

Le cerveau fait bien la différence entre l'appât du gain et la visualisation d'images érotiques. Deux sources potentielles de plaisirs qu'il traite dans des zones distinctes
Le cerveau masculin (AFP) recèle bien des mystères, mais la récente étude menée par le centre de neurosciences cognitives de Lyon apporte quelques éclairages sur son fonctionnement lorsqu'il est excité par l'argent ou le sexe. Publiés ce mercredi dans The Journal of Neuroscience, les résultats des chercheurs du CNRS montrent que ce sont différentes zones cérébrales qui sont activées suivant l'origine du plaisir. Cette découverte enrichit les connaissances sur le circuit dit "de la récompense" qui jusqu'à aujourd'hui ne semblait passer que par le réseau de neurones à dopamine situé dans la partie "reptilienne" du cerveau et qui contrôlerait par exemple la dépendance à la drogue. Mais elle ouvre aussi des perspectives nouvelles pour la recherche en matière d'addiction et pourrait aider en particulier les accros aux jeux.
Deux sortes de stimuli
L'étude a porté sur dix-huit jeunes hommes âgés de moins de 25 ans et placés en situation de jeu. Allongés dans une machine à imagerie par résonnance magnétique (IRM), les volontaires se voyaient projeter des images de formes géométriques par petites séquences de 15 secondes, répétées 200 fois. Ils devaient les nommer le plus rapidement afin de se voir récompensés par une image de coffre fort correspondant à une somme d'argent plus ou moins importante, ou une image plus ou moins érotique. Ils devaient aussi attribuer une note correspondant à leur niveau de satisfaction pour chacun de leur gain. Dans le même temps, les chercheurs examinaient la réaction de leur cerveau au moment de recevoir des gratifications.
L'appât du gain est récent dans l'évolution humaine
Au final, les quarante-cinq minutes d'activité cérébrale enregistrées ont révélé que la région sous corticale est commune aux deux types de plaisir. Mais surtout les chercheurs ont découvert que dans le cortex orbifrontal, région située au dessus des yeux, deux régions cérébrales s'agitaient différemment suivant la source de l'excitation. La partie postérieure, la plus ancienne sur l'échelle de l'évolution, est titillée par les stimuli érotiques tandis que sa partie antérieure, plus récente au niveau du développement et de l'évolution humaine, s'agite sous l'effet de gains d'argent. Ces résultats laissent à penser aux scientifiques qu'il pourrait exister une dissociation entre les récompenses "primaires" nécessaires à la survie de l'espèce et qui relèvent de l'inné (le sexe, la nourriture) et les récompenses "secondaires" (l'argent ou le pouvoir) qui sont considérées comme abstraites, complexes et apparues plus récemment. Ils soulignent également que la partie du cerveau qui est stimulée par le gain d'argent n'existe que chez l'homme, tandis que la région en lien avec les images érotiques se retrouve chez les animaux.
Une piste pour aider les accros aux jeux
Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre certaines maladies et notamment l'addiction aux jeux. Une expérience similaire est d'ailleurs actuellement menée sur des joueurs pathologiques avec pour objectif d'étudier si les régions du cerveau activées par l'argent sont perturbées de façons significatives chez ces personnes-là. Par le passé, les neurobiologistes avaient déjà démontré que le cerveau masculin est plus réceptif aux jeux d'argent que celui des femmes.
Siri Ounechay (www.lepetitjournal.com) vendredi 1er octobre 2010
En savoir plus:
L'Express: Sexe et argent: à chaque plaisir sa zone cérébrale
Le Figaro: Sexe et argent n'excitent pas le cerveau de la même façon




































