de TDCX épouse celle de Singapour. Quand Laurent Junique s’installe dans la Cité-État, le pays est déjà reconnu pour son sérieux, sa stabilité et son efficacité. Trente ans plus tard, il y voit une place extraordinaire pour attirer des talents de haut vol et rayonner sur l’Asie avec une ambition globale : « Singapour avait déjà une bonne réputation en 1990-1995, mais cette réputation est montée à un autre cran. Le brio du pays, c’est d’avoir su traverser les révolutions en gardant comme fil conducteur la confiance.  »

Cette capacité d’adaptation, Laurent Junique l’a aussi appliquée à son entreprise. TDCX a été introduite au New York Stock Exchange en 2021, avant d’être retirée de la côte en 2024 à la suite d’une opération de privatisation. Pour son fondateur, cette décision a redonné de la flexibilité au groupe. 

 

 

TDCX entreprise à singapour

 

 

Comment TDCX prépare la transformation des métiers de l’expérience client

Pour Laurent Junique, l’intelligence artificielle représente une transformation majeure du BPO (externalisation des processus métier) , mais aussi une nouvelle occasion de se repositionner.

 

« On a suivi l’évolution technologique des dernières années, et on s’adapte à chaque fois pour en profiter plutôt que d’en souffrir. »

Il y a deux ans, TDCX AI a été créé pour accompagner les métiers de l’expérience client : automatisation des centres d’appel, optimisation du personnel, analyse des processus et amélioration de la performance.

Avec Chemin, filiale dédiée aux opérations de données et à l’IA créée l’année dernière, TDCX a une ambition plus large, multi-sectorielle.  Son enjeu est précis : la qualité des données. Laurent Junique utilise une image simple: « Les applications IA, c’est un peu comme le corps d’un être humain. Mais les données, c’est le cerveau. Vous donnez de mauvaises données à l’IA, vous avez de mauvaises réponses. » Chemin accompagne donc les entreprises dans la collecte, le nettoyage, l’annotation et le test de leurs données. L’activité dépasse le seul champ de l’expérience client. Le groupe travaille déjà sur des sujets liés à la gestion des déchets, à la robotique humanoïde ou encore à l’agriculture.

Depuis, TDCX accélère sa diversification. Le groupe a notamment investi dans TalentPop, spécialiste du service client pour les PME et marques e-commerce, et a acquis SUPA pour renforcer Chemin. La mission de TDCX aujourd’hui tient dans son nouveau slogan : “Enable the Future”. Le groupe l’a dévoilé en 2025 à l’occasion de ses 30 ans, pour marquer sa nouvelle étape entre intelligence artificielle, expérience client et expertise humaine.  

 

 

En Europe, il y a peut-être trop d’idées et pas assez d’actions

 

 

Entreprendre à Singapour : une culture de l’action et de l’adaptation

Ce rapport à l’action traverse tout l’entretien. Laurent Junique le répète : il avance en décidant: « Moi, je suis dans l’action. Je prends des décisions. C’est ça qui m’a fait marcher plus qu’autre chose. Pas trop penser à l’idée, plus à l’action. »

Cette culture de l’action, il la retrouve en Asie. Selon lui, la différence avec l’Europe se voit dans la manière de travailler, de décider et d’avancer: « En Asie, les gens parlent moins, mais ils font les choses. Ils sont dans l’action. En Europe, il y a peut-être trop d’idées et pas assez d’actions. On peut parler longtemps, mais il faut bien un jour sauter. » Pour un entrepreneur français qui arrive à Singapour, il donne une image très concrète : regarder une carte du monde achetée ici: « Quand on prend une carte du monde en France, le centre, c’est la France. À Singapour, la perspective est complètement différente. C’est important de le comprendre. »

 

Pourquoi Singapour est l’un des meilleurs pays au monde pour faire du business ?

 

S’implanter à l’étranger demande donc de changer de regard. Observer la culture locale. Accepter que les codes diffèrent. Comprendre que la réserve, en Asie, ne signifie pas absence d’analyse ou de sensibilité.

 

 

Aujourd’hui, un jeune peut monter une boîte en claquant des doigts, avec très peu de risques, beaucoup de soutien et de l’IA

 

laurent junique entrepreneur à singapour

 

 

Les conseils d’un entrepreneur : se lancer, persévérer, savoir s’arrêter

Laurent Junique assume des conseils simples, parfois tranchés. Il les avait déjà formulés il y a quelques années et les maintient aujourd’hui : se lancer, éviter de trop écouter ceux qui prédisent l’échec, recommencer après un revers et persévérer.

Mais il nuance : « La persévérance, c’est à double tranchant. Il y a plein de gens qui persévèrent alors qu’ils devaient abandonner depuis longtemps. Trouver le bon moment pour dire : je crois que c’est le moment de laisser tomber, c’est la partie la plus difficile. » Pour lui, la nouvelle génération d’entrepreneurs bénéficie d’un terrain inédit. Grâce aux outils numériques, à l’IA, aux plateformes e-commerce et aux solutions sans engagement, il est devenu possible de tester une idée très rapidement, avec peu de capital.

« Aujourd’hui, un jeune peut monter une boîte en claquant des doigts, avec très peu de risques, beaucoup de soutien et de l’IA. Il peut se planter, recommencer, avec très peu de capital. C’est du bonheur pour l’entrepreneur. » À condition d’avoir le tempérament: « Il faut avoir assez confiance en soi-même et en travaillant dur, on ne peut jamais se tromper. Il faut être prêt à l’échec, et recommencer. Tout le monde n’est pas fait pour ça.”

 

 

Il faut donner de la valeur le plus rapidement possible.

 

 

L’entrepreneur de demain : flexible, rapide, lucide

À la question du profil d’entrepreneur qui réussira demain, Laurent Junique répond sans hésiter : celui qui saura s’adapter. La volatilité des marchés, la vitesse des innovations et la compression des délais changent les règles du jeu. L’entrepreneur devra bouger vite, décider rapidement, innover souvent. 

Et surtout, capter l’attention rapidement: « Il faut donner de la valeur le plus rapidement possible. » Dans un monde où l’attention se fragmente, Laurent Junique résume sa ligne actuelle en deux mots anglais : “fractional” et “frictionless”. Fractionnel, parce que les usages deviennent plus courts, plus modulaires, plus immédiats. Sans friction, parce que les produits ou services qui réussissent sont ceux que l’on peut adopter instantanément. Uber, Spotify, Shopify : autant d’exemples de cette économie du démarrage rapide, de l’usage simple et de l’engagement limité.

 

 

Les ambitions de TDCX pour 2027 : intelligence artificielle, automatisation et diversification

Pour les prochaines années, TDCX entend poursuivre sa transformation. L’entreprise veut accompagner ses clients dans l’automatisation, investir dans de nouveaux outils, renforcer ses activités liées à l’IA et continuer à diversifier ses marchés. Laurent Junique évoque aussi un projet encore en cours de finalisation: « TDCX va investir dans des outils d’automatisation à un niveau assez conséquent. C’est à suivre. ». Il en dira davantage dans les prochains mois. Pour l’instant, il parle d’une progression naturelle : rester dans le métier, mais monter dans la chaîne de valeur. Garder l’humain là où il apporte du jugement, de la qualité, de la nuance. Automatiser ce qui peut l’être, former autrement, et décider plus vite.

Trente ans après ses débuts à Singapour, Laurent Junique garde le même moteur : avancer.

 

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