

Treize personnes ont été interpellées lundi suite à une opération de police à Sevran (Seine-Saint-Denis). La ville est en proie depuis plusieurs semaines à une guerre entre bandes rivales de dealers de drogues douces. Alors que le gouvernement planche sur un "plan de reconquête urbaine" assez musclé, le maire de Sevran souhaite la dépénalisation du cannabis
(photo AFP)
Le gouvernement n'avait pas fait les choses à moitié. Selon la préfecture, environ 150 personnes ? deux sections de CRS, police judiciaire, renseignements ? ont mené lundi après-midi une opération coup de poing à Sevran (Seine-Saint-Denis), qui a permis l'arrestation de treize personnes. Le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, a indiqué que la police a également saisi "plusieurs types de drogues", de l'argent liquide et des armes, dont "des armes de guerre et des pistolets automatiques".
Sevran, tout un symbole
Cette action a été menée dans le cadre du très attendu "plan de reconquête urbaine" pour Sevran, incluant également l'éducation nationale, la formation et le chômage. Le maire Europe-Ecologie Les Verts de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, avait alerté début juin les pouvoirs publics en réclamant dans la presse une force d'intervention permanente copiée sur les "casques bleus" de l'ONU. Les récréations des élèves de l'école primaire Michel Montaigne ont été en effet plusieurs fois annulées ces dernières semaines en raison des tirs à balles réelles entendus dans le voisinage. L'insécurité qui règne dans deux rues spécifiques de Sevran est directement liée, selon lui, "à l'installation d'une mafia" de la drogue, née de la "structuration du trafic de cannabis", a expliqué le maire sur Europe-1.fr. "Depuis le 20 mars, les règlements de comptes armés entre gangs de trafiquants de drogue pour récupérer les points de vente dans les halls d'immeubles se sont intensifiés. On a déjà l'hélicoptère, la police, et ça ne suffit pas. Dès qu'il y a moins de pression, ça tire à nouveau. Il faut des forces d'interposition, des casques bleus, comme ceux qu'on envoie à l'étranger pour empêcher les belligérants de s'entre-tuer", a-t-il affirmé. Samedi dernier, une nouvelle fusillade a éclaté entre bandes rivales, sans pour autant faire de victime.
Une affaire de dépénalisation ?
Le ministre de la Justice, Michel Mercier, avait reconnu qu'il fallait "améliorer le fonctionnement" de la police et de la justice dans cette ville, "symbole du non-droit". "Nous allons mener la guerre aux trafiquants", a annoncé lundi, Claude Guéant. "Les CRS ne partiront pas tant que les arrestations des dealers et des chefs de réseau n'auront pas été effectuées", a assuré le ministre. Pourtant, d'après Sylvie Moisson, la procureure de Bobigny, "nous n'avons pas de moyens humains complémentaires. Il faut être meilleurs à effectifs constants".
Pour le maire de la ville, la solution est ailleurs. Il faut éradiquer la source du trafic en dépénalisant le cannabis. Le Premier ministre avait cependant assuré, le 17 juin dernier, qu'il ne pouvait "envisager une seconde" une dépénalisation du cannabis, ce qui reviendrait, selon lui, à "légitimer, justifier et encourager l'usage" de cette drogue douce. Selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche, les Français sont plutôt d'accord avec François Fillon. Près des deux tiers des personnes interrogées (63 %) s'opposent à la dépénalisation du cannabis.
La violence des cités et la dépénalisation du cannabis, voilà deux thématiques qui susciteront sans aucun doute le débat pendant la campagne présidentielle de 2012.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 29 juin 2011
En savoir plus
Notre article, POUR OU CONTRE ? Légaliser le cannabis ?
Article de 20 minutes, Un plan de reconquête pour Sevran




































