Vanessa Saussay: candidate dans la 2e circonscription des Français à l’étranger

Par Vincent Bosson | Publié le 26/05/2022 à 21:25 | Mis à jour le 26/05/2022 à 21:48
Photo : Vanessa Saussay et Julien Roirant / Divulgation
Vanessa Saussay et Julien Roirant

Mme Vanessa Saussay, candidate "pro-démocratie" et "indépendante des partis" aux élections législatives pour la 2e circonscription des Français établis hors de France, a accepté de répondre à nos questions :

 

Mme Saussay, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 34 ans et je travaille comme chef de projet informatique, spécialisée dans les applications d’achat et approvisionnement. J’habite à Chaville, dans les Hauts-de-Seine, où je suis conseillère de quartier.

Je suis avant tout une citoyenne qui s’interroge et s’inquiète de notre projet de société au regard des enjeux climatiques et sociétaux auxquels nous faisons face. Je souhaite participer à la mise en place d’une société plus durable, qui sera définie en concertation avec les citoyens.

De par ma profession, j’ai l’expérience de l’écoute des besoins et contraintes d’autrui pour apporter des solutions. Avec l’aide d’une équipe spécialisée dans l’innovation démocratique et la concertation citoyenne, nous pourrons à la fois porter les préoccupations de la circonscription à l’Assemblée Nationale, mais aussi coconstruire, de manière démocratique au sein de l’Assemblée de l’Amérique Latine et des Caraïbes (que nous voulons créer), des nouvelles bases pour une société plus durable.

 

Pourquoi avez-vous souhaité vous présenter aux prochaines élections législatives ?

En tant que citoyenne, j’ai été atterrée de voir le fonctionnement des débats et prises de décisions dans les conseils municipaux et à l’Assemblée Nationale. Notre système représentatif est devenu biaisé et ne permet plus d’apporter les solutions pour un véritable bien commun. Pour expliquer succinctement ce biais, je citerais la centralisation du pouvoir, le fonctionnement partisan des élus qui empêche l’émergence d’une solution commune, les règles de fonctionnement qui ne permettent pas aux députés d’exercer leur fonction de contrôle, la puissance des lobbys et la question du rapport entre les élus partisans et les soutiens financiers qui privilégient des intérêts privés dans la recherche de solutions au bien commun.

C’est dans ce contexte de questionnements que j’ai rencontré Pierre Schwarz, initiateur du projet Imagine, ainsi que des associations militantes pour un renouveau démocratique et une autre représentativité des citoyens dans la prise de décision politique.

Le projet Imagine et la réelle possibilité technique d’expérimenter ses propositions d’application de la démocratie au sein d’une circonscription m’ont séduites.

 

Les 3 sujets prioritaires du projet Imagine sont les suivants :

  • Rénover notre système politique pour en faire une démocratie dans le sens premier du terme
  • Faire de l’éducation un pouvoir indépendant, et y intégrer une plus grande place à l’éducation civique et la philosophie pour permettre la durabilité d’un système pleinement démocratique
  • Protéger l’environnement grâce à de nouveaux outils innovants incitant naturellement à des changements de comportements de notre économie : faisons en sorte que les intérêts économiques et environnementaux convergent !

D’un point de vue très personnel, je me présente aux élections pour les raisons suivantes :

  • Dans un premier temps, je me présente aux élections en tant que citoyenne indépendante de tous partis politiques pour participer à cet élan bouillonnant qui réclame une Démocratie et une participation citoyenne plus forte. J’aimerais sensibiliser les concitoyens aux bénéfices que nous apporteraient la participation et l’éducation aux décisions politiques.  Tous les participants à la Convention Citoyenne pour le Climat le disent, ils se sont trouvés changés et grandis.

Je rêve d’une société où les citoyens auraient le droit de vote sur les lois. Cela impliquerait une véritable pédagogie de nos hauts fonctionnaires et législateurs pour expliquer les enjeux et contraintes des problématiques et de la société que nous avons choisi de construire. Je rêve d’une société où nous serions tous éduqués à la participation citoyenne.

  • Dans un second temps, je me présente aux élections pour avoir la possibilité de mettre en place cette pédagogie législative pour les citoyens de la circonscription. Mettre en place ce que j’aimerais avoir en tant que citoyenne !
  • Et pour finir, je me présente aux élections pour intégrer dans le débat les sujets de réflexions et pistes innovantes développées dans le projet Imagine que je soutiens

Enfin, je n’oublie pas que, plus que de promouvoir un projet de société, un député doit surtout donner vie aux aspirations du peuple et concevoir des réponses à leurs problématiques. Au moment de la révolution française, il y avait deux types de députés, ceux qui voulaient décider pour leurs propres intérêts, et les philosophes qui voulaient faire progresser la société pour le bien commun, comme Condorcet par exemple. Soyez sûrs que nous nous inscrivons bien dans cette deuxième catégorie.

 

Quel est votre rapport avec cette circonscription ?

Ma mère est originaire des Caraïbes et une partie de ma famille maternelle vit en Amérique latine. J’y ai donc des racines et des attaches affectives. Mais pour être honnête, il n’y a pas de rapport « fort » à trouver. Le choix de la circonscription s’est fait en collaboration avec mon équipe, notamment Pierre Schwarz, qui est à l’origine du projet et qui a un historique fort avec cette région du monde. Ayant vécu en Argentine, au Pérou et au Mexique, il est persuadé que l’état d’esprit de l’Amérique latine et des Caraïbes est présent chez les Français y résidant. Nous pensons donc que les Français d’Amérique latine et des Caraïbes seront plus libres et ouverts aux idées démocratiques et innovantes que nous défendons.

En effet, les problèmes politiques sont nombreux dans ces pays qui ont souvent souffert de régimes dictatoriaux. Et, ils ont connu des mouvements populaires importants en réponse. La mise en place récente d’une Assemblée Constituante au Chili montre que cette région du monde est en recherche d’une voie nouvelle.

Il s’agit donc d’un choix de cœur et de raison pour notre équipe.

 

En quoi votre parcours est-il marqué par les préoccupations des Français de l'étranger ?

Mon parcours passé n’est pas marqué par les préoccupations des Français de l’étranger. Est-ce indispensable ? L’efficacité dans le travail, l’écoute, la transparence… sont de notre point de vue des valeurs plus importantes. J’ai d’ailleurs toujours été motivée par la découverte de nouveaux contextes. Je suis naturellement intéressée par le vécu des autres et la compréhension des origines d’une situation. J’arrive donc avec un regard neuf, curieux et sans préjugés sur les préoccupations des Français de l’étranger.

J’en profite pour rappeler une idée de la toute première constitution Française : aucun individu unique ne peut représenter la diversité du peuple Français. Cela s’applique aussi aux Français d’Amérique latine et des Caraïbes. Nous serons à l’écoute de l’Assemblée des Français de l’Étranger, aujourd’hui composée de personnes marquées par les préoccupations des Français de l’étranger. Soyez donc certains que les préoccupations des Français de l’étranger seront entendues !
 

Notre projet, c’est la démocratie. Nous voulons prendre en compte l’avis du groupe, avec de nouvelles méthodes de délibération. Je sais que l’éducation est un sujet important pour les Français établis hors de France, tout comme le rayonnement de la France à l’international. Ceux qui sont marqués par les mêmes préoccupations ont souvent leurs solutions personnelles, imprégnées de leur vision. Ils jugeront alors moins nécessaire d’aller écouter les autres pour confronter les avis. Ceux qui vivent dans un pays en particulier auront peut-être plutôt tendance à renforcer le tissu économique de leur pays d’attache. Ma neutralité est finalement un atout pour centraliser les problématiques de chacun. Rappelons que le député, même s’il est élu localement, a un mandat national. Rappelons également qu’en France, beaucoup de responsabilités (hôpitaux, éducation…) ne sont pas dans le champ d’action des députés mais des Régions ou des Départements. Évidemment, les circonscriptions des Français de l’étranger ont cette particularité de ne pas disposer de ces institutions, qui sont remplacées en partie par les ambassades et les consulats. Nous offrirons des outils pour déterminer les problématiques urgentes et importantes des Français d’Amérique latine et des Caraïbes et je me saisirai de leurs projets. Ils préfèreront être écoutés et impliqués plutôt que de voir leur député traiter des sujets de manière autonome, non ?  

 

Comment voyez-vous le mandat de député ?

Je vois le mandat de député comme un travail d’équipe, divisé en trois pôles.

Un premier pôle auprès des Français de la circonscription pour construire démocratiquement les solutions à leurs problèmes. Pour y parvenir, nous utiliserons des outils performants de démocratie numérique. Pierre Schwarz et Julien Roirant, spécialistes du domaine, auront en charge la création de l’Assemblée d’Amérique latine et des Caraïbes avec les citoyens et d’y faire vivre les outils et le dialogue démocratique sur place.

Je reviendrais sur cette expression commune à tous les candidats : « Je souhaite porter la voix des Français d’Amérique latine et des Caraïbes dans l’hémicycle ». Ce qui nous différencie finalement, c’est la méthode d’écoute. Pour y parvenir, nous utiliserons cette nouvelle Assemblée citoyenne afin d’entendre toutes les voix du collectif.

 

Un second pôle sera le rôle habituel du législateur à l’Assemblée Nationale : participer aux commissions d’enquête et d’élaboration des lois. Ce second pôle sera lié, influencé et contrôlé par le premier pôle : l’Assemblée d’Amérique Latine et des Caraïbes.

En plus de ce rôle habituel, je mettrai à disposition un contenu informatif et pédagogique sur l’actualité de l’Assemblée Nationale et l’Assemblée d’Amérique latine et des Caraïbes.

Dans le cadre de ce pôle, nous voudrions également capitaliser et poursuivre les dossiers de Madame Paula Forteza qui a fait un excellent travail sur la démocratie, mais aussi sur les droits des femmes. Nous pensons d’ailleurs que chaque député ne devrait pas recommencer à zéro les dossiers, mais bien capitaliser sur le travail du député précédent. Nous proposerons donc la création d’un document partagé et complet qui regroupera l’ensemble des préoccupations et résultats des débats. Nous souhaitons faire de ce document une philosophie : un bâton de relai à fournir aux prochains députés et qui se les transmettront un à un, sans se soucier qu’il soit du même bord politique ou non. Ce qui importe est bien le partage des connaissances et de l’expérience.

 

Enfin, le troisième et dernier pôle sera un pôle de lobbying citoyen. C’est cet immense chantier pour la nation entière : la démocratie. Mais la vraie démocratie, celle de l’époque de la révolution française. Ce système politique qui doit servir de base à nos décisions futures, en particulier la plus importante : relever le défi écologique. Ce sera probablement le seul sujet de mes interventions médiatiques afin de partager le résultat de nos recherches et expérimentations ensemble.

 

Pour conclure, le rôle du député est aujourd’hui d’écouter les français de la circonscription, penser, rédiger les lois et voter les lois. Ces 3 rôles ne devraient pas être regroupés chez une unique personne car ils demandent des qualités différentes et beaucoup de travail. Nous organiserons donc le mandat autour de cette distinction.

 

Quels sont, selon vous, les défis qui attendent les Français de votre circonscription ?

Les défis majeurs des Français de l’étranger sont la crise environnementale et la montée des extrêmes en France. La première car elle impactera la Terre entière, la seconde car elle pénalisera les Français où qu’ils se trouvent et réduira encore le rayonnement de la France comme pays des droits de l’Homme et du Citoyen. Nous ne croyons aucunement à une volonté clientéliste des Français d’Amérique latine et des Caraïbes qui ferait que seul un programme composé de mesures défendant leurs intérêts personnels en tant qu’expatriés trouve valeur à leurs yeux. Je crois, à l’inverse, à leur fierté de voir dans la France un nouveau modèle de démocratie qui pourrait inspirer les pays où ils vivent.  Les Français et Françaises d’Amérique latine et des Caraïbes seront fiers d’être l’étincelle qui transformera la France en une nouvelle Démocratie. Je pense en particulier aux jeunes qui seront ceux qui en verront les fruits.

  

Comment est organisée votre campagne et qui sont vos soutiens ?

La campagne est essentiellement digitale. Nous aurions pris grand plaisir à rencontrer les électeurs de la circonscription mais nous serons encore plus heureux de les rencontrer autour de premières réunions de travail. La circonscription est étendue et les électeurs ne sont pas forcément disponibles pour ces rendez-vous électoraux, surtout s’il n’y a rien de concret derrière. Nous le ressentons déjà au travers de nos invitations à participer à des débats en ligne. Nous cherchons à construire un réseau d’ambassadeurs du projet localement mais le rejet de la politique rend la tâche difficile. Il est difficile de convaincre les électeurs qui sont soit déjà convaincus de voter pour un parti ayant une notoriété établie, soit dégoutés de leurs expériences passées. N’oublions pas que les perdants à une élection disparaissent de la représentation nationale. Il y a donc le sentiment d’un vote inutile, d’autant plus que les programmes des gagnants sont loin d’être toujours respectés.

Regagner la confiance des citoyens ne sera pas facile mais c’est notre responsabilité. Nous espérons que notre transparence et notre travail joueront en notre faveur.
 

Nous sommes également soutenus par le parti Decidemos, les équipes d’Espoir Ric et d’autres mouvements citoyens qui promeuvent une démocratie réelle. Ils mettent leurs énergies en commun pour faire parler des candidatures citoyennes. Nous avons également un petit réseau de soutiens locaux brésiliens, mexicains, péruviens et argentins. Mais quand nous apprenons que la chaine France 24 a organisé un débat entre les trois candidats présentés comme « favoris », sans faire l’effort de nous contacter, on se dit que l’égalité des chances est un beau concept qui prend la poussière dans les tiroirs.

Sur la campagne officielle, nous pensons avoir été audacieux avec nos bulletins de vote et nos affiches. Je pense que notre originalité et notre volonté de pédagogie s’y retrouve. Cela vous changera des portraits de candidats en gros plan adossés à un slogan marketing qui veut tout dire et rien dire à la fois. Je vous invite à aller les voir dans les consulats.
 

Quels sont les axes de travail que vous souhaitez mener à bien si vous êtes élue ?

Construire la démocratie de demain. Nous aimerions convaincre l’ensemble des électeurs de la circonscription, par l’expérimentation, de la pertinence de la démocratie liquide et consensuelle, ainsi que des nouvelles méthodes de délibération. Et si possible, nous aimerions débuter la refonte du système politique avant la fin du mandat. Dans le cas contraire, arriver à former une coalition pour les prochaines législatives et mettre en avant nos conclusions.

 

Nous voulons réussir à mettre en œuvre du Référendum d’Initiative Citoyenne Constituant.
Nous voulons changer de mode de scrutin pour en terminer avec le « vote utile » et les choix uniques aux prochaines législatives et présidentielles.

Nous voulons ouvrir la voie à une expérimentation sur la monnaie environnementale pour protéger l’environnement et sensibiliser les citoyens à leur impact environnemental.

Nous voulons encourager le président à coconstruire la réforme des retraites avec les citoyens.

Nous voulons que les Français d’Amérique latine et des Caraïbes soient fiers d’avoir participé à porter ces sujets à l’Assemblée Nationale et convaincus, une nouvelle fois, dans 5 ans, de faire confiance aux idées innovantes des citoyens.

 

Un mot sur le mandat de Paula Fortaleza

Je souhaiterais revenir sur le mandat de la députée précédente que certains candidats remettent en cause pour leur propre bénéfice. Nous voulons défendre son bilan. Sur les questions numériques, elle a beaucoup fait avancer les choses. Paula Forteza s’est également investie sur plusieurs thématiques : Droits des femmes, Démocratie, vote à 16 ans, sobriété numérique, aide covid pour les expatriés, le quantique, l’écologie. J’invite vos lecteurs à lire le bilan de son mandat disponible sur son site.  Lors de son mandat, elle a également montré son indépendance et sa transparence. Deux manquements souvent pointés du doigt par les électeurs chez les autres députés.

Finalement, elle a décidé de laisser la place en déclarant sur twitter : « parce qu’aux logiques d’accaparation du pouvoir doivent se substituer celles de son partage et de sa circulation …et en attendant de véritables assemblées tirées au sort ». Elle exprime ce que nous pensons : un besoin réel de refonte de notre système politique.

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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